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Pension à 65 ans : la CTSP alerte les instances internationales
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Pension à 65 ans : la CTSP alerte les instances internationales
■ La CTSP à travers ses deux représentants, Jane Ragoo et Reeaz Chuttoo, a tenu à alerter plusieurs instances internationales.
La Confédération des travailleurs des secteurs public et privé (CTSP) monte au créneau pour dénoncer le report de l’âge de la pension de vieillesse de 60 à 65 ans, une mesure annoncée dans le Budget 2025-26 par le gouvernement. Dans un document soumis à plusieurs instances étrangères, notamment l’Organisation internationale du travail (OIT) et la Confédération syndicale internationale, la CTSP détaille les dangers sociaux, économiques et humains de cette réforme imposée sans concertation.
Le 5 juin, à la surprise générale, le Premier ministre et ministre des Finances a annoncé que l’âge pour bénéficier de la pension universelle serait désormais fixé à 65 ans au lieu de 60. Une décision prise sans étude d’impact, sans dialogue avec les partenaires sociaux et en violation flagrante de la Convention 144 de l’OIT sur la consultation tripartite, ratifiée par Maurice depuis 1994, soutient la CTSP. Pour elle, cette mesure constitue une attaque directe contre l’État-providencemauricien. Elle s’ajoute à d’autres politiques de «démantèlement social» déguisées sous un discours de rigueur budgétaire. Car selon le gouvernement, la dette publique aurait atteint 90 % du produit intérieur brut. Pourtant, la Banque centrale dispose deUSD 8,5 milliards de réserve, fait valoir la CTSP.
Des travailleurs condamnés à la précarité
Le cœur de l’argumentaire syndical repose sur une réalité criante : 87 % des travailleurs mauriciens ne sont pas couverts par une convention collective et perçoivent le salaire minimum national, qui assure tout juste la sécurité alimentaire. Ces salariés, sans aucune épargne ou retraite complémentaire, seront contraints de travailler jusqu’à 65 ans ou de sombrer dans la précarité. Dans les secteurs pénibles, comme le bâtiment et travaux publics, l’agriculture ou les transports, le droit de mettre fin au contrat pour «performance insuffisante» existe déjà. La crainte est donc réelle : des milliers de seniors pourraient être remerciés à 60 ans, sans pension, sans revenu, livrés à l’informel ou à la mendicité.
Autre conséquence anticipée :la substitution de ces seniors par des travailleurs étrangers, souvent exploités, non protégés et corvéables à merci. Une situation qui pourrait aggraver les tensions sociales et encourager une vision xénophobe des travailleurs migrants. «Les Mauriciens verront ces étrangers comme des voleurs d’emploi et cela créera le chaos», alerte la CTSP dans son mémorandum.
Le syndicat souligne également l’impact sur le genre de cette réforme.Plus de 50 % des bénéficiaires actuelles de la pension sont des femmes, dont beaucoup n’ont jamais eu d’emploi formel mais ont contribué à l’économie de manière invisible. Ce report de cinq années touchera de plein fouet une population déjà marginalisée, notamment les femmes âgées sans ressources, contraintes de prouver qu’elles sont «extrêmement pauvres» pour toucher une maigre allocation de Rs 10 000, soit la moitié du revenu minimum.
Une fuite en avant économique
Pour la CTSP, cette réforme s’inscrit dans un modèle économique libéral, qui mise sur l’attraction d’investisseurs privés au détriment des droits sociaux. Le pays affiche pourtant une croissance fiscale constante, des revenus de la taxe sur la valeur ajoutée en hausse et une imposition (15 % sur les sociétés et les revenus) parmi les plus basses au monde. «Au lieu de taxer ceux qui en ont les moyens, le gouvernement choisit de faire payer les plus vulnérables», dénonce la CTSP.
Face à ce qu’elle qualifie de recul social majeur, la CTSP demande que des consultations urgentes soient tenues sous l’égide de l’OIT pour remettre les citoyens et les travailleurs au cœur des décisions. Elle rappelle qu’à l’inverse de nombreux pays où l’âge de la retraite est à 65 ans,l’espérance de vie à Maurice est de 73 ans et que prolonger la vie active revient à priver les seniors de leurs dernières années en bonne santé.
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