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Sithanen ne saute pas, Sanspeur fait fusible
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Sithanen ne saute pas, Sanspeur fait fusible
Hier, à la veille du Conseil des ministres, Navin Ramgoolam a tranché. Dans le conflit à la Banque de Maurice, c’est Gérard Sanspeur, numéro trois de l’institution, accusé d’avoir orchestré une campagne de déstabilisation contre le gouverneur Rama Sithanen, qui doit partir. Une sortie que Sanspeur tente de maquiller en «arrangement à l’amiable», en rappelant ses échanges réguliers avec Ramgoolam depuis cinq ans. Mais personne n’est dupe.
Cette décision, le Premier ministre l’a prise seul, malgré les attaques répétées de Paul Bérenger contre Sithanen. Il l’a ensuite simplement communiquée au cabinet, jaloux de ses prérogatives. Ce matin, Bérenger, devant la presse, aura du mal à masquer son embarras : critique en privé, obligé de composer en public. Dans les milieux politiques, la question circule : la révocation de Sanspeur n’est-elle pas aussi un message, discret mais ferme, envoyé par Ramgoolam au leader du MMM ?
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Tous les 100 jours, la presse attend la parole du Premier ministre. Mais neuf mois après la victoire historique du 60-0, ce rendez-vous devient un rituel manqué. Happé par la diplomatie, les voyages et même une grippe persistante à son retour du Japon, Ramgoolam n’a pas pu tenir sa promesse de bilans réguliers. C’est Bérenger, son numéro deux, qui occupe unilatéralement le terrain médiatique, renouant avec ses vieilles conférences du samedi. Derrière ses sourires aux journalistes, l’agacement perce : ses piques sont des messages adressés à un allié devenu trop silencieux.
C’est tout le paradoxe d’une coalition : afficher l’unité tout en gérant les égos, les héritages, les rancunes. À côté de Bérenger, il faut composer avec Ashok Subron, gardien d’une radicalité sociale qui s’étiole, et Richard Duval, centriste agacé par les nominations contestées des travaillistes, comme à la MTPA. Comment plaire à tous ? Comment arbitrer quand, dans le camp travailliste même, certains se rangent derrière Sithanen et d’autres derrière Bheenick ?
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En juin, lors des débats budgétaires, Ramgoolam et Bérenger s’étaient posés en hommes d’État. La pension universelle est une bombe à retardement, disaient-ils, justifiant son relèvement progressif. «L’histoire nous jugera», avertissait Ramgoolam. «Dix ans de crimes nous ont ruinés», lançait Bérenger. Leur gravité avait impressionné. Mais depuis, le fossé s’est creusé entre la parole et l’action.
Les coupes promises dans le train de vie de l’État tardent. À la place, ce sont les nominations de complaisance qui défilent : frère, fille, gendre, belle-sœur, protégés… Un peuple prié de se serrer la ceinture voit ses dirigeants se servir en silence. L’unité se fissure. L’exemplarité promise devient creuse.
L’histoire l’a montré : 1982, 1995… chaque union sacrée finit par imploser. La tentation est toujours la même après une victoire écrasante : gouverner seul, trop, trop vite. Le 60-0 de 2024 a certes sanctionné le MSM, mais il portait surtout une mission immense : reconstruire un pays endetté et fracturé. Cela exige humilité et exemplarité. Mais l’arrogance, dans une alliance composite, surgit de partout.
Le vrai danger ne vient pas de l’opposition – trois députés seulement font de leur mieux à l’Assemblée – mais des contradictions internes. Chaque décision devient une bombe à retardement. Comment défendre l’austérité sans froisser Subron ? Comment ménager Duval et son électorat fatigué des privations ? Comment contenir l’orgueil de Bérenger, vétéran des ruptures passées ?
Un homme d’État ne peut pas plaire à tous. Mais il doit convaincre la majorité qu’il agit avec intégrité. Convaincre, c’est expliquer, démontrer, assumer. Pas distribuer des postes, ni se cacher derrière des bilans avortés. La réforme des pensions, par exemple, ne passera que si les dirigeants montrent l’exemple : réduire leurs propres privilèges, revoir leurs retraites, couper dans le gaspillage.
Le peuple ne demande pas des miracles. Il réclame de la cohérence. Et il sait reconnaître l’exemplarité. Ce qui mine aujourd’hui la crédibilité de l’Alliance du changement, ce n’est pas son diagnostic, souvent juste, mais la dissonance entre la parole et les actes.
Maurice est à un carrefour. Diversifier l’économie, restaurer les institutions, réduire les inégalités : autant de chantiers qui ne peuvent être l’œuvre d’un seul parti, ni même d’une alliance, mais d’une mobilisation nationale. Cela suppose de gouverner non pas en maîtres, mais en serviteurs.
Ramgoolam et Bérenger se sont réconciliés avec l’histoire pour incarner le changement. Mais l’histoire ne pardonne pas les promesses trahies. Le 60-0 a écrit une page inédite de démocratie. Cette page, si elle n’est pas remplie d’actes cohérents, se tachera vite de déceptions.
La presse, en attendant Ramgoolam tous les cent jours, ne veut pas un bilan comptable. Elle attend un signe d’intégrité. Une voix qui assume. Car, dans un pays sans opposition, la transparence n’est pas une option : c’est un devoir.
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