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Compensation salariale

Pour toutes les classes sociales, Rs 635, ce n’est pas la panacée

17 décembre 2025, 16:10

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Pour toutes les classes sociales, Rs 635, ce n’est pas la panacée

Que l’on gagne moins de Rs 50 000 ou plus, garnir le panier de la ménagère reste un défi.

88 % de la population active est concernée par la compensation salariale annoncée par le gouvernement. Que valent Rs635 pour un salariat qui courbe l’échine sous le poids du coût de la vie ? Et quid de ceux dont les revenus dépassent les Rs 50000? Toutes classes et tranches salariales confondues, maintenir son niveau de vie et garder le moral et la motivation deviennent des challenges quotidiens faits de renoncements et d’angoisses, car chaque roupie compte.

Alors que le panier de la ménagère ne cesse de s’alourdir, le gouvernement a annoncé une compensation mensuelle de Rs 635 pour les salariés dont le salaire de base ne dépasse pas Rs 50 000. Cette mesure, équivalente à 3,7 % du salaire minimum national, concernera 409 400 employés, soit 88 % de la population active, pour un coût annuel estimé à Rs 3,38 milliards. Parmi eux, 89 100 travaillent dans le secteur public et 320 300 dans le privé, avec un financement réparti entre l’État (Rs 740 millions) et le secteur privé (Rs 2,64 milliards).

Parallèlement, une augmentation de 3,7 % sera appliquée aux bénéficiaires des pensions de base et de l’Income Support à partir du 1er janvier 2026, concernant plus de 325 000 personnes. Ces mesures surviennent dans un contexte budgétaire contraint et alors que la Contribution sociale généralisée (CSG) a été réduite d’environ un tiers pour tous les foyers depuis juillet. Cette révision marque le début d’une transition vers un futur système national de pension, qui remplacera progressivement la CSG d’ici 2027.

Pour un simple salarié touchant Rs 30 000, ces annonces signifient que le pouvoir d’achat reste fragile face à l’inflation. Le panier de la ménagère continue de peser lourd sur les budgets familiaux, et de nombreux travailleurs pourraient se voir contraints de chercher un second emploi ou une activité parallèle, une tendance qui pourrait influencer le marché local de l’emploi.

Haniff Peerun, président du Mauritius Labour Congress (MLC), critique la compensation salariale de Rs 635, jugée insuffisante par les travailleurs. «Rs 20 par jour, qu’est-ce qu’un travailleur peut en faire ? C’est une moquerie envers ceux qui travaillent dur», dénonce-t-il.

Selon lui, pour les travailleurs, surtout ceux en bas de l’échelle, «il y a toujours une foule de prétextes. La situation du pays est difficile mais le salaire des parlementaires n’est pas réduit». La compensation salariale, affirme-t-il, est un droit dû aux travailleurs face à la perte du pouvoir d’achat. «Tous les développements dans le pays sont possibles grâce à la sueur des travailleurs. Il faut reconnaître leur contribution. Nous demandions un minimum de Rs 1 000 au plus»,précise-t-il. Considérant que les allocations sociales, telles que la Contribution Sociale Généralisée, seront supprimées progressivement jusqu’en 2027, lors de l’exercice budgétaire 2025/26, les consommateurs ne bénéficient d’aucune mesure supplémentaire.

Quid des + Rs 50 000 ?

Haniff Peerun attire également l’attention sur une catégorie négligée, ceux gagnant plus de Rs 50 000. Selon les données de Statistics Mauritius pour cette année, 56 600 salariés déclarent des revenus supérieurs à ce seuil, une catégorie où le privé demeure légèrement plus représenté que le public, avec 33 200 salariés contre 23 400. Néanmoins, il est estimé que «tous les travailleurs doivent être pris en compte, sans distinction. Une décision juste doit compenser à la fois la perte de pouvoir d’achat et reconnaître la contribution réelle de chacun, y compris ceux de la classe moyenne».

Le président de l’Association pour la protection de l’environnement et des consommateurs (APEC), Suttyhudeo Tengur, souligne pour sa part qu’il faut reconnaître que les personnes gagnant plus de Rs 50 000 font partie de la classe moyenne. Selon lui, ce sont souvent ces personnes qui emploient du personnel pour des travaux domestiques, de jardinage ou d’autres services auxiliaires à leur domicile, créant ainsi de la richesse à travers des emplois à temps partiel et, dans certains cas, à temps plein. «Ces employeurs doivent accorder des augmentations salariales à leur personnel, mais eux-mêmes ne bénéficient d’aucune compensation. Dans un certain sens, cela met leur situation financière en danger et peut être contre-productif», affirme-t-il.

Suttyhudeo Tengur ajoute que, concernant les Rs 635, le front syndical manque de données et d’arguments solides pour contredire les chiffres avancés par le gouvernement. «C’est cette faiblesse qui permet aujourd’hui à l’État d’imposer plus qu’il ne le faudrait. Au lieu d’une compensation de 3,7 % du salaire minimum national, il aurait pu accorder 5 %.»

