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Interview

Rakesh Bhuckory répond aux allégations de l’ex-DPM

30 mars 2026, 12:00

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Rakesh Bhuckory répond aux allégations de l’ex-DPM

Rakesh Bhuckory, «Chief of Staff» au bureau du Premier ministre.

Nous l’avons approché pour mieux comprendre son rôle et son propos sur une éventuelle «Gang of 5». Rakesh Bhuckory, le Chief of Staff au Bureau du Premier ministre répond à nos questions et, parant, aux allégations de Paul Bérenger…

? Lors de sa conférence de presse, Paul Bérenger a fait mention du renouvellement du contrat du «Deputy CEO» de l’Economic Development Board (EDB) et du Prime Minister’s Office (PMO). Par ces allégations, est-il en train de vous viser ?

Il ne m’a pas expressément nommé, mais étant à la fois le Chief of Staff et le représentant du PMO au sein du conseil d’administration de l’EDB, il est évident que je suis concerné et que je me devais de clarifier les choses, surtout au nom du PMO, cité dans cette affaire. Il s’agissait à l’origine d’une affaire administrative interne à l’institution, mais puisqu’il l’a portée sur la place publique, il est de mon devoir de mettre les points sur les «i» , dans un esprit de transparence et de redevabilité, surtout lorsqu’il s’agit de deux institutions clés : le PMO, poumon du gouvernement, et l’EDB, incontournable pour l’attraction des investissements. Le poste de Deputy CEO de l’EDB avait été créé par le Mouvement socialiste mauricien (MSM) en janvier 2023, sans avoir été «advertised» , et son titulaire bénéficiait d’un contrat en béton. À son expiration, certains membres du board ont souhaité que le contrat soit renouvelé pour une période d’un an, tandis qu’un autre, proche de l’ancien Deputy Prime Minister (DPM), a proposé une durée de trois ans. J’ai trouvé cette proposition inacceptable et je l’ai fait savoir, car on ne pouvait pas perpétuer les mauvaises pratiques du MSM, que l’ex-DPM lui-même dénonce de temps à autre, quand cela l’arrange. Pour ma part, j’aurais préféré qu’il soit maintenu à son poste pour une période de six mois, durant laquelle un appel à candidatures aurait pu être lancé. La suite, vous la connaissez déjà. Je tiens à préciser que je consulte toujours ma hiérarchie avant toute prise de décision, dans la mesure où ma position engage celle du PMO. Ne me demandez pas pourquoi ma position n’a pas été bien accueillie par l’ex-DPM, ni pourquoi son protégé souhaitait un renouvellement de ce contrat pour trois années supplémentaires. Et puis, on s’étonne que certains «chatwas» aient la peau dure !

? En quoi consiste votre rôle de «Chief of Staff» au Bureau du Premier ministre ?

C’est un rôle multidimensionnel, au cœur de la coordination stratégique et opérationnelle de l’action gouvernementale. Je fais le lien entre le Premier ministre, les membres du gouvernement, les ministères et l’ensemble des parties prenantes, afin d’assurer la cohérence, la fluidité et l’efficacité de l’action publique. Sans entrer dans les détails, je contribue à la structuration et au suivi des priorités du Premier ministre : pilotage des dossiers stratégiques, coordination des équipes et préparation des échéances parlementaires, entre autres. Je rencontre chaque jour de nombreux Mauriciens confrontés à diverses difficultés. Savez-vous combien d’injustices les citoyens ont subies au cours des dix dernières années du règne du MSM ? Il est profondément bouleversant de voir ces personnes souffrir et venir frapper à notre porte en quête de justice. Nous les accompagnons et les aidons dans la mesure du possible. J’assume également les responsabilités qui me sont confiées directement par le Premier ministre, dans des environnements exigeants, où réactivité et rigueur sont essentielles. C’est une fonction d’équilibre et d’autorité, qui requiert la capacité de tenir une ligne claire, y compris sous pression.

? Que répondez-vous à Mᵉ Neelkanth Dulloo, membre du Parti travailliste (PTr), qui a dit sur une radio privée, que vous devriez présenter votre bilan à la presse ?

Je lui dis qu’il fait fausse route. Je ne suis ni un élu, ni un ministre, et encore moins un directeur d’organisme tenu de présenter un bilan. J’occupe une fonction au service du chef du gouvernement et de l’action gouvernementale. Je ne suis redevable qu’au Premier ministre, et c’est à lui seul qu’il revient de juger mes actions et mes réalisations. Chercher à personnaliser ce rôle ou à le médiatiser relève d’une confusion des responsabilités. Mon rôle n’est pas d’occuper l’espace médiatique, mais d’exécuter mes responsabilités du mieux possible.

? Est-ce normal, et conforme à la pratique, que vous organisez des réunions politiques dans la circonscription no 5 ?

