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Travail

Recrutement : un nouveau cadre réglementaire qui divise

23 septembre 2025, 18:00

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Recrutement : un nouveau cadre réglementaire qui divise

Le ministère du Travail a mis en place de nouveaux règlements en ce qui concerne le recrutement des travailleurs mauriciens et étrangers.

Le Conseil des ministres a validé, le vendredi 19 septembre, la promulgation des règlements sur les agences privées de recrutement de 2025. Cette réforme vise à moderniser un secteur souvent critiqué pour ses dérives, tout en alignant Maurice sur les standards internationaux de transparence et d’éthique. L’objectif affiché est clair : professionnaliser les agences et renforcer la protection des chercheurs d’emploi, qu’ils soient Mauriciens ou étrangers.

Désormais, les agences devront obtenir une licence distincte selon le type de recrutement pratiqué. Les dirigeants seront tenus de prouver leur expertise technique et leur maîtrise des législations du travail, à Maurice comme à l’étranger. Autre obligation : disposer d’unesolide assise financière afin d’assurer la continuité de leurs services et d’éviter toute défaillance brutale. Les nouvelles dispositions prévoient aussi un filtre éthique : actionnaires, directeurs et cadres supérieurs ne devront pas avoir été impliqués dans des pratiques frauduleuses ou de recrutement abusif. Côté travailleurs, tout contrat conclu pour un poste à Maurice devra se conformer à la Workers’ Rights Act, aux conventions collectives et à l’ensemble des lois du travail.

Un point majeur concerne la responsabilité du rapatriement. Les titulaires de licence devront financer le retour d’un travailleur jugé inapte ou en difficulté. En cas de refus, le ministère du Travail saisira leur dépôt de garantie pour couvrir les frais. Pour veiller à l’application stricte des règles, des inspections régulières sont prévues. À noter que ces règlements ne concernent pas le National Employment Department ni la plateforme Mauritius Jobs.

Les réserves des syndicats

Pourtant, cette réforme ne suscite pas que des applaudissements. Reeaz Chuttoo, président de la Confédération des travailleurs des secteurs public et privé (CTSP), met en garde contre certaines failles. Selon lui, le système de contribution deRs 500 par mois par employeurne garantit pas la sécurité des travailleurs. «Même avec Rs 1 million de garantie bancaire, si une usine ferme ses portes, comment rapatrier des centaines de travailleurs avec seulement Rs 500 par mois ?», s’interroge-t-il. Il rappelle le cas de Star Knitwear, où la CTSP avait dû solliciter l’aide d’agences internationales et des clients étrangers de la compagnie textile pour financer le retour d’une quinzaine d’ouvriers. «Les règlements prévoient que les Rs 500 servent à nourrir et à héberger les travailleurs. Mais qu’en est-il du coût des billets d’avion ?», insiste-t-il.

Autre critique : la dépendance totale du travailleur vis-à-vis de son employeur. Si ce dernier décide de renouveler le permis de séjour jusqu’à dix ans, le salarié est lié à son bon vouloir. Mais s’il souhaite rentrer avant, les frais de rapatriement lui incomberaient. «C’est une injustice. L’État doit revenir au système de garantie bancaire de Rs 50 000 que l’employeur récupérait ensuite», plaide Reeaz Chuttoo. Il déplore également un manque de dialogue social : «Les ministres écoutent mais n’interagissent pas. Lors des assises du Travail, il avait été question de commissions tripartites par thématique. Nous attendons encore que cela se concrétise.»

Le syndicaliste regrette aussi l’absence de coordination avec les ambassades, censées être un relais pour les travailleurs étrangers. Enfin, il alerte sur une faille ouverte aux multinationales: les compagnies disposant de filiales pourront faire venir leurs employés directement, sans passer par une agence. «C’est une porte ouverte à la surexploitation. Ces groupes imposent souvent des politiques globales qui contournent les accords collectifs», affirme-t-il.

Les critiques des agences de recrutement

Du côté des agences, la réforme est également perçue avec scepticisme. Pour l’une d’entre elles, les changements sont surtout cosmétiques : «Le gouvernement s’exonère de ses propres règles en excluant ses plateformes, alors que les agences privées étaient déjà soumises à la Workers’ Rights Act. Nous étions inspectés, interrogés, nos compétences étaient vérifiées. Je ne vois pas de véritable nouveauté.»

Cette interlocutrice dénonce en revanche un traitement injuste :«On a paralysé toute une profession, menacé des centaines de personnes de prison et d’amendes de Rs 1 million, alors que le problème vient du ministère du Travail qui n’a pas fait son travail depuis deux ans.» Pour elle, la question centrale est celle de l’accountability : «Quand le ministère de la Santé commande des respirateurs défectueux pendant la pandémie, personne n’est inquiété. Mais ici, c’est la profession entière qu’on pénalise. Est-ce que le ministère a vérifié que suspendre une profession entière est constitutionnel ? Empêcher les gens de travailler, c’est grave.» En attendant, syndicats et agences appellent à unvéritable dialogue tripartite pour ajuster la réforme et éviter que de bonnes intentions ne se transforment en nouvelles sources de conflits.

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