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Auteur de «Panik dan baz», biographie d’OSB Crew

Stephan Rezannah: «Nou nepli ekout lamizik,nou ekout tapaz»

2 février 2026, 16:00

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Stephan Rezannah: «Nou nepli ekout lamizik,nou ekout tapaz»

Un beau-livre richement illustré consacré aux 33 ans d’histoire d’Otentik Street Brothers (OSB) rebaptisé par la suite OSB Crew. «Panik dan baz» sera lancé ce mercredi 4 février, à la mairie de Beau-Bassin–Rose-Hill. L’auteur revient sur le long processus d’écriture, tout en livrant une critique acerbe de la situation déplorable dans laquelle se trouve l’industrie musicale.

Ce n’est pas avec une distance clinique que vous abordez l’histoire du groupe. Le ton du livre est celui d’un auteur qui a non seulement baigné dans la musique d’OSB, mais surtout, qui l’apprécie. Ce livre a pris plus de dix ans à se concrétiser. OSB Crew et Bruno Raya en particulier se sont-ils montrés avec vous ?

Il y a plus de dix ans de cela, après le 20e anniversaire d’OSB, j’avais commencé à écrire sa biographie. Le groupe était encore au complet. Quand il y a eu la cassure, il a fallu prendre du recul. De mon côté, j’étais dans la production et très occupé. En 2022, il était alors question d’une reformation d’OSB Crew. Il semblait intéressant de revenir sur plus de 30 ans d’histoire d’OSB Crew. Je ne voulais pas la raconter de manière chronologique.

Avant Panik dan baz, avec L’Absence Un témoignage photographique des confinements 2020 & 2021 de Jean Paul Mussoodee (NdlR, paru en 2022), les Éditions Barlizour avait déjà constitué une équipe éditoriale (NdlR, la direction artistique et la conception graphique de Panik dan baz sont signés Yuri Bordelais). C’est avec Delphine Berthommier, qui a agi comme secrétaire de rédaction, que nous avons décidé du niveau d’écriture. Quand j’ai repris les textes que j’avais déjà écrits –ça faisait presque la moitié du livre –, je me suis dit que ça datait quand même d’il y a dix ans. J’ai jeté tout ce que j’avais déjà fait et j’ai recommencé à zéro.

C’est en France (NdlR, dans la note de l’auteur, Stephan Rezannah mentionne Beauquesne) qu’a commencé l’écriture. C’était pendant la tournée avec Ziskakan et Gilbert Pounia, et il y avait trois-quatre jours entre chacune des dates. C’était trois-quatre jours à ne rien faire, dans le froid du nord de la France. Pena rol sa. On reste au coin de la cheminée.

J’ai recommencé à écrire en 2022. Il m’est arrivé quelque chose que je n’avais jamais ressenti avant: le syndrome de la page blanche. Pendant un an, je n’ai pas écrit.

Pourquoi ça bloquait ?

J’avais besoin de beaucoup de recul pour écrire. Durant cette période, j’étais embarqué dans plein de choses. J’avais la tête tellement remplie que je n’avais plus d’espace pour l’écriture. C’est fin 2024 que tout s’est remis en place.
lexp - 2026-02-02T200614.395.jpg Stephan Rezannah, auteur de «Panik dan baz», biographie d’OSB Crew

C’est un livre qui propose une analyse linguistique de «Langaz ghetto». Ainsi qu’un décryptage de *«lavwa zenes Zansple».

Yannick Bosquet (NdlR, la Senior lecturer du département de français à l’université de Maurice signe l’analyse de la créativité linguistique du Kreol Ghetto) et ses étudiants ont déjà travaillé sur le langage utilisé par OSB Crew. Nous avons aussi eu la collaboration de Kimberly Oxide (NdlR, doctorante en sociolinguistique à l’université de Maurice) pour Respe Marizann. Ena dimounn finn pran boukou letan avan kone ki se enn sante lor mas.

J’ai prévenu Bruno Raya que je dirais les choses de manière subjective. Que j’allais le consulter pour des précisions, par exemple concernant des dates marquantes, mais que tout ce que j’écrirais serait ce que j’ai vu, ce que j’ai vécu.

«Panik dan baz» est aussi un bel hommage au «Kolonel», l’arrangeur Georges Corette.

C’est dommage que personne n’ait salué sa boug-la (NdlR, George Corette est décédé en 2010), à la hauteur de ce qu’il le mérite. Je ferme Jorez Boz, j’arrête la musique cette année parce que le niveau de la musique s’est beaucoup dégradé. Mo pann rant dan lamizik pou asiz ar baron ladrog. Après Georges Corette, il n’y a pas eu de relève.

Parmi les nombreuses photos frappantes du livre, il y a celle où l’on voit Kaya entouré de Georges Corette et de Patrick Antoine, également arrangeur musical. Quel est le symbole que vous avez voulu transmettre ?

