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Ebola, diabète, MPOX et urgences

Questions à… Dr Vassen Pauvaday : «Notre service de santé n’est pas en train de s’effondrer»

9 juin 2026, 18:00

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Questions à… Dr Vassen Pauvaday : «Notre service de santé n’est pas en train de s’effondrer»

Dr Vassen Pauvaday, «Senior Advisor» à la Santé.

L’ancien directeur général de la Santé répond aux critiques formulées contre le ministère, dont il est «Senior Advisor» et dresse un état des lieux du service de santé publique. Tout en défendant l’état de préparation sanitaire du pays, il dénonce «des années de négligence» dans plusieurs secteurs-clés du système.

Est-ce qu’on est réellement prêt à faire face à des maladies infectieuses à haut risque comme Ebola ?

En tant qu’ancien directeur général de la Santé, j’ai moi-même été confronté, en 2014-2016, à une situation comparable lors de la plus grande épidémie d’ebola jamais enregistrée en Afrique de l’Ouest. À l’époque, il faut le rappeler, Maurice ne disposait ni d’un centre d’isolement opérationnel, ni d’un véritable plan d’action structuré contre ebola.

Face à cette menace, nous avons agi avec responsabilité, méthode et fermeté. Les frontières ont été fermées aux pays concernés, un centre d’isolement a été mis en place à l’hôpital de Souillac, validé par l’Organisation mondiale de la santé (OMS), et le premier Plan d’action national contre ebola a été élaboré.

Depuis lors, le continent africain a connu plus d’une dizaine d’épisodes ou d’épidémies d’ebola. Maurice n’a donc pas découvert Ebola aujourd’hui. Le pays dispose, depuis de nombreuses années, d’un cadre de préparation et de réponse.

C’est pourquoi il relève soit d’une mauvaise foi manifeste, soit d’un niveau d’ignorance particulièrement inquiétant, qu’un ancien ministre de la Santé ait créé une situation alarmiste en insinuant que des Mauriciens auraient été exposés à la maladie et que les autorités ne sauraient pas quoi faire des contacts éventuels de patients.

La vérité est simple : notre plan d’action contre ebola est établi depuis de nombreuses années. Il prévoit le renforcement de la surveillance aux ports et à l’aéroport, l’identification rapide des voyageurs en provenance de zones à risque, l’évaluation de tout cas suspect, ainsi que son orientation vers une structure désignée.

D’ailleurs, depuis le 17 mai, environ 70 passagers en provenance de la République démocratique du Congo et 71 passagers en provenance de l’Ouganda font déjà l’objet d’un suivi. Cela démontre que les mécanismes de surveillance sont actifs, que les autorités sont mobilisées, et que la situation est gérée avec sérieux, méthode et sang-froid.

Il faut également souligner que la situation est dynamique. C’est précisément pour cette raison que le Cabinet, lors de sa réunion du vendredi 5 juin, a pris une série de décisions additionnelles afin de renforcer la protection de la population mauricienne.

Ces mesures compren­ nent notamment le remplissage obligatoire du All-in-One Travel Form et du Health Declaration Form par tous les passagers avant l’embarquement vers Maurice ; l’interdiction temporaire d’entrée des étrangers provenant de, ayant transité par, ou ayant séjourné en République démocratique du Congo, en Ouganda ou au Soudan du Sud durant les 21 jours précédant leur arrivée ; l’autorisation d’entrée, sous conditions strictes, pour les ressortissants mauriciens et les étrangers détenant un permis de travail, de résidence, d’occupation ou de conjoint, à condition qu’ils complètent le formulaire obligatoire et acceptent une quarantaine de 21 jours ; le renforcement du dépistage sanitaire obligatoire et de l’évaluation des risques aux points d’entrée pour les voyageurs provenant des pays concernés ; la désignation du SAJ Recreation Centre à Riambel comme centre officiel de quarantaine ; l’isolement immédiat et l’évaluation clinique de tout voyageur présentant des symptômes compatibles avec la maladie à virus ebola ; et le renforcement de la surveillance active et du suivi des contacts par le ministère de la Santé et du bien-être.

