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Trafic de drogue
Policiers, ex-gardien de prison, «car wash» écran… : L’ADSU relie les fils d’un réseau tentaculaire
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Trafic de drogue
Policiers, ex-gardien de prison, «car wash» écran… : L’ADSU relie les fils d’un réseau tentaculaire
L’enquête de l’Anti Drug and Smuggling Unit (ADSU) sur la saisie de plus de Rs 51 millions de cannabis et de haschich à l’aéroport sir Seewoosagur Ramgoolam, le lundi 23 mars, prend une tournure de plus en plus inquiétante. Au fil des arrestations, un réseau structuré se dessine, révélant une complicité entre trafiquants, ex-gardien de prison et jeunes dans le secteur des entreprises de lavage de voitures.
Tout commence avec l’interpellation de la passeuse française, Lisa Lily Ilona Romain, interceptée après avoir initialement quitté l’enceinte aéroportuaire avec une valise ne lui appartenant pas et qui revient chercher la sienne. Sa valise, laissée sur le tapis roulant à bagages, est récupérée par l’ADSU et les services de douane. Elle contient 58 colis en plastique : 18 avec 10,45 kilos de cannabis et 40 avec 6,05 kilos de haschich, d’une valeur totale estimée à Rs 51 millions.
? Des constables et une voiture maquillée
■ Le constable Akash Hurruck.
Très vite, les enquêteurs de l’ADSU de l’aéroport assemblent les maillons d’une chaîne de complicités troublantes. Les constables Akash Hurruck, arrêté dans la foulée, et Neeraj Pagoo. Ce dernier est soupçonné d’avoir facilité sa sortie et le déplacement de la drogue, et Akash Hurruck d’avoir utilisé un véhicule, dont les plaques d’immatriculation ont été maquillées, pour transporter la marchandise. Il attendait Lisa Lily Ilona Romain à La Rosa.
■ Le contenu de la valise de la Française, Lisa Lily Ilona Romain.
Cette voiture noire, selon les premières indications, serait liée à un réseau informel de location et de prêt de véhicules et au sujet de laquelle les versions divergent. Elle aurait été prêtée par un «tonton», un «cousin»… Autant d’explications pour cette voiture qui peinent à convaincre les enquêteurs. D’autant que ce même véhicule serait lié à un douanier qui affirme l’avoir seulement loué à son cousin. Il dit ne pas savoir si ce dernier a modifié la plaque d’immatriculation parce qu’il servait à transporter de la drogue.
? Des employés
Le 25 mars, plusieurs perquisitions sont effectuées. Dwishal Matai, âgé de 21 ans et employé comme nettoyeur, est arrêté à Mare-d’Albert ainsi que Douveersingh Bhujun, alias Tipti, un habitant de La Rosa de 23 ans. Chez Yadhav Lukhun, un peintre de 31 ans, Rs 134 000 sont saisies. Dans cette toile, un autre nom surgit : Oumeshlall Ramsarran, un ex-gardien de prison âgé de 45 ans, également arrêté le 26 mars et placé en détention.
Son profil attire l’attention des enquêteurs, notamment en raison de ses connexions avec une structure désormais au centre des soupçons : un car wash. Kelvin Bundhoo, Angelito Quirin et Doomendra Damree, le cousin loueur, ont aussi été arrêtés hier.
Tous sont soupçonnés d’avoir participé, à différents niveaux, à une tentative de dissimulation et de récupération de la drogue. Matai et Bhujun, employés dans une société de lavage de véhicules à La Rosa, font face à une accusation de conspiracy to pervert the course of justice. Les enquêteurs se basent sur un lien crucial : une Honda Fit abandonnée à La Rosa, utilisée pour récupérer la passeuse à l’aéroport. Grâce aux suspects, la plaque 3577 GZ 17 est retracée, révélant un système bien rodé.
? «Car wash» : commerce ou société écran ?
