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Spectacle «Zametrotar»

Se rencontrer à temps

31 mars 2026, 18:00

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Se rencontrer à temps

430 spectatrices, plus de dix chansons et, seule sur scène du début à la fin, une femme. Le spectacle Zametrotar, proposé par Carol Lamport, soutenue par les peintures animées de son mari Pascal Lagesse, sur la scène du Caudan Arts Centre, dimanche, était saisissant de justesse. Par la précision de son écriture, par la finesse d’un personnage, qui semble parler à chacune d’entre nous, sans jamais quitter son territoire intérieur. Et surtout par une voix, tenue, claire, habitée, qui ne faiblit pas une seconde. Pendant plus d’une heure, Carol Lamport n’a pas simplement joué un rôle. Elle a ouvert un espace. Elle a invité à une rencontre avec soi.

Le rideau se lève sur une femme vêtue de noir, le visage fermé, le corps presque recroquevillé. Derrière elle, une scène pluvieuse. Elle commence à parler, aux spectateurs sans doute. Puis, on comprend que cette parole est peut-être adressée à quelqu’un d’autre. Un professionnel. Un psychologue. Un conseiller. Rien n’est précisé. Et ce flou n’est pas un hasard.

On comprend très vite qu’elle est troublée. Elle se sent enfermée. Dans sa peau. Dans Curepipe, où il pleut, et pas à Moka, où il fait beau. Dans ses rêves et ses what ifs. Dans ce qu’elle est devenue, sans toujours l’avoir choisi. Cette femme d’une cinquantaine d’années se pose des questions.

Ce qui frappe très vite, c’est qu’elle accepte pourtant de revenir. Après une première discussion avec ce professionnel de santé invisible, elle rentre chez elle un peu agacée. Rien n’est réglé, rien n’est clair. Mais elle décide d’y retourner. Elle prend son gilet rouge avec elle, geste qui en dit long. Plus complètement vêtue de noir, elle marche vers l’aide. Le spectacle est traversé de symboles et de métaphores, mais il raconte surtout une expérience intime, sans jamais tomber dans la moquerie ni dans le stéréotype mais plutôt avec finesse et chaleur. Il garde aussi quelque chose de joueur, presque enfantin par moments, porté par des touches de couleur et d’humour, qui allègent l’atmosphère, sans jamais détourner du propos.

Si vous n’avez pas la cinquantaine, vous vous demandez peut-être ce que vous avez en commun avec cette femme. La réponse vient très vite. Parce qu’elle évoque tout. Le premier amour. Le premier cœur brisé. Les relations qui durent. Celles qui changent. Les chats. La ville. La pluie. Le soleil. Les beaux-enfants. Et ce fils qui s’apprête à partir pour ses études supérieures.

Carol Lamport habite ces émotions complexes avec une précision remarquable. Elle les fait passer en chanson, parfois en kreol, parfois en français, avec une voix tour à tour apaisante, énervée, courageuse ou fragile ; comme si elle rendait lisible ce que signifie être femme, nous qui sommes parfois prisonnières de notre enfance, de notre famille, de notre entourage, de notre corps, de notre tête. Le spectacle prend la forme d’une évaluation de ses cinquante années passées. Ce qui a été fait. Ce qui ne l’a pas été. Mais surtout, tout ce qui peut encore l’être.

Il a fallu cinq ans pour que ce projet prenne forme. «Ce n’est pas juste du divertissement. Il y avait un vrai message avec du vécu», explique Carol Lamport. Autobiographique mais romancé, Zametrotar est né d’abord de mélodies composées à la voix avant de devenir une artiste seule en scène. «Quand on écrit pour la première fois, on part toujours de ses expériences personnelles. Ensuite, j’ai romancé pour rendre cela universel.»

L’univers visuel participe pleinement à cette traversée intérieure. Plus de 1 000 dessins, réalisés à la main par Pascal Lagesse, accompagnent les chansons et prolongent les émotions du personnage. «On s’est amusés pendant six mois à faire les storyboards pour chaque chanson», confie Carol Lamport.

Premier seul en scène pour Carol Lamport, Zametrotar donne pourtant l’impression d’un projet arrivé à maturité. Comme une rencontre longtemps attendue avec soi-même.


Une somme de Rs 182 000 recueillie pour Hidden Disabilities Sunflower

«Zametrotar» a également donné lieu à une mobilisation solidaire portée par Small Step Matters dans le cadre de ses dix ans d’existence. À l’initiative de Carol Lamport et de Pascal Lagesse, cette représentation spéciale, organisée au Caudan Arts Centre, dimanche, était dédiée à 430 spectatrices issues de la société civile. Travailleuses sociales, bénéficiaires d’organisations non gouvernementales, psychologues ou encore femmes engagées dans le développement social et environnemental, ont ainsi pu assister gratuitement au spectacle. L’objectif, explique Marie-Laure Phokeer, manager de Small Step Matters, était de transmettre un message simple mais essentiel : il n’est jamais trop tard pour amorcer un nouveau départ et prendre soin de soi.

Cette initiative a également permis de lever Rs 182 000 grâce aux contributions de parrains, d’entreprises et de citoyens via la plateforme de l’organisation. Les fonds seront reversés à Hidden Disabilities Sunflower afin de soutenir l’action de groupes d’accompagnement destinés aux personnes vivant avec des troubles bipolaires. Ces groupes offrent un soutien psychoéducatif gratuit, une fois par mois, à la Clinique Artemis, justement grâce à ce type de financement. Le choix de cette cause n’est pas anodin : Pascal Lagesse, co-initiateur du projet, est lui-même ambassadeur de cette problématique encore largement entourée de tabous à l’échelle locale. Cette mobilisation est intervenue à la veille du 30 mars, Journée mondiale de sensibilisation aux troubles bipolaires, donnant une résonance particulière à cette action conjointe entre création artistique et engagement social. Face à l’accueil très positif réservé à cette représentation, l’idée de présenter le spectacle dans d’autres régions du pays pourrait être envisagée afin de diffuser ce message auprès d’un plus grand nombre de femmes à travers l’île, sous réserve de financements supplémentaires, a souligné Marie-Laure Ziss-Phokeer.

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