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Commémoration
Travailleurs engagés, travailleurs étrangers : mêmes combats
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Commémoration
Travailleurs engagés, travailleurs étrangers : mêmes combats
En ce jour de commémoration des 191 ans de l’arrivée des 36 premiers travailleurs engagés, il est bon de rappeler les leçons de l’Histoire, alors que Maurice souffre d’un manque de main d’œuvre, et que de nombreux secteurs s’appuient de plus en plus lourdement sur les travailleurs étrangers. La commémoration de l’engagisme est l’occasion de mesurer les progrès accomplis en matière de protection des travailleurs venus d’ailleurs, explique l’historien Jocelyn Chan Low. Mais, c’est aussi le moment de se confronter au lourd héritage de la société coloniale qui perdure.
L’engagisme ne date pas du 19ème siècle
Ce qui est commémoré aujourd’hui, c’est l’arrivée du premier contingent de Hill coolies, le 2 novembre 1834. Ces 36 travailleurs engagés du Bihar – uniquement des hommes – ont débarqué de l’Atlas à Port-Louis, en provenance de Calcutta.
Ces engagés, recrutés par George C. Arbuthnot, copropriétaire de la sucrerie d’Antoinette (aujourd’hui Phooliyar) dans le district de Rivière-du-Rempart, étaient liés par un contrat à durée déterminée.
Mais, l’engagisme ne date pas du 19ème siècle, souligne Jocelyn Chan Low. À l’île de France, au 18ème siècle, «il y avait des engagés petits blancs, des artisans engagés du sud de l’Inde importés par le gouverneur Mahé de La Bourdonnais (NdlR : gouverneur de l’île de France et de Bourbon de juin 1735 à mars 1747)». Avec l’abolition de l’esclavage et l’essor de la canne, «nous sommes passés aux engagés du sucre».
Engagés de nationalités diverses
Certes la majorité des travailleurs engagés sont venus de la Grande Péninsule. Mais, il y a eu des engagés de diverses nationalités : malgache, chinoise, comorienne. «Ce que l’on commémore, ce sont les engagés du sucre». Mais, les engagés de diverses nationalités sont arrivés en même temps que les Indiens, avec des contrats à durée déterminée et des conditions fixées à l’avance.
Les chiffres officiels disponibles à l’Aapravasi Ghat Trust Fund indiquent que 3 607 laboureurs malgaches sont passés par l’Aapravasi Ghat entre 1839 et 1856. Et 2 739 Chinois entre 1837 et 1853. Ils venaient de Penang en Malaisie, de Singapour, de Macao et de Canton.
Entre 1856 et 1859, 2 611 Liberated Africans sont passés par Port-Louis. Il s’agit de captifs de la marine britannique dans le sudouest de l’océan Indien, libérés des bateaux négriers après l’abolition de l’esclavage. Selon les lois coloniales de l’époque, ces travailleurs tombaient sous la responsabilité du Protecteur des immigrants. Ils avaient les mêmes droits et les mêmes conditions de travail que les engagés Indiens.
Abus d’hier…
Entre 1839 et 1843, l’immigration indienne a été suspendue. Les engagés ne venaient plus parce qu’il y avait eu des abus, les conditions avaient été vivement décriées. «Unesérie de lois a alors été promulguée. Cela ne s’est pas fait du jour au lendemain ». C’est un siècle plus tard, que le Labour Ordinance of 1938 remplace le Bureau du Protecteur des Immigrants, qui se trouvait à l’Aapravasi Ghat. «C’est la création du bureau du travail», signale l’historien, qui place cela dans le contexte de la création du Parti Travailliste en 1936. «C’est une continuité pour protéger le travailleur en général, ce qui inclut aujourd’hui les travailleurs étrangers».
■ Des travailleurs engagés aux travailleurs étrangers, l’Histoire montre que toutes les leçons n’ont pas été apprises.
«On n’a pas appris les leçons des abus précédents. Il y en a toujours eu. Malgré l’inspectorat du travail, certains continuent». Par exemple, des travailleurs engagés, ou des travailleurs étrangers qui «essaient de changer d’employeur ou de rester après la fin de leur contrat. On a vu des opérations pour retrouver des travailleurs étrangers».
La différence, selon Jocelyn Chan Low, c’est que dans le cas des engagés, ils étaient encouragés à rester après leur contrat de cinq ans. Ce qui n’est pas le cas pour les travailleurs étrangers actuellement. «En 1935, pour le centenaire de l’arrivée des premiers engagés, ce n’est pas l’engagisme qui a été commémoré mais bien la colonisation, le peuplement de Maurice par les Indiens. Ces engagés avaient le droit d’acheter des terres, ils sont devenus des petits planteurs et il y a eu l’émergence des villages». Cela a été un phénomène de mobilité sociale des Indiens. Des femmes aussi sont venues avec des contrats d’engagement au 19ème siècle et des familles se sont constituées. «Cela a été encouragé».
Dans le cas des travailleurs étrangers actuels, ils ne sont pas encouragés à s’établir. «Ils sont considérés comme une main d’œuvre temporaire. Ce n’est pas un peuplement».
…Préjugés d’aujourd’hui
La société coloniale percevait les engagés comme des «étrangers, des marginaux» souligne l’historien, des «aliens» qui n’étaient pas bienvenus. «Il y avait beaucoup de préjugés à l’encontre de ces personnes».
Exemple : les lois concernant le vagrancy – vagabondage des engagés retrouvés sans autorisation hors de la plantation qui les employaient – «disaient que ces travailleurs étaient vecteurs de maladies».
«Aujourd’hui, les travailleurs étrangers sont méprisés. On les regarde de haut», constate l’historien. Comme à l’époque des engagés au 19ème siècle, il fallait distinguer les artisans, les Indiens venus comme commerçants et non comme engagés. De nos jours, il y a deux types de main d’œuvre venue d’ailleurs: les travailleurs étrangers, «qui sont au bas de l’échelle» et les expatriés qui sont d’une autre classe sociale, avec un pouvoir économique différent.
L’historien souligne que la différence de regard vient aussi de l’origine géographique de ces deux catégories de travailleurs étrangers. Les uns viennent d’Inde, du Népal, du Bangladesh, de Madagascar, tandis que les autres sont Européens. «La société coloniale n’était pas accueillante. Maurice a toujours ce complexe envers les élites venues du Nord.» Si les travailleurs étrangers le restent, «des expatriés, dépendant de leurs activités, obtiennent la nationalité mauricienne.» Ils ont le droit d’acheter des propriétés immobilières et participent au phénomène de gentrification, où des personnes aisées venues en général du Nord s’installent dans un autre pays, ramenant avec eux leur manière de vivre et «monopolisant certains quartiers».
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