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«Avako» ou l’appel d’une génération
Quand l’écriture devient un acte de refondation
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«Avako» ou l’appel d’une génération
Quand l’écriture devient un acte de refondation
Il aura fallu du temps, de l’observation et une traversée intérieure pour que la parole prenne forme. D’origine malgache et installé à Maurice depuis six ans, Riana Andrianjafy s’apprête à franchir une étape décisive avec la sortie officielle de son livre Avako, présenté en avant-première lors d’une séance de dédicace au Festival du livre de Troud’Eau-Douce.
Avako s’est immédiatement imposé comme un espace de dialogue et de réflexion collective. À travers cet ouvrage, l’auteur invite à penser le présent avec lucidité et à envisager l’avenir avec responsabilité. Car pour lui, l’avenir ne se subit pas, il se construit dans l’échange, l’écoute et l’action consciente. Arrivé à Maurice il y a six ans, le jeune homme porte en lui la mémoire de Madagascar et l’expérience d’un nouvel ancrage. Bien plus qu’une publication, Avako marque l’aboutissement d’un cheminement personnel et intellectuel nourri par l’exil, l’engagement et la rencontre des cultures.
Déjà disponible dans les Super U, les espaces Pop-Up Store et Le Rendez-Vous, l’ouvrage sera lancé officiellement en janvier 2026. L’auteur, sincère, engagé et résolument tourné vers l’avenir, s’est livré à l’express en quelques questions.
Qui est Riana Andrianjafy ?
Je suis avant tout un citoyen malgache, profondément enraciné dans mon pays et soucieux de son avenir. Madagascar traverse aujourd’hui de multiples difficultés au quotidien et doit faire face à des défis majeurs, à la fois sociaux, économiques et institutionnels. Pour ma part, je crois fermement en son immense potentiel. Un potentiel qui repose non seulement sur l’expérience et la sagesse de nos aînés, mais aussi sur la force, l’énergie et la créativité de la jeunesse à laquelle j’appartiens.
Mon parcours m’a appris une chose essentielle : on ne peut pas attendre que le changement vienne d’ailleurs. Les récents événements nous ont démontré qu’il doit venir de nousmêmes, de l’ensemble des communautés qui composent notre nation, mais aussi de nos institutions, qui doivent impérativement être au service de la vérité, de nos libertés et de la justice. C’est dans cet esprit qu’est né Avako, un voyage intérieur et collectif, mené avec le soutien bienveillant des Éditions Pielo. Il m’a semblé essentiel aujourd’hui de m’exprimer ouvertement sans détour, avec lucidité, mais aussi avec espoir.
Votre livre suscite beaucoup d’intérêt. Quelle en est la philosophie ?
Avako est avant tout une introspection personnelle. Je l’envisage comme un voyage qui ne fait que commencer, mais aussi comme un appel à la réflexion et à l’action collective. J’y expose ma vision de Madagascar et du monde dans toute sa complexité, ses fragilités et ses contradictions. Mais cette vision n’est pas uniquement la mienne, elle semble largement partagée par de nombreux membres de ma génération, résolument tournés vers l’avenir. Notre nation doit retrouver sa cohérence, faire entendre sa voix et affirmer clairement son ambition. L’ouvrage s’appuie sur un récit narratif – celui de ma propre vie – structuré autour de valeurs fondamentales : dignité, responsabilité, coopération et action pour le bien commun. Au fond, j’ai voulu rappeler que ces principes, qui ont façonné notre histoire collective, sont aujourd’hui plus que jamais nécessaires à l’aube d’une refondation nationale.
Pourquoi écrire aujourd’hui ?
Écrire, surtout en 2025, est à la fois un acte de proximité et un acte de foi. Dans un monde saturé d’images, d’algorithmes et de flux d’informations éphémères, le livre demeure un espace rare de lenteur, de profondeur et de vérité. Écrire, c’est renouer avec le temps long – celui de la pensée, de la mémoire et du dialogue intérieur. C’est aussi croire encore à la puissance des mots pour éveiller les consciences et construire ce que j’appelle une pensée partagée du futur. À travers Avako, j’ai voulu commencer à laisser une trace, offrir un repère à une génération en quête de sens, au-delà du bruit ambiant. Écrire, c’est enfin assumer sa responsabilité de témoin et d’acteur : ne pas se contenter d’observer, mais proposer, questionner et relier.
Vous parlez d’un «sursaut humain». Que signifie-t-il pour Madagascar ?
Le sursaut humain, c’est remettre la dignité de l’être humain au centre de tout. Ce n’est ni un concept abstrait ni une idée importée, c’est une réalité profondément malagasy. Il s’agit d’oser écouter avant de parler, de bâtir avant de juger, et de réconcilier là où tout semble divisé. C’est redonner confiance aux citoyens – en leurs propres forces, dans leurs relations avec les institutions, mais aussi au sein des familles et du vivre-ensemble. Ce sursaut est à la fois intérieur et collectif. Il commence en chacun de nous et s’étend à la société tout entière. La véritable reconstruction d’un pays commence toujours par une reconstruction humaine ainsi que par le respect de la dignité de chaque personne.
Un message pour conclure ?
Redonnons à la politique sa noblesse et son sens véritable : le service du peuple. Réhabilitons le fihavanana comme boussole morale de nos décisions. La justice, la compétence et la responsabilité doivent guider une gouvernance inclusive et claire. Madagascar ne se relèvera pas par miracle, mais par l’effort collectif et la loyauté envers la patrie. Si chacun s’y engage avec sincérité, alors la jeunesse suivra – non par défiance, mais par volonté de bâtir. Au nom des miens, je veille, avec foi et confiance en l’avenir.
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