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Pensions : Un vieux problème qu’il faut régler
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Analyse
Pensions : Un vieux problème qu’il faut régler
Nous n’avons que des normes et des standards pour nous guider. Ce ne sont certes pas des principes immuables ou des lignes rouges infranchissables, mais elles balisent nos réflexions et aident à valider nos orientations.
Prenons le niveau de la dette nationale.
Il y a certes des pays qui, à première vue, sont plus endettés que nous par rapport à ce qu’ils produisent chaque année. Mais notre pays est tout de même 32e mondial en 2025, avec 86,5 % du produit intérieur brut (PIB), selon les tabulations du Fonds monétaire international (FMI) ! C’est un classement qui devrait nous interpeller, alors que nous ne sommes que 76e mondial en termes de PIB par tête d’habitant…
Plus endettés que nous, on trouve des pays comme le Japon (206,5 %), Singapour (171,3 %), Bahreïn (147,6 %), les États-Unis (123,9 %), la France (116 %), la Grande-Bretagne (102,3 %) ou la Chine (99,2 %) qui ont des économies sophistiquées et/ou inventives et/ou qui ont des réserves imposantes. Le champion toutes catégories : le Venezuela avec 308,7 %, ce qui explique en partie l’état de cette nation à la dérive, alors qu’elle peut pourtant se vanter des réserves de pétrole les plus importantes du monde ; une «bénédiction» qu’il faudrait cependant exploiter rapidement avant que l’énergie renouvelable ne vienne largement déprécier l’importance de ses hydrocarbures !
Un autre groupe de pays qui nous devance à ce tableau d’endettement paraît bien plus mal loti : le Soudan (187,6 %), le Liban (139,4 %), le Sénégal (130,2 %), les îles Saint-Vincent (113,4 %), d’autant que leur endettement est beaucoup plus largement dû en devises lourdes, ce qui n’est pas, fort heureusement, le cas de Maurice. On sera surpris d’apprendre que les Maldives (125,4 %) sont le 10e pays le plus endetté du monde, d’autant plus qu’il leur faudra rembourser rapidement, du moins avant que la marée ne monte ?
Une autre façon de voir notre positionnement doit aussi nous mener à la liste des pays moins endettés que nous. Dans cette très longue liste, on devrait peut-être s’inquiéter d’y trouver des pays qui, même si moins endettés, sont déjà dans des difficultés plus sérieuses que les nôtres ? L’Argentine (80,3 %), par exemple. Un pays qui a composé 23 fois avec le FMI depuis 1956 et qui a été incapable d’honorer ses dettes neuf fois déjà… Mentionnons aussi le Zimbabwe avec un 43,8 % pourtant raisonnable, l’Afghanistan (8,0 %) ou Haïti (12,3 %). Comme quoi tout ne se résume pas à la seule question de l’endettement…
Cependant, notre endettement à nous est un vrai souci quand mis dans le contexte général de ce que nos politiques ont promis et parfois déraisonnablement consenti aux citoyens mauriciens dans le passé et ce que notre pays peut effectivement se permettre à l’avenir…
Car la première leçon de l’économie, c’est la rareté : il n’y a jamais assez de quoi que ce soit pour satisfaire tous ceux qui en veulent. C’est pour cela que les prix existent. En général, quand c’est relativement plus rare, ça coûte plus cher. C’est pareil, que ce soit pour l’or ou pour la main-d’œuvre. Par contre, la première leçon de la politique, c’est de négliger la première leçon de l’économie ! Ce qui, notamment à travers les subventions ou la gratuité, mène un pays, parfois avec les meilleures intentions du monde, à tenter de trouver de meilleurs équilibres sociaux et économiques, de faciliter l’égalité des chances, de réduire les disparités.
Malheureusement, parfois, la «générosité» des leaders politiques du gouvernement central, souvent largement motivés par un retour attendu d’ascenseur de l’électeur, dépasse les bornes et met en danger les finances de base. L’assiette de services, de responsabilités et de travaux que doit pourtant assumer le gouvernement lui-même est alors remise en question. Puisque l’État providence doit idéalement être financé par et cohabiter avec l’économie, plutôt que de l’étouffer.
C’est la situation qui inquiète actuellement avec la Basic Retirement Pension (BRP).
Les motivations sont, du moins en apparence, bonnes. Accorder une vieillesse digne à nos retraités est un objectif aussi valable qu’un autre. Ajouter du pouvoir d’achat à une économie, ça peut d’ailleurs être utile au niveau de la croissance. Mais comme le dit un collègue si joliment : si la démocratie permet les promesses, elle ne supprime pas les factures !
