Publicité
Questions à...
Tinagaren Govindasami : «La solution durable passe par la stérilisation et la responsabilisation des propriétaires»
Par
Partager cet article
Questions à...
Tinagaren Govindasami : «La solution durable passe par la stérilisation et la responsabilisation des propriétaires»
■ Tinagaren Govindasami, directeur de la Mauritius Society for Animal Welfare (MSAW)
Tinagaren Govindasami, directeur de la Mauritius Society for Animal Welfare (MSAW), a déjà marqué son action par le démantèlement d’un élevage illégal de chiens dangereux. À travers ses initiatives, il s’attaque avec détermination au problème croissant des chiens errants, alliant fermeté et compassion.
?Depuis votre prise de fonctions à la tête de la MSAW, quelles actions concrètes avez-vous déjà mises en œuvre ?
Dès mon arrivée, j’ai souhaité insuffler une nouvelle dynamique à la MSAW. Nous avons renforcé notre présence sur le terrain et investi dans la formation de nos équipes, en particulier des Animal Handlers, afin qu’elles travaillent avec plus d’efficacité et de compassion.
Nous avons également revu nos infrastructures, en restructurant les chenils pour offrir de meilleures conditions d’accueil aux animaux. De nouvelles procédures ont été mises en place pour améliorer les soins et le suivi médical.
En parallèle, nous avons instauré un dialogue permanent avec les ONG, les autorités locales et la police, avec qui nous collaborons désormais étroitement. Cette approche nous permet de mieux faire appliquer la loi sur le bien-être animal et d’agir plus rapidement sur le terrain.
?Le phénomène des chiens errants prend de l’ampleur. Quelle est votre stratégie pour y faire face ?
Ce problème ne date pas d’hier, mais il s’est accentué avec la déforestation, l’urbanisation et parfois même les bonnes intentions de certaines personnes qui nourrissent les chiens sans encadrement. Conséquence : les animaux se rapprochent des zones habitées et se reproduisent rapidement.
Notre stratégie repose sur plusieurs axes : mener des campagnes de stérilisation à grande échelle, réaliser un recensement pour cibler les zones prioritaires, intensifier les actions de sensibilisation et développer des partenariats avec divers acteurs, notamment les hôtels, les écoles et des groupes de jeunes. Nous bénéficions également du soutien de la force policière, ce qui renforce notre capacité d’intervention sur le terrain.
?Pensez-vous qu’une solution durable à ce problème soit réellement envisageable ?
Oui, mais il faut rester lucide : c’est un travail de longue haleine. Une solution pérenne repose autant sur des actions concrètes que sur un changement de mentalité. Beaucoup de chiens errants sont en réalité des animaux domestiques laissés en liberté, ce qui souligne la nécessité de responsabiliser les propriétaires.
Nous devons également adopter une approche moderne du bienêtre animal, en nous inspirant des modèles internationaux. Cela suppose une collaboration étroite entre les ONG, les activistes et la MSAW, dans un esprit de coopération plutôt que de confrontation.
?Quel bilan tirez-vous du «Sustainable Project of the Dog Population Control in Mauritius» ?
Ce projet repose sur une vision claire, mais les réalités du terrain sont souvent complexes. Chaque situation est différente, chaque intervention unique. Le succès ne peut pas se mesurer uniquement en chiffres ; il réside aussi dans la constance des efforts, la capacité d’adaptation et la cohérence des actions menées.
Il est également essentiel de renforcer le cadre légal et d’améliorer la réactivité du système judiciaire, faute de quoi nos actions restent limitées. Les résultats viendront avec la persévérance, car je crois fermement que les actes concrets valent mieux que de longs discours.
?Certains estiment que les associations qui nourrissent et soignent les animaux errants contribuent involontairement à la hausse de leur nombre. Partagezvous cet avis ?
C’est un sujet sensible et souvent mal interprété. Nourrir les chiens est un geste de compassion, mais, sans action complémentaire, cela peut effectivement prolonger leur espérance de vie et, par conséquent, favoriser leur prolifération. C’est pourquoi la stérilisation reste indispensable.
Cependant, blâmer n’est pas la solution. Il faut plutôt encadrer ces initiatives, structurer la collaboration et unir les efforts. La nature a ses propres mécanismes de régulation, mais dans une société humaine, notre rôle est d’intervenir avec responsabilité.
?Les campagnes de stérilisation sont déployées à travers l’île. Quels résultats concrets observez-vous sur le terrain ?
Oui, elles commencent à porter leurs fruits. Depuis mon arrivée, j’ai tenu à participer personnellement aux interventions. Nous avons introduit de nouvelles méthodes de capture, plus humaines et respectueuses, qui changent totalement la façon d’aborder les animaux.
Notre objectif est de bâtir une équipe soudée, compétente et bienveillante. Nous travaillons main dans la main avec les ONG et les feeders, afin d’éviter les tensions et de renforcer la confiance. Dans certaines régions, on observe déjà une baisse du nombre de naissances. Mais il reste encore beaucoup à accomplir.
?Faut-il durcir les sanctions contre la maltraitance animale et contre ceux qui abandonnent leurs chiens ?
Absolument. Nous travaillons actuellement avec notre ministère de tutelle à la révision de la loi sur le bienêtre animal. Ceux qui abandonnent ou maltraitent un animal doivent être tenus responsables, avec des sanctions plus lourdes. C’est indispensable pour envoyer un message fort et dissuasif à la population.
Publicité
Publicité
Les plus récents