Il est donc totalement faux de prétendre que le pays serait impréparé ou que les autorités agiraient dans l’improvisation. Au contraire, le ministère maintient un haut niveau de vigilance, avec une surveillance sanitaire renforcée à l’aéroport et au port, une évaluation des risques pour les voyageurs venant de pays affectés, des procédures d’isolement, des équipements de protection individuelle, et des mécanismes de coordination avec l’OMS, l’Africa Centres for Disease Control and Prevention et la Commission de l’océan Indien.

La population doit être rassurée : le risque d’une épidémie d’ebola à Maurice demeure très faible. Mais un faible risque ne signifie pas absence de préparation. Cela signifie que les mesures doivent être proportionnées, ciblées, scientifiquement fondées et appliquées avec rigueur.

C’est exactement ce qui est fait. Maurice n’agit ni dans la panique, ni dans le déni. Maurice agit avec préparation, vigilance et responsabilité.

Des exercices de simulation sont-ils organisés ?

Oui. Les exercices de simulation sont essentiels pour tester les protocoles sur le terrain : transport des patients, protection du personnel, circulation de l’information et coordination entre les différents services.

Des exercices sont prévus avec l’appui de l’OMS afin de renforcer les procédures impliquant l’aéroport, les ports, les ambulances, les hôpitaux et les laboratoires. L’objectif est d’assurer une réponse rapide et coordonnée, sans improvisation ni panique.

Le ministère confirme-t-il une résistance des moustiques aux insecticides ?

Oui, et c’est une préoccupation sérieuse. Cette résistance a été identifiée en 2023 après des années de fumigations excessives et répétées. Nous continuons pour le moment à utiliser la deltaméthrine, mais avec des protocoles revus afin de privilégier un usage plus rationnel, mieux ciblé et scientifiquement encadré. Nous voulons aussi renforcer progressivement les approches plus écologiques.

Les moustiques stériles font-ils partie de cette stratégie ?

Absolument. La Technique de l’insecte stérile a été introduite avec l’appui de l’Agence internationale de l’énergie atomique. Malheureusement, les infrastructures de Curepipe avaient été laissées dans un état de délabrement et les opérations avaient été interrompues pendant plusieurs mois. Les travaux ont depuis été complétés et de nouvelles facilités ont été mises en place à l’hôpital Sir Seewoosagur Ramgoolam National (SSRN). Entre janvier et mai 2026, environ deux millions de moustiques stériles ont été relâchés.

L’expérience internationale, notamment à Singapour, montre que cette approche peut réduire considérablement certaines populations de moustiques vecteurs.

Où en est le projet de «warehouse» pharmaceutique ?

Le pays paie aujourd’hui le prix de l’inaction. Les problèmes de stockage des médicaments étaient connus depuis des années mais aucune décision structurelle n’a été prise. Plusieurs options sont actuellement étudiées, notamment l’utilisation temporaire d’espaces existants ou la location d’entrepôts adaptés. Il est également légitime de s’interroger sur la pertinence du projet de warehouse à Côte-d’Or alors qu’un projet pharmaceutique à Jin-Fei semble déjà achevé.

Le dépistage du diabète est-il renforcé ?

La méthodologie actuelle date de 2008 et elle est dépassée depuis longtemps. En 2024, sur plus de 40 000 adultes dépistés, seuls environ 2 400 ont bénéficié d’un test HbA1c.

Cela signifie probablement qu’un nombre important de cas de prédiabète ou de diabète est passé inaperçu pendant des années.

Le programme de dépistage communautaire a été revu. L’objectif est désormais d’élargir le recours au test HbA1c afin de détecter plus tôt le diabète et le prédiabète.

Les patients identifiés au stade du prédiabète seront orientés vers des cliniques spécialisées et certains patients diabétiques pourront bénéficier d’un programme de rémission inspiré du modèle Path to Remission.

La situation de l’obésité et du prédiabète chez les adolescents estelle inquiétante ?

