Publicité

Éducation

Quand le civisme devient un outil contre le harcèlement

21 septembre 2025, 15:00

Par

Partager cet article

Facebook X WhatsApp

Quand le civisme devient un outil contre le harcèlement

■ Les cas de bullying dans les institutions scolaires ont augmenté au fil de ces dernières années. Photo: AFP

Le ministère de l’Éducation envisage d’introduire l’éducation civique dans les écoles à la rentrée de 2026. L’objectif affiché : instaurer une culture du respect et réduire les cas de bullying et de violences qui entachent régulièrement l’actualité scolaire. Ces dernières semaines encore, plusieurs agressions ont fait la une des journaux, illustrant une réalité préoccupante.

À Vacoas, une collégienne de 13 ans a dû recevoir des soins après une altercation violente. Dans le Nord, c’est un élève du primaire qui a été agressé par un camarade. À Beau-Bassin, un petit garçon de 7 ans subirait des violences répétées en classe. Et la liste s’allonge : de Case Noyale à Saint-Pierre, de Sainte-Croix à Rose Hill ou Vieux Grand-Port, les signalements se multiplient. Le phénomène n’épargne ni zones rurales ni urbaines.

Face à cette recrudescence, l’idée d’un programme d’éducation civique prend tout son sens. Mais les réactions sont partagées. Pour certains, la mesure arrive trop tard et manque d’ampleur. Pour d’autres, elle peut constituer un levier important si elle est bien pensée et accompagnée.

Suttyhudeo Tengur, négociateur de la Hindi Teachers Union, se montre critique: «Ce que propose le ministre existe déjà dans le système éducatif. Dans le passé, on parlait de Pastoral Education. Le nom a changé mais l’idée reste la même. Le problème, c’est que les décideurs n’ont jamais pris les mesures qui s’imposaient. Aujourd’hui, on ne peut pas se contenter de solutions panadol. Il faut un cadre légal solide.»

Selon lui, seul un arsenal législatif permettrait de lutter efficacement contre le harcèlement scolaire. «En Angleterre et aux États Unis, grâce à ce genre de mesures, les cas sont en régression. Pourquoi hésiter à prendre des décisions courageuses ?» insiste-t-il. Il estime que les parents doivent également être responsabilisés : «Dans beaucoup de cas, ils tolèrent ou minimisent les actes de leurs enfants. Or, si l’élève fait du désordre à l’école, c’est la famille entière qui doit être interpellée. L’éducation commence à la maison.»

Zakkiyah Wareshallee, psychologue, accueille positivement l’annonce de l’introduction de l’éducation civique. Mais elle tempère les attentes : «C’est une initiative nécessaire, mais il serait trop ambitieux de croire qu’elle suffira à éradiquer complètement la violence scolaire. Ces phénomènes sont complexes et liés à de nombreux facteurs : climat de l’établissement, éducation reçue à la maison, exposition aux modèles violents sur les réseaux sociaux, fragilités émotionnelles ou psychologiques des élèves.»

Pour elle, l’éducation civique peut jouer un rôle structurant si elle se concentre sur des compétences clés. Notamment, le respect mutuel et la tolérance ; la gestion des émotions ; la résolution pacifique des conflits et la responsabilité citoyenne. «Beaucoup de jeunes n’ont jamais appris à réguler leur colère ou à écouter activement. Des ateliers de communication non violente ou de jeux de rôle pourraient leur offrir des outils concrets.»

La face cachée du bullying

Dans son expérience de terrain, la psychologue observe que le harcèlement prend souvent des formes plus insidieuses que les coups et blessures. «Le plus fréquent, c’est le harcèlement verbal et social. Dans plusieurs écoles secondaires, cela passe par les insultes, l’exclusion d’un élève sur des groupes WhatsApp ou la propagation de rumeurs.»

Elle insiste aussi sur la nécessité de distinguer un simple problème de comportement du véritable harcèlement : «Le bullying implique une répétition d’actes hostiles et un rapport de force déséquilibré. Ce n’est pas la même chose qu’une crise de colère ponctuelle. Cette distinction est essentielle pour intervenir efficacement.» La question de la cyberviolence, en plein essor, doit aussi être intégrée au futur programme. «Sensibiliser les jeunes aux risques du harcèlement en ligne et les encourager à devenir témoins actifs plutôt que spectateurs silencieux est fondamental», ajoute-t-elle.

Les spécialistes s’accordent sur un point : l’école ne peut pas tout faire. «Le respect, l’empathie et les bonnes manières s’inculquent d’abord à la maison », souligne Zakkiyah Wareshallee. «Un enfant valorisé et bien accompagné par ses parents est mieux préparé à interagir de façon positive avec ses camarades.»

Elle rappelle une maxime qu’elle aime transmettre : «Éduquer un enfant, ce n’est pas seulement lui apprendre des connaissances, c’est lui donner les outils pour construire un monde plus humain, plus juste et plus solidaire.» L’introduction de l’éducation civique prévue pour 2026 marque une volonté politique de renforcer le vivre-ensemble et de contrer la montée de la violence scolaire. Mais la réussite du projet dépendra de plusieurs conditions : un contenu adapté, des enseignants formés, des outils concrets et un suivi rigoureux.

Sans oublier qu’une coordination entre école, parents et communauté est primordiale car le *bullying n’est pas seulement un problème d’établissement scolaire : il reflète des fractures sociales plus larges, où les enfants reproduisent parfois ce qu’ils voient dans leur environne- ment familial ou médiatique.

Publicité