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Sharvin Sunassee : «On laisse sur le carreau des Mauriciens qui connaissent le terrain (...) pour recruter des étrangers»

12 septembre 2025, 18:00

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Sharvin Sunassee : «On laisse sur le carreau des Mauriciens qui connaissent le terrain (...) pour recruter des étrangers»

■ Sharvin Sunassee, négociateur de la GWF

Les nouvelles recommandations du ministère du Travail sur les permis et la présence de travailleurs étrangers à Maurice font déjà débat. Pour Sharvin Sunassee, négociateur de la General Workers Federation (GWF), la suppression du ratio entre travailleurs locaux et étrangers n’est pas une simple formalité administrative : c’est une décision qui pourrait mettre en péril l’avenir de nombreux Mauriciens sur le marché de l’emploi.

Vous ressentez qu’il y a une incohérence entre ce qui est dit et ce qui est fait…

C’est même une incohérence flagrante. Prenons l’industrie sucrière : certaines compagnies envisagent d’employer des travailleurs étrangers d’ici la fin du mois, voire début du mois prochain. Parallèlement, environ 300 employés du secteur de l’Agro-industrie vont perdre leur emploi. Pourquoi ne pas proposer ces postes vacants aux travailleurs licenciés ?

Ces personnes ont de l’expérience, certaines ont travaillé deux ans ou plus dans ce secteur. Pourtant, au lieu de leur offrir cette opportunité, on se tourne vers une maind’œuvre étrangère. D’un côté, on laisse sur le carreau des Mauriciens qui connaissent le terrain ; de l’autre, on affirme qu’il faut recruter des étrangers. C’est incompréhensible et surtout injuste pour les travailleurs locaux.

D’autres secteurs rencontrent également ce type de problème. Comment y remédier ?

Absolument. Prenons le transport public : le ministre Osman Mahomed a récemment déclaré que la Compagnie nationale de transport (CNT) a dû refuser plusieurs candidatures , tellement la demande était forte. Pourtant, dans le même temps, d’autres compagnies d’autobus recrutent des travailleur s étrangers. Même secteur, deux réalités différentes.

À la CNT, il y a sécurité d’emploi et conditions encadrées par le Pay Research Bureau ou le National Remuneration Board, avec respect des Remuneration Orders. Les compagnies privées, elles, privilégient la rentabilité plutôt que l’épanouissement du salarié.

Pire encore : les relief workers. La loi prévoit qu’après 24 mois, un travailleur doit être embauché en poste permanent. Mais dans le transpor t, certains restent relief jusqu’à dix ans ! Sans congé payé, sans congé maladie, sans vacation leave. Comment, dans ces conditions, bâtir une vie décente ? Ces employés ne peuvent même pas obtenir un prêt bancaire. Tant que ces pratiques perdurent, parler d’équité ou de valorisation des travailleurs est illusoire.

Ces points seront-ils soulevés lors des Assises du travail, le 25 septembre ?

Oui. Au niveau de l’Union of Bus Industry Workers, affiliée à la GWF, ces points ont été transmis et nous espérons qu’ils donneront lieu à des changements concrets.

Remplacer le quota par l’obligation de prouver qu’aucun Mauricien ne peut être embauché change radicalement la donne. Quelles conséquences pour les travailleurs locaux et le marché de l’emploi ?

Ce changement est dangereux. Un employeur peut lancer un recrutement et conclure qu’aucun candidat local n’est qualifié. Résultat : il se tourne vers des étrangers. Entre-temps, un jeune Mauricien diplômé, parfois plus qualifié, se retrouve sans emploi ou payé au rabais. Pour le même poste, un travailleur étranger peut toucher Rs 25 000. Cela crée un malaise profond. Aucun cadre légal solide ne protège ces étrangers contre l’exploitation. Ils viennent à Maurice avec des prêts et se voient obligés d’accepter n’importe quelles conditions. Et s’ils dénoncent un abus ? Déportation immédiate. Ces ouvriers ne volent pas l’emploi des Mauriciens : ils subissent le système.

La différence de traitement est flagrante. Même les repas fournis ne sont pas encadrés clairement : la loi se contente d’indiquer «offrir un repas». Si une compagnie donne des nouilles sèches, elle peut le faire. C’est aberrant.

Pour moi, ces recommandations doivent être réévaluées. Supprimer le quota de travailleurs étrangers ouvre la porte à toutes les dérives. Je rappelle qu’à l’époque, la GWF avait organisé une marche contre l’abolition du quota dans cinq secteurs. Des députés de l’opposition, aujourd’hui au gouvernement, avaient soutenu notre combat. Mais aujourd’hui, la mesure a été supprimée sans débat.

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