Oui, extrêmement inquiétante. Une enquête nutritionnelle réalisée en 2022 a montré que 44 % des adolescents présentaient un état de prédiabète et que 9 % étaient obèses. Pendant trop longtemps, ces signaux d’alerte n’ont pas été pris au sérieux. Le gouvernement a lancé le National Obesity Action Plan 2025-2030 afin d’agir de manière plus structurée dans les écoles, les familles, les habitudes alimentaires et l’environnement des jeunes.

Les centres du diabète sont-ils suffisants ?

Non. Avec plus de 200 000 personnes vivant avec le diabète à Maurice, chaque région sanitaire devrait disposer d’un véritable centre spécialisé. Ces centres doivent regrouper la prise en charge médicale, l’éducation thérapeutique, les conseils nutritionnels, les soins des pieds et le dépistage des complications.Jusqu’ici, seul le centre de Souillac répondait réellement à ce modèle intégré.

Quelle est la situation concernant la résistance aux antibiotiques ?

Maurice suit le Plan d’action mondial contre la résistance aux antimicrobiens adopté par l’OMS en 2015. Des structures existent déjà dans chaque région sanitaire pour encadrer cette surveillance. Les indicateurs montrent d’ailleurs une légère amélioration : le taux de résistance est passé de 38 % en 2024 à 36 % en 2025. L’objectif est de mieux prescrire, contrôler et informer.

Les services d’urgences ont-ils été suffisamment modernisés ?

Pendant des années, les services de trauma et d’urgence n’ont pas été véritablement modernisés alors que Maurice dispose depuis 2021 de médecins urgentistes. Nous entreprenons actuellement une réforme progressive afin de placer ces services sous la responsabilité de médecins urgentistes qualifiés et enregistrés comme spécialistes.

Que répondez-vous aux polémiques sur les salaires des conseillers ?

Les chiffres avancés publiquement sont inexacts. À ma connaissance, aucun conseiller ne perçoit actuellement les montants évoqués. Il est d’ailleurs surprenant de voir certaines critiques venant de personnes sous la responsabilité desquelles des conseillers percevaient déjà des rémunérations élevées. Je laisse le public juger.

Souhaitez-vous être nommé directeur général de la Santé ?

Non. J’ai servi ce pays pendant toute ma carrière après mes études à l’Université de Leeds et mon Fellowship du Royal College of Physicians de Londres. J’ai déjà occupé les fonctions de directeur général de la Santé avant de prendre une retraite prématurée en 2016. Je continuerai à aider le gouvernement avec le même sens du devoir et le même engagement envers le pays.

Quelle est la situation concernant le mpox ?

Un cas local a été identifié. Le patient a été immédiatement isolé à l’hôpital de Souillac et le contact tracing est en cours.

Le mpox se transmet principalement par contact étroit et ne se propage pas aussi facilement que certaines infections respiratoires. La population doit rester vigilante, mais il n’y a aucune raison de céder à la panique. Les protocoles existent et sont appliqués.

Quels sont les principaux projets récemment lancés par le ministère ?

Nous avons commencé l’ouverture progressive d’unités AVC dans les hôpitaux régionaux. Une première unité a déjà été inaugurée à l’hôpital SSRN. Un catheterization laboratory a également été installé à l’hôpital Jawaharlal Nehru afin d’éviter des transferts trop longs pour les patients nécessitant des soins cardiaques urgents. Autre projet important : la hotline 146, lancée en janvier 2026. Elle reçoit environ 1 500 plaintes par mois et près de 90 % des cas sont résolus rapidement.

Votre mot de la fin ?

Notre service de santé ne s’est pas effondré et il n’est pas en train de s’effondrer. Le pays a hérité de retards considérables dans plusieurs secteurs de la santé publique, mais l’objectif aujourd’hui est de faire ce qui n’a pas été fait, de protéger la population et de bâtir un système plus moderne, plus réactif et plus résilient. La population mérite de la vérité, de la responsabilité et des réformes concrètes.

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