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Rani Balloo : «L’éducation reste la base de toute prévention efficace»

14 novembre 2025, 10:00

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Rani Balloo : «L’éducation reste la base de toute prévention efficace»

Rani Balloo, manager de l’ONG DIASE (Diabetes Safeguard)

À l’occasion de la Journée mondiale du diabète, célébrée ce 14 novembre, Rani Balloo, manager de l’organisation non gouvernementale Diabetes Safeguard (DIASE), alerte sur les chiffres préoccupants chez les adultes et les adolescents à Maurice. Elle revient sur les facteurs de risque et les actions de prévention qu’elle mène avec son équipe.

?Quelle est la prévalence du diabète à Maurice chez les enfants, adolescents et adultes ?

Selon le Diabetes Atlas 2025 de l’International Diabetes Federation (IDF), la prévalence du diabète chez les adultes âgés de 20 à 79 ans est estimée à 22,2 % en 2024. De plus, 28,2 % des cas dans cette tranche d’âge ne sont pas diagnostiqués. Cela signifie qu’environ un adulte sur deux pourrait être concerné.

Chez les jeunes, la tendance est tout aussi préoccupante. Une étude menée en 2022 indique que 44 % des adolescents présentent un état de prédiabète. Ce n’est pas une surprise pour nous. Dès 2012, lors de dépistages effectués dans plusieurs collèges, notre équipe avait déjà constaté une hausse inquiétante des cas à risque. Malheureusement, nos interventions ont ensuite été restreintes. Si une collaboration avait été possible avec le ministère à cette époque, nous aurions peut-être pu freiner cette progression.

?Quels sont les principaux facteurs de risque chez les jeunes ?

Les facteurs de risque du diabète chez les jeunes, notamment du diabète de type 2 qui devient de plus en plus fréquent, sont liés au mode de vie. D’abord, l’alimentation joue un rôle majeur. Une consommation excessive de boissons sucrées, de produits ultra-transformés, de confiseries ou de fast-food, combinée à une faible consommation de fruits, de légumes et de fibres, favorise le surpoids et la résistance à l’insuline.

Ensuite, la sédentarité aggrave le problème. Les jeunes passent beaucoup de temps devant les écrans et ne pratiquent pas les 60 minutes d’activité physique quotidienne recommandées par l’Organisation mondiale de la santé (OMS). L’obésité abdominale est alors un indicateur fort de risque.

Les antécédents familiaux augmentent également la probabilité de développer la maladie, tout comme certains facteurs socioéconomiques, tels que le manque d’accès à une alimentation saine, aux infrastructures sportives, ou l’exposition au diabète gestationnel durant la grossesse.

?Pourquoi les écoles ne sont-elles pas davantage ciblées pour la sensibilisation ?

Le système éducatif reste encore centré sur la réussite académique, laissant peu de place à l’éducation à la santé. Les enseignants manquent souvent de temps, de formation et de ressources pour aborder la nutrition ou l’activité physique. Les programmes de prévention nécessitent des financements, des repas scolaires équilibrés et des activités encadrées, mais le budget alloué à la santé scolaire reste limité. De plus, les politiques publiques privilégient encore le traitement du diabète plutôt que la prévention précoce.

L’environnement alimentaire est un autre obstacle : les snacks et boissons sucrées sont omniprésents dans et autour des écoles. Même si les enfants apprennent les principes d’une alimentation saine, ils ont du mal à les appliquer au quotidien. Enfin, l’absence d’un programme national structuré sur la santé scolaire et le manque d’implication conjointe des parents, des ONG et de la communauté compliquent la prévention à long terme.

?En quoi Diabetes Safeguard se distingue-t-il du service public ?

Notre ONG agit comme un complément au service public, en se concentrant sur la prévention, l’éducation et l’accompagnement des personnes à risque. Le service public assure la base du système de santé, mais Diabetes Safeguard apporte une valeur ajoutée grâce à des interventions ciblées, des actions de proximité et une approche plus flexible et innovante.

?Que faudrait-il faire pour améliorer la sensibilisation au diabète ?

La lutte contre le diabète doit être collective et durable. L’éducation reste la base de toute prévention efficace. Il est nécessaire d’intégrer des modules de santé dans les programmes scolaires pour sensibiliser les enfants aux effets d’une alimentation déséquilibrée et du manque d’activité physique.

Des ateliers interactifs, animés par des professionnels de santé, des ONG et même des patients diabétiques, aideraient à mieux comprendre la maladie. Des concours, projets scolaires ou clubs santé pourraient encourager les jeunes à devenir des ambassadeurs de la prévention dans leurs familles et communautés.

?Quelles activités sont prévues à l’occasion de la Journée mondiale du diabète ?

Plusieurs actions de dépistage seront organisées ce samedi 15 novembre à partir de 10 heures au Plaza, à Rose-Hill. Elles concerneront le diabète, l’hypertension, l’obésité, ainsi que certains cancers, notamment ceux du sein, du pancréas et de la prostate. Des tests de la vue et des soins dentaires gratuits seront également proposés, grâce à la collaboration du ministère de la Santé et du Lions Club de Belle-Vue Phare à Albion.

La journée comprendra en outre un test de gestion du stress axé sur la santé mentale, la distribution de glucomètres, des démonstrations de Zumba et une collecte de sang. Un livret éducatif destiné aux adolescents sera lancé à cette occasion. Par ailleurs, le programme de prévention des amputations sera présenté, accompagné d’appareils innovants visant à mieux sensibiliser le public.

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