«Je me sens oublié»

Parmi ceux qui touchent un salaire supérieur à Rs 50 000, la pression financière se fait sentir comme le révèlent plusieurs témoignages. Rohan J., cadre dans le secteur bancaire, explique : «Mon salaire dépasse Rs 55 000, mais avec le remboursement de mon home loan, il ne me reste presque rien à la fin du mois. Ne pas recevoir de compensation me fait me sentir oublié, alors que le coût de la vie ne cesse d’augmenter.» Pour Amirah R., enseignante en école privée, c’est surtout le coût de la scolarité qui pèse : «Entre les livres, les uniformes et les sorties pédagogiques de mes enfants, chaque roupie compte. Nous ne bénéficions d’aucune aide supplémentaire, et cela rend la gestion du budget plus difficile.»

Pour d’autres parents, les activités extrascolaires représentent également un budget conséquent. Kavish, consultant en informatique, raconte : «Les cours de piano et de sport de mes enfants coûtent cher chaque mois. Même avec un salaire supérieur à Rs 60 000, la hausse du coût de la vie nous oblige à réorganiser nos priorités et à limiter certains postes de dépense.» Les frais médicaux constituent un autre poids pour beaucoup. Leela D., responsable marketing, confie : «Avec les assurances santé et les dépenses médicales imprévues, il reste très peu pour les loisirs ou les imprévus.» Enfin, les charges quotidiennes frappent tous les foyers. Arvind B., employé dans le secteur privé, résume : «Nourriture, essence, factures, Internet… tout augmente. Même au-dessus de Rs 50 000, on ressent la pression chaque mois.»

1 salarié sur 10 touche plus de Rs 50 000

Dans les rayons, les prix ne cessent d’augmenter et cette hausse du coût de la vie touche toutes les couches sociales. Selon le rapport Economic Deep Dive 2024, les dépenses mensuelles des ménages ont progressé de 46 % depuis 2017, pour atteindre Rs 41 870. Cette évolution s’explique par la dépréciation de la monnaie face aux pays importateurs, mais aussi par la dépendance de Maurice aux importations et par la hausse du prix des matières premières. Environ 17 % de la population vit aujourd’hui en situation de précarité, et la proportion des dépenses consacrées à la nourriture et aux boissons non alcoolisées reste particulièrement significative, représentant près de 25 % du budget d’un ménage. L’augmentation des prix des denrées importées a un impact direct sur le coût de la vie, tandis que les défis liés au développement agricole local se font également sentir. Entre 2019 et 2024, les importations de produits alimentaires et d’animaux vivants ont progressé de plus de 51 %.

Sur le plan des revenus, près de 30 % de la population active, soit 124 153 personnes sur un total de 434 100, touche entre Rs 25 001 et Rs 50 000 par mois, soit environ un salarié sur trois. Avant l’instauration du salaire minimum en début d’année 2023, 45,6 % des employés percevaient un salaire inférieur à Rs 20 000 par mois. Cette mesure, adoptée en consultation avec les syndicats et le patronat, visait à réduire les inégalités et à garantir un salaire mensuel minimum de Rs 20 000. Les statistiques officielles indiquent également que le salaire moyen est passé de Rs 20 200 en 2016 à Rs 29 800 en 2023.

Le rapport The Hands That Build Mauritius: Challenges, Opportunities, and the Future of Labour, rédigé par Sanjay Goolab, Intesh Seebaluck et Navnit Seeburrun, alerte sur une baisse de la main-d’œuvre locale due à des facteurs démographiques et structurels. Selon les auteurs, la population active devrait diminuer de 11,7 % d’ici 2038 et de 36,8 % d’ici 2063, ce qui exercera une pression croissante sur le marché du travail, le système de pensions et le secteur de la santé. Le rapport souligne également les inégalités salariales : seulement 4,5 % des salariés (19 535 personnes) gagnent plus de Rs 75 000 par mois, mais ils représentent 18,4 % du revenu salarial total. Ces données confirment que la majorité des Mauriciens se situe en dessous de Rs 50 000 mensuels, tandis qu’un salarié sur dix seulement gagne plus que ce seuil, ce qui en dit long sur les défis persistants auxquels la population active doit faire face.

Entre compensation limitée, hausse des prix et pression quotidienne, les salariés qui ne bénéficient d’aucune aide supplémentaire ressentent fortement l’impact de l’inflation sur leur vie familiale et leur budget. Pour eux, maintenir leur niveau de vie devient un challenge quotidien, où chaque roupie compte. Le président du MLC lance un appel au gouvernement pour revoir le montant de la compensation salariale afin que tous les travailleurs puissent nourrir leur famille dignement. «Il n’est pas trop tard pour rectifier le tir. Il faut écouter le cri du cœur des travailleurs», insiste-t-il.

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