Patrick Antoine est le premier à avoir cru dans la musique d’OSB. Si on devait faire une analogie avec le travail du bois, Georges Corette est celui qui a poli et verni le bois. Il a travaillé avec OSB sur l’album Noukkila (2001) et a vraiment apporté une autre touche aux sonorités du groupe.

Quand on referme le livre, c’est avec le sentiment que toute cette époque pourtant pas si lointaine est aujourd’hui révolue. Que rien de tout cela n’est plus possible dans la musique locale.

Nou’nn fini perdi sa.

Il n’y a pas d’espoir ?

Il y a encore des musiciens qui sont de l’école de pensée de Georges Corette. Mais dans l’ensemble, c’est la perdition. Lamizik morisienn pe degringole. Mo res bet kouma nou pa tann sa. Je suis choqué que des gens acceptent de payer pour assister à des concerts où le son est pourri. Nos critères de perception et d’appréciation de la musique se sont dégradés à un niveau extrême. De manière caricaturale, si Jeremy Gamster existe, c’est la faute de plusieurs personnes. Nou nepli ekout lamizik, nou ekout tapaz. Aujourd’hui, il y a des jeunes qui ne savent pas chanter mais qui pensent qu’ils sont arrivés.

Merci aux intelligences artificielles.

Je ne suis pas contre mais la kot nou finn arive, mo panvi ariv laba. Okontrer, mo anvi retourne. C’est dramatique pour la musique. On ne sait plus ce qu’on écoute. Pour revenir à OSB, il n’y aura plus jamais un groupe comme cela.

Vous avez échangé avec Bruno Raya durant le processus d’écriture. Avez-vous aussi parlé à Dagger Kkila? Il n’y aura pas de retrouvailles ?

Je pense que la reformation d’OSB, c’est de l’histoire ancienne, qu’elle n’aura jamais lieu.

Le livre ne donne pas les raisons de la cassure d’OSB. Pourquoi ?

La version initiale du livre donnait les raisons, mais nous avons trouvé que le but du livre n’était pas de kas disik lor ledo Dagger. C’est à Dagger lui-même de donner les raisons parce que ma réponse ne sera pas forcément exacte. Chacun a sa version. Il y a celle de Dagger, celle d’OSB, celle des musiciens.

Quand le projet de livre a été évoqué la première fois, Dagger faisait encore partie du groupe. Le premier teaser du livre montrait les quatre membres ensemble. Il a été question par la suite d’une reformation. Ziska zordi pann gagn repons kler Dagger. À un moment donné, il fallait communiquer avec lui par l’intermédiaire de son manager. Se bann linz sal ki zot bizin lav ant zot. Cela n’a pas forcément sa place dans le livre.

Le lecteur se demande tout de même ce qui s’est passé.

Ce n’est pas à moi de dire ki bon ki pa bon. Nous avons seulement fait un constat, sans parti-pris. Quand je me suis lancé dans le projet de biographie d’artistes, j’en ai acheté plusieurs.

Lesquelles ?

Bruce Springsteen, Bono, Jimmy Hendrix, Florent Pagny et David Bowie, entre autres. Même si je n’écoute pas forcément tous ces styles de musique, c’est la narration qui m’a intéressé. Et quand j’ai passé en revue l’histoire d’OSB, je me suis rendu compte que même si le groupe n’a pas de rayonnement international, tout ce qu’il a réussi est mari imposant. Surtout dans un pays où l’industrie musicale existe sans aucun cadre légal, depuis 57 ans (NdlR, comme le nombre d’années depuis l’Indépendance de Maurice). Ce qui veut dire que même si on n’existe pas, on est plus visible que les autres. Si demain on devait écrire l’histoire de la musique mauricienne, cela devra s’intituler La résilience.

Vous tenez déjà la plume.

Même si j’ai une expérience de dix ans dans le journalisme (NdlR, Stephan Rezannah était dans la rédaction de Scope Magazine avant de devenir producteur avec Jorez Box), écrire un livre et une biographie, c’est différent. Je ne peux pas dire que je me sens comme un écrivain. Je suis un apprenti écrivain qui aujourd’hui arrête de produire de la musique. Mo nepli anvi sa. J’ai toujours eu envie de prendre du plaisir à ce que je fais.

Ceci dit, après avoir écrit Panik dan baz, j’ai constaté à quel point les gens ne lisent plus. La relation avec le livre a radicalement changé. Il y a de vraies réticences. Aujourd’hui, le livre est synonyme d’apprentissage pour l’enfant comme pour l’adulte. Il y a de moins en moins la relation de passion. Mo espere ki tou bann kinn dir ki sa liv-la pa pou res disponib lontan, zot labous beni. Une anecdote : un jour, nous avons montré le livre à quelqu’un. Sa réponse : «Enn zour amenn li lakaz mo lir-lir.» Li pa pou aste. Cela reflète l’approche de plein de gens envers le livre. Mais nous comptons persévérer, pour que les prochaines générations aient de la documentation sur la musique de leur pays et pas que sur les artistes internationaux.

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