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La suspension du capitaine Newoor
Trois ans de silence, un réveil brutal
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La suspension du capitaine Newoor
Trois ans de silence, un réveil brutal
AI Generated.
La suspension du capitaine Kavidev Newoor de son poste de Deputy Port Master de la Mauritius Ports Authority (MPA), décidée le 16 septembre 2025, soulève bien plus de questions qu’elle n’apporte de réponses.
Qu’on soit clair : il ne s’agit pas ici de plaider pour ou contre Newoor. Il a son avocat. Le sujet, ce sont les contradictions d’une gouvernance qui interpellent et les dérives d’une autorité portuaire qui navigue à vue.
?Une chronologie accablante
?01/09/2020 : Le remorqueur Sir Gaëtan sombre au large de Poudre-d’Or, causant la mort de 4 marins.
?18/09/2020 : Le capitaine Newoor est arrêté et inculpé provisoirement pour homicide involontaire.
?22/09/2020 : Il est suspendu de ses fonctions.
?15/12/2021 : Il reprend son poste de Deputy Port Master.
?11/02/2022 : Shekur Suntah, alors directeur général de la MPA, prend sa retraite. Mme Aruna Bunwaree-Ramsaha devient Deputy Director General.
?Août 2022 : Le MSM nomme feu Ashit Gungah comme Chairman de la MPA.
?27/10/2022 : Newoor est inculpé formellement pour homicide. Le State Law Office (SLO) aurait adressé une correspondance à la MPA, demandant qu’il ne soit pas maintenu dans ses fonctions.
?23/12/2022 : Mme Bunwaree Ramsaha est suspendue de ses fonctions d’Acting Director General.
?23/12/2022 : Shakeel Goburdhone prend la direction de la MPA. Aucune suspension n’est imposée à Newoor.
?11/11/2023 : Jérôme Boulle est nommé Chairman de la MPA.
?10/11/2024 : L’Alliance de l’opposition renverse le MSM et prend le pouvoir.
?04/01/2025 : Mme Bunwaree Ramsaha est réintégrée à son poste.
?07/02/2025 : Maurice Allet est nommé Chairman de la MPA.
?16/09/2025 : Subitement, le board de la MPA décide de suspendre Newoor.
?Pourquoi maintenant ?
Cette chronologie révèle une inaction persistante. Trois années de silence assourdissant, trois présidents successifs, trois directions différentes… et soudain, un réveil brutal.
?Pourquoi maintenant ?
Qu’estce qui a changé entre 2022 et 2025? Pourquoi ce sursaut tardif ? Est-ce que le SLO avait déjà recommandé la suspension en octobre 2022 ?
?Le jeu d’alliances internes
La réponse pourrait bien se trouver dans les équilibres de pouvoir à la MPA. La suspension de Newoor a ouvert la voie à la réinstallation de Barbeau comme Port Master. Ce poste stratégique, par ses prérogatives en matière de sécurité maritime et de contrôle des navires, confère un poids déterminant dans l’organigramme.
Et derrière Barbeau, c’est la candidature de Mme Aruna Bunwaree-Ramsaha à la direction générale qui se trouve renforcée. Depuis sa réintégration en janvier 2025, elle s’y accroche!!!
Pourtant, les bruits de couloir évoquent un autre prétendant sérieux : Gilbert Philippe, ancien haut cadre de la MPA.
En repositionnant Barbeau à la Marine Section, Bunwaree-Ramsaha se garantit un allié de poids et consolide ses chances pour la direction générale, au détriment de Philippe.
?Où est le PMO ?
Pourquoi le Prime Minister’s Office (PMO) actuel n’a-t-il pas exigé de comptes à Mme Bunwaree-Ramsaha et à Goburdhun lors de leur intérim respectif lorsqu’ils ont ignoré les charges retenues contre Newoor ?
L’absence de transparence est criante.
Est-ce que la proximité de Bunwaree-Ramsaha avec le MMM et avec le ministre Boolell servent de paravents politiques?
?Une gouvernance incohérente
Cette affaire illustre une gouvernance à géométrie variable. Hier, on fermait les yeux. Aujourd’hui, on frappe sans préavis.
Le public n’est pas dupe. Il exige des explications :
?Pourquoi la MPA a-t-elle toléré cette situation depuis 2020 ?
?Pourquoi la suspension intervient-elle seulement en 2025 ?
?Quels intérêts, quelles pressions, quels calculs ont dicté ce calendrier ?
Cette suspension tardive ne ressemble pas à un acte de bonne gouvernance. Elle a tout d’une manœuvre opportuniste, destinée à repositionner les équilibres internes de la MPA. Tant que les responsables de cette incohérence n’auront pas rendu des comptes à la nation, une seule question demeurera :
Qui protège qui et pourquoi ? Restons dans le domaine de la tragédie du remorqueur Sir Gaëtan.
?Les recommandations de la COI
La Court of Investigation (COI) instituée après le naufrage du tug Sir Gaëtan avait formulé 12 recommandations adressées à la MPA.
Or, une seule de ces recommandations aurait été appliquée : celle visant à inclure d’anciens navigants au sein du conseil d’administration de la MPA.
?Le cas du capitaine Babooa
Le capitaine Mahendra Babooa, qui avait siégé comme assesseur dans la COI sur le Sir Gaëtan, est devenu membre du board de la MPA trois mois seulement après que le rapport a été remis au gouvernement.
Ainsi, il a contribué, en tant qu’assesseur, à formuler la recommandation sur l’intégration d’anciens navigants au board. Quelques mois plus tard, il en est lui-même devenu bénéficiaire direct, en intégrant ce même board. Autrement dit, il a recommandé sa propre nomination.
?Le conflit d’intérêts
La situation est d’autant plus choquante que : Babooa était et est toujours employé de la Mauritius Shipping Corporation Ltd, société dont la MPA est actionnaire. Sa présence comme assesseur dans la COI avait déjà été contestée pour manque d’impartialité.
Le fait de bénéficier ensuite directement d’une recommandation de cette même COI accroît l’impression d’auto-gratification et de conflit d’intérêts manifeste. Nous sommes donc face à un enchevêtrement d’intérêts et de contradictions : la quasi-totalité des recommandations de la COI sont restées lettre morte. La seule retenue est celle qui a permis de placer un de ses propres assesseurs au board de la MPA.
Ce cas illustre parfaitement une dérive où les recommandations censées améliorer la gouvernance portuaire ont servi avant tout à légitimer une promotion personnelle, minant la crédibilité de l’enquête et de l’institution.
La mort de ces quatre innocents ouvre une fois de plus d’autres portes sur la nébuleuse MPA et sa honteuse gestion.
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