Le problème n’est PAS nouveau ! Le FMI et la Banque mondiale nous préviennent depuis 2001 déjà que la BRP, avec une population vieillissante, va déstabiliser le budget gouvernemental. C’était il y a déjà VINGT-CINQ ANS ! Au point où la BRP, qui coûtait alors 2 % du PIB, menaçait de tripler vers 2021. C’est ainsi qu’un gouvernement MMM-MSM, convaincu, proposait déjà un means test pour la BRP dès décembre 2004. Cette proposition, mal travaillée, qui menaçait de prison quiconque ne déclarait pas tous ses revenus jusqu’à la dernière roupie, faisait le bonheur de l’opposition d’alors, une opposition travailliste, qui gagnait donc les élections de 2005 ! Vainqueurs, les travaillistes annonçaient leur solution à eux : la retraite à 65 ans à partir de 2008 ! Ce qui fut fait pour le National Pension Fund, mais n’arriva pourtant jamais pour la BRP…
Depuis ce moment-là, la patate devenait chaude, bouillante même, et personne ne voulait plus s’attaquer à la question ! Pire : le MSM en faisait cyniquement son instrument électoral favori, tirant partie du fait que les vieux étaient le bloc électoral le plus important du pays. C’était même, électoralement, un investissement d’avenir puisque ce bloc d’électeurs grossissait avec le vieillissement de la population ! C’est aussi vers cette époque que les partis politiques se concentrent de plus en plus sur les retraités et, par contraste, de moins en moins sur les jeunes et l’avenir…
Le MSM gagnait les élections de 2014 en augmentant la BRP de Rs 3 623 à Rs 5 000 et ne s’arrêtait pas là : Rs 9 000, puis Rs 13 500, et enfin Rs 15 000. En 10 ans, la BRP avait plus que quadruplé, alors que l’inflation moyenne sur la période était de 3,7 % par an, et n’avait même pas, loin de là, doublé… La dette nationale passait, pendant ce temps-là, de 49 % du PIB en 2007, à 59,1 % en 2014, puis à 81,1 % en 2019, AVANT LE COVID, soulignons-le. Le délire électoral promettait pourtant, en 2024, avec l’endettement à presque 90 % déjà ; Rs 20 000 d’un côté et Rs 21 500 de l’autre…
«Ça ne pouvait plus se continuer», aurait dit SAJ…
Et pourtant ! Tous ceux qui ne sont pas au pouvoir font encore des promesses intenables… avec l’espoir qu’on avalera. Ceux au pouvoir tentent de réformer.
Faut-il rappeler que le dernier budget du gouvernement Lepep affichait un déficit de 9,3 % du PIB (Rs 67 milliards) ; que la facture d’intérêts du pays est à Rs 26 milliards, et qu’elle augmentera de Rs 10 milliards d’ici 2028-29, malgré les réformes apportées par la première mouture du budget de cette année ; que ce montant d’intérêt est déjà supérieur à ce que dépense le secteur de santé publique (Rs 20,4 milliards), de l’ordre public et de la police (Rs 19,3 milliards) ou de l’éducation (Rs 24,3 milliards) ? Faut-il encore souligner que les pensions de vieillesse représentaient déjà (item 71020 du budget) Rs 64,4 milliards en 2025-2026, soit le QUART DES DÉPENSES nationales, pensionnés du gouvernement compris, suppose-t-on ? N’est-ce pas un signe et ne devrions-nous pas nous inquiéter que les recettes fiscales de 2024-2025 ont été plus faibles de Rs 23 milliards et celles de 2025-2026 de Rs 9,3 milliards de plus, par rapport à ce qui avait été espéré, puisque budgétisé ?
«Rann nou nou pansion!» Bien sûr. Avec plaisir ! Il suffirait pour cela d’expliquer comment payer la facture : Emprunter encore ? Planche à billets ? Taxer davantage ? Croissance soutenue à 5-6 % ? Productivité améliorée ? Réduction d’autres dépenses gouvernementales ? À détailler svp…
Soyons pratiques. Un des vrais problèmes, c’est l’universalité des services gratuits, des pensions non contributives et des subsides généralisés. Si l’on peut taxer de manière discriminatoire et progressive, pourquoi ne devrait-on pas aussi pouvoir subventionner de manière discriminatoire et progressive ? Est-ce que la retraitée du gouvernement bénéficiant de Rs 117 000 de pension post-emploi a besoin de gaz, d’eau, de soins, de riz, d’éducation, de pension et de pilchards gratuits ou subventionnés autant que celle touchant moins de Rs 50 000 par mois ? Moins de Rs 30 000 ? Les food stamps, ce n’est pas logique ?
Avec la mentalité de «Tous pour la réforme, tant que ça ne me coûte pas, à moi», on va se trancher la gorge… D’une manière ou d’une autre.
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