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«Alpha Bravery»

Qui a planqué la cocaïne dans la salle des machines ?

29 novembre 2025, 05:00

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Qui a planqué la cocaïne dans la salle des machines ?

■ Cales, intérieur des grues et espaces vides sur le pont sont autant de caches, alors que des plongeurs clandestins les fixent sur la coque et sous la ligne de flottaison des vraquiers. Source : UNODC / POLICE FÉDÉRALE

Nigme supplémentaire pour les autorités mauriciennes dans l’enquête sur la saisie record de 433 kilos de cocaïne à bord de l’Alpha Bravery, en provenance du Brésil et à destination de Singapour.

Les sacs de cocaïne ont été découverts dans la salle des machines, un lieu normalement très contrôlé, alors que, généralement, la cocaïne destinée à l’exportation du Brésil est cachée dans les sea chests, compartiments situés sous la ligne de flottaison et accessibles à un nombre très limité de membres de l’équipage.

Cette découverte soulève de nombreuses questions : pourquoi les enquêteurs de l’Anti-Drug and Smuggling Unit (ADSU) n’arrivent-ils pas à identifier le responsable ? Pourquoi l’équipage reste silencieux ? Le capitaine du navire est-il au courant ou choisit-il de garder le silence ? Selon nos informations, malgré cette affaire, le navire a repris la mer avec un nouvel équipage, tandis que le personnel initial reste sous observation.

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? Méthodes de trafic qui évoluent

Les trafiquants ont développé d’autres méthodes pour dissimuler la drogue à bord : cales, conteneurs, compartiments à torpilles ou de l’ancre. L’utilisation de la salle des machines reste exceptionnelle et interpelle les autorités. En principe, seuls quelques membres triés sur le volet y ont accès, et déterminer leur rôle exact est un défi pour les enquêteurs.

La cocaïne saisie sur l’Alpha Bravery est estimée à 80 % de pureté, selon un rapport du Forensic Science Laboratory (FSL). Ce chiffre confirme que le navire transportait un produit de qualité destiné au marché asiatique, où la demande et la valeur de la drogue sont très élevées. Cette affaire s’inscrit dans un contexte mondial où le trafic maritime de cocaïne continue d’augmenter. Selon le Bureau for International Narcotics and Law Enforcement Affairs des États-Unis, plusieurs saisies majeures ont été effectuées au Brésil en 2024. En mai, 2,2tonnes de cocaïne ont été interceptées à Amazonas, près de Manaus, soit la plus grande saisie dans l’histoire de la région amazonienne. En août, 114 kilos de cocaïne ont été retrouvés dans des sea chests de navires à destination de l’Europe. En octobre 2024, environ 500kilos ont été saisis sur un bateau au port de São Luís, dans l’État du Maranhão. Selon l’International Chamber of Shipping (ICS), près de 90% de la cocaïne mondiale est transportée par voie maritime. Le United Nations Office on Drugs & Crime (UNODC) souligne que les producteurs rivalisent pour augmenter la qualité et la quantité de la drogue, tout en réduisant les prix de gros, ce qui maintient le trafic maritime à un niveau élevé.

? «Bulk carriers, victimes involontaires

Le Brésil reste le principal foyer du trafic maritime, où les bulk carriers sont souvent exploités à l’insu de leurs propriétaires. Plusieurs navires ont été contaminés par la cocaïne lors du chargement de leurs cargaisons, avec des conséquences lourdes pour les armateurs et les équipages. Les méthodes des trafiquants sont variées : certains dockers corrompus embarquent des petits ou gros paquets de drogue ; la cocaïne peut être cachée dans les cales, les grues ou les espaces vides sur le pont ; des plongeurs spécialisés fixent parfois la drogue sur la coque ou dans des structures sous la ligne de flottaison, comme les sea chests, quilles de cale ou coffre de gouvernail. Ces pratiques, déjà documentées dans plusieurs ports brésiliens, montrent la sophistication croissante des trafiquants et leur capacité à innover pour contourner la surveillance.

L’affaire de l’Alpha Bravery illustre les difficultés auxquelles font face les autorités mauriciennes et Interpol. Les enquêtes sont ralenties par le secret des membres d’équipage et la complexité des accès aux zones sensibles du navire. Les enquêteurs doivent déterminer qui avait accès à la salle des machines et comment les sacs de drogue ont pu y être dissimulés sans être détectés. Mais en attendant, le navire a quitté le port avec un nouvel équipage, tandis que l’ADSU et les autorités portuaires poursuivent leurs investigations. Cette affaire montre que, malgré les saisies record et la surveillance accrue, le trafic maritime de cocaïne continue d’évoluer, posant un défi constant pour les forces de l’ordre.

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