Au cœur de cette affaire, les sociétés de lavage automobile apparaissent comme bien plus que de simples commerces. L’ADSU et la Financial Crimes Commission (FCC) s’intéressent particulièrement à Kiara Car Wash Ltd, située à Gros-Bois Link Road, Mare-d’Albert. Officiellement, il s’agit d’une petite entreprise de moins de dix employés, fondée en 2019, avec un capital modeste de Rs 10 000. Son unique actionnaire et directeur n’est autre qu’Oumeshlall Ramsarran, déjà en détention dans cette affaire. Les enquêteurs soupçonnent que sa société sert à blanchir de l’argent issu du trafic de drogue.
■ L’ex-gardien de prison Oumeshlall Ramsarran.
Le mode opératoire est classique mais efficace : injection de liquidités d’origine illicite dans une activité générant des espèces, faible traçabilité des transactions et difficulté à vérifier le volume réel des services rendus. Les entreprises de lavage automobile deviennent ainsi des points de recyclage financier, permettant de légitimer des fonds suspects. Plus troublant encore, les employés eux-mêmes – comme Matai et Bhujun – seraient utilisés comme exécutants logistiques : récupération de colis, nettoyage de véhicules, voire dissimulation de preuves.
? Kiara, Dookhit et le carnet de Veeren
L’affaire prend une dimension encore plus sensible avec l’apparition d’un nom déjà connu des autorités : Lucknarain Dookhit, secrétaire de Kiara Car Wash Ltd et ancien suspect dans des affaires de trafic de drogue. Déjà interrogé par l’ex-Independent Commission Against Corruption, aujourd’hui la FCC, en 2017 dans le cadre des investigations entourant le réseau de Peroomal Veeren, Dookhit – alias Dinesh – figurait dans le fameux «karne laboutik» du trafiquant condamné à 34 ans de prison en 2010, document clé ayant permis de cartographier plusieurs circuits financiers suspects.
Les autorités soupçonnaient alors Dookhit d’agir comme comptable officieux du réseau, facilitant les transactions et les acquisitions de biens, notamment via des prêtenoms. Il a nié toute implication, affirmant avoir financé ses acquisitions par des prêts bancaires. Mais aujourd’hui, son association avec Ramsarran au sein de Kiara Car Wash relance les interrogations. Les enquêteurs de la FCC pourraient examiner de près les flux financiers de la société.
? Cédric Flore : le prête-nom
Dans plusieurs dossiers, des profils comme celui de Cédric Flore illustrent le rôle clé des prête-noms. Ces individus apparaissent officiellement comme propriétaires ou gestionnaires d’entreprises – notamment de lavage de véhicules – alors que les véritables bénéficiaires restent dans l’ombre. Ce schéma est souvent associé à des figures liées au réseau de Jean-Hubert Célerine, alias Franklin, où certaines stations de lavage auraient servi de façade pour dissimuler d’importants flux financiers. Les prête-noms permettent ainsi de diluer les responsabilités et compliquer le travail des enquêteurs.
■ Franklin blanchissait de l’argent à travers des entreprises de véhicules.
? Khalil Ramoly : un réseau structuré autour de services automobiles
Autre nom récurrent : Khalil Ramoly. Il est soupçonné par les autorités d’être à la tête d’un réseau plus large, combinant garage et pièces détachées, services de remorquage de vehicules et stations de lavage. Officiellement engagé dans ces activités, il serait impliqué dans un système où ces entreprises servent à injecter et à recycler des fonds issus d’activités illicites.
? Un mode de fonctionnement éprouvé
Ces différents cas mettent en évidence un schéma récurrent. Création de petites structures à forte circulation d’espèces (car wash), utilisation de prête-noms pour masquer les véritables décideurs, intégration d’autres services automobiles et soupçons de liens avec des réseaux de trafic. Ce modèle, déjà observé dans plusieurs affaires depuis près d’une décennie, semble aujourd’hui se reproduire dans les nouvelles enquêtes de l’ADSU et de la FCC, renforçant l’idée d’un système bien ancré et en constante adaptation.
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