Je tiens à préciser que je ne suis ni membre d’un parti politique, ni engagé dans la politique active. À ce titre, je n’organise pas de réunions à caractère politique. Il est par ailleurs de notoriété publique que j’ai été Campaign Manager du Premier ministre, Navin Ramgoolam, dans la circonscription no 5 lors des dernières élections. Cela relève toutefois d’un engagement passé. Dans le cadre de mes fonctions actuelles, incluant également le rôle de Senior Adviser en sus de celles de Chief of Staff, il peut m’arriver de répondre à certaines invitations par courtoisie, mais aussi afin de tenir le Premier ministre informé, surtout lorsqu’il s’agit de sa circonscription. Il m’est aussi arrivé d’être sollicité et interpellé par des agents travaillistes, que j’ai côtoyés par le passé, au sujet de mon rôle au PMO. J’ai donc jugé nécessaire de leur expliquer ma position et d’apporter les éclaircissements requis, comme je le fais actuellement avec vous dans le cadre de cet entretien, dans un souci de transparence. Je dois préciser qu’il est de mon devoir, en tant que Senior Adviser, d’assurer un suivi rigoureux des dossiers, y compris ceux concernant la circonscription du Premier ministre. À titre d’exemple, à la suite d’une site visit qu’il a effectuée à Trou-aux-Biches l’année dernière, nous avons assuré les suivis nécessaires et accompagné les mandants dans la compréhension des démarches engagées.

Il convient également de souligner qu’à Trou-aux-Biches comme à Solitude, le constat est sans appel : nos infrastructures publiques ont été laissées à l’abandon. Jardins d’enfants dégradés, centres communautaires négligés, absence d’espaces adaptés pour les jeunes… Dix années (2014-2024) de manque d’investissement et d’entretien ont lourdement pénalisé les citoyens. Cette semaine encore, j’ai effectué une visite au stade Anjalay, aux côtés des officiers du ministère de la Jeunesse et des sports, afin d’évaluer les améliorations nécessaires. Le diagnostic est préoccupant : installations sportives détériorées, entretien inexistant et même absence de marquage sur la piste d’athlétisme.

Face à cet héritage de stagnation, il n’est plus question de perdre du temps, mais d’agir. Réhabiliter, moderniser, investir : tel est l’engagement du Premier ministre et du gouvernement. Le chantier est immense, mais notre détermination est totale. On peut débattre de mes attributions, mais ce qui importe, c’est que le travail soit accompli, et bien accompli. Il ne s’agit pas de politique active, mais d’un engagement gouvernemental que je suis tenu de respecter, en cohérence avec les responsabilités qui sont les miennes. Pour moi, il s’agit simplement d’assurer une liaison administrative et organisationnelle afin de faciliter la coordination des activités du Premier ministre sur le terrain. Rien de plus, rien de moins.

? Ce fameux «Gang des 5» ou «des 25», pourquoi votre nom y est-il associé et pour quelles raisons dites-vous que Paul Bérenger s’est engagé dans une campagne «zet labou» à votre égard ?

Je tiens à préciser que Paul Bérenger n’a jamais citer de noms associés à ce «gang de 5» ou des «25» , comme il le qualifie. À l’origine, il s’agissait d’une publication anonyme, signée sous le pseudonyme de Paul Lismore, qui avait avancé certains noms, dont le mien, en les associant à une prétendue «bande de 5».

Cet individu se cache derrière un faux profil pour mener des attaques viles, gratuites et sans fondement, pour des raisons connues de lui seul. Le plus ridicule reste toutefois la manœuvre politique de l’ex-DPM consistant à transformer le terme «bande» en «gang» , non seulement pour en amplifier l’effet médiatique, mais aussi pour lui donner une connotation plus mafieuse et sensationnaliste. D’ailleurs, un jour, il parle de 5, un autre de 25, ou encore d’un gang de 15 ou 16 personnes, et demain, peut-être 50. Pire encore, il va jusqu’à citer des membres de son propre parti, le MMM, comme étant prétendument «contaminés» par ce soi-disant gang. Il évoque des cas de corruption, tout en reconnaissant lui-même ne disposer d’aucune preuve. Dès lors, comment accorder le moindre crédit à de telles déclarations? Force est de constater que quelqu’un semble toujours souffrir du syndrome Sheik Hossen : lancer des accusations sans preuves concrètes ni tangibles relève davantage d’une campagne de dénigrement que d’un discours responsable. Je vous donne un cas concret où des faits ont été déformés à des fins sensationnalistes, dans le but de faire porter le blâme sur un prétendu «gang» .

Certaines personnes m’ont rapporté qu’un internaute a relayé une information selon laquelle le PMO aurait annulé un appel d’offres (tender exercise) portant sur la fourniture et la mise en service de véhicules hybrides et de SUV, en tentant d’y associer des commissions supposément perçues par un soi-disant «Gang of 5» . Or, une journaliste notoire pour ses affinités politiques a repris ces allégations infondées (...), contribuant ainsi à alimenter l’amalgame et à jeter la suspicion, sans procéder à la moindre vérification des faits.

En réalité, l’annulation de cet appel d’offres relève d’une décision administrative visant à maîtriser les dépenses publiques, notamment dans un contexte international marqué par une hausse significative des coûts du fret. Pourtant, certains, guidés par leur propre agenda, se permettent de relayer des contrevérités pour servir leurs intérêts (...) Comme si le PMO agissait en dehors de toute hiérarchie et que chaque décision devait systématiquement être attribuée aux intérêts d’un prétendu «gang». Comme le rappelait le théoricien critique Robert Cox : «Knowledge is always for someone and for some purpose… hence, knowledge is biased». Il convient donc de faire preuve de vigilance face aux discours de ceux qui relaient ou amplifient ce type d’allégations, car eux aussi poursuivent leurs propres objectifs.

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