Publicité
Second Album
Patyatann : contes au clair de la lune
Par
Partager cet article
Second Album
Patyatann : contes au clair de la lune
Photo: Max Anish Gowriah
Il s’en est écoulé des calendriers lunaires avant le retour de Patyatann. Dix ans après le premier album «Sanpek», le groupe propose un livre-album. Livre, où contes et légendes filent la métaphore. Album, où les titres sont nimbés du clair-obscur du métissage musical. «Lanwit lizour» sera présenté le samedi 4 octobre au Festival du livre de Trou-d’Eau-Douce. Le concert de lancement est programmé par nuit de pleine lune, le 7 octobre à l’Institut français de Maurice.
Accepter que tout est cyclique. Pour son retour dans la lumière, Patyatann ne renie pas la part d’ombre. C’est en jouant sur les contrastes que le groupe propose Lanwit lizour, livre-album où 15 morceaux sont habillés de poésie. Une présentation du livre-album est prévue le samedi 4 octobre au Festival du livre de Trou-d’Eau-Douce. Le concert de lancement est programmé le 7 octobre à l’Institut français de Maurice.
À force de se creuser les méninges pour trouver un titre à l’album qui résume la somme d’expérience qui le compose, l’expression lanwit lizour a fini par se faire jour. Elle traduit les cycles de sa création. Dix ans depuis le premier album. Quatre ans depuis le crowdfunding organisé pour le financer. «Cet album a pris du temps parce qu’on a tous fait l’expérience du deuil. C’est de là qu’est née la chanson sur la lune», explique Sarasvati Mallac. L’astre attire Patyatann par son côté mystique, «l’acceptation du dark side. Pour vivre pleinement, il faut accepter la mort».
Lanwit lizour est aussi synonyme de persévérance. Celle qu’il a fallu au groupe pour ne pas «lâcher cet album», malgré tous les obstacles. «Créer un album, c’est tellement d’implications, non seulement financières, mais aussi humaines», rappelle Anthony Bouic.
Si lui pratique un métier à côté, Sarasvati Mallac fait principalement de la musique, animant notamment des ateliers de sono- thérapie, Lavwa Tanbour. «Maintenant que nous sommes dans la trentaine, nous avons moins de temps libre pour des répétitions pas rémunérées, toutes les semaines, jusqu’à trois heures du matin.»
Patyatann revient avec une nouvelle configuration. De quatre, Patyatann est passé à six musiciens. Autour du noyau dur – Sarasvati Mallac et Anthony Bouic – se sont greffés Shekina Mootanah, au pianovoix, Clédy François, Kan Chan Kin et Stephan Paul. À la sorte du premier album Sanpek, en 2016, Anouchka Massoudy et Ludovic Kathan étaient dans le quatuor. Avant cela, le groupe avait tourné avec Jason Lily, pour représenter Maurice au World Events Young Artists, en Angleterre. Une formation qui avait aussi participé à l’Indian Ocean Music Market et au Prix musiques de l’océan Indien à La Réunion en 2013. «C’est difficile de rester dans un groupe quand il faut travailler à côté.» Anthony Bouic précise : «Rien que pour les percussionnistes, nous avons collaboré avec environ une dizaine d’entre eux.»
C’est lors d’un récital que le courant est passé entre Shekina Mootanah et Sarasvati Mallac. «Elle a une telle douceur, une poésie. J’ai senti qu’elle chantait. Nous sommes allés la voir en concert et cela a été un coup de poker. Quand je lui ai demandé si elle chante, elle a dit : Wi, kapav.» Comme Shekina Mootoonah enseigne aussi le piano, «elle comprend vraiment les harmonies». Un apport théorique enrichissant pour les deux autodidactes du noyau dur.
À ces bases classiques, «notre kick, c’est la grosse caisse fabriquée à partir d’un drom bleu par Kan Chan Kin», explique Anthony Bouic. Une grosse caisse qui bat la mesure avec la ravanne, qui n’est pas frappée avec les doigts et la paume de la main, mais avec des baguettes. Il y a aussi les flûtes en PVC, l’immanquable didgeridoo, le banjo taillé dans une cannette de bière. Autant de sonorités contrastées pour porter les valeurs du projet de Patyatann : «La diversité, l’acceptation des différences.»
En plus de la nouvelle structure du groupe, c’est la vie du collectif qui s’est organisée. «Pour que Patyatann continue, il fallait un revenu tous les mois pour tout le monde», affirme Anthony Bouic. Le groupe est désormais résident à l’hôtel Lagoon Attitude, où il se produit tous les mercredis. «Cela nous met aussi en contact avec un public différent.»
Avant le concert-lancement, Patyatann a eu l’occasion de roder son nouveau répertoire sous d’autres cieux. L’an dernier, il a fait la tournée des Alliances françaises en Inde. Et s’est aussi produit au Népal. Une dizaine de dates au total. «C’était incroyable. Après les concerts, des spectateurs nous disaient, There’s something familiar. Nous sommes très influencés par les chants sanskrits. Des spectateurs nous ont dit: Je n’ai jamais entendu ce mantra chanté comme ça», raconte Sarasvati Mallac.
Lanwit lizour est autoproduit et autoenregistré. Si les premières séances d’enregistrement ont eu lieu chez Natesh Makhan, les changements de musiciens et le coût financier des jours de studio ont poussé Patyatann à «continuer à la maison». «La musique, c’est souvent du feeling. La pression, elle se sent surtout dans la voix, qui transmet toutes les émotions. Pour le premier album, il y a eu des séances d’enregistrement marathon. La voix est fatiguée, on n’est plus concentré. À l’époque, on était obligés d’enregistrer après les horaires de travail parce qu’on bossait à côté», se souvient Sarasvati Mallac.
«On nous a dit qu’on était fous de vouloir faire un album», confie Anthony Bouic. «C’est sûr que c’est le dernier.»
L’album «Lanwit lizour» : Pétri de légendes
«Autant le premier album, c’était plein de couleurs. On jouait avec nos influences, nos racines. Le second album raconte des histoires parce qu’on s’est beaucoup inspiré de légendes.» Chemin tracé dans l’œuvre par Sarasvati Mallac.
Lanwit lizour se présente comme un objet-livre à l’intérieur duquel un QR code à scanner permet d’accéder aux 15 morceaux. Une formule choisie parce que «c’est dommage d’avoir un format virtuel alors que la réalité, c’est que le streaming, ça ne nous rapporte presque rien», constate Anthony Bouic. Si le groupe a envisagé de graver ses nouvelles chansons sur CD, il s’est rendu à l’évidence : «On ne va pas produire du plastique pour rien. Les gens risquent de jeter le CD parce qu’ils ne peuvent pas l’écouter, ou alors, ça va prendre de la poussière.» Le livre est illustré avec des aquarelles de Kim Yip Tong. En 2021, Patyatann avait lancé une opération de crowdfunding, pour réaliser l’album. «Les contributeurs auront un CD ; ce sera un collector pour des partenaires qui ont été extrêmement patients.»
Pour tisser le fil conducteur poétique entre les histoires, le groupe a fait appel à la plume de son ancienne manageuse, Delphine Berthommier. L’un des morceaux s’intitule Shalmali, le nom ésotérique de la Lémurie, le continent de géants. «C’est fascinant de se dire que l’on se trouve à l’endroit connecté à d’autres continents. Nous sommes fans de Robert Edward Hart et de Malcolm de Chazal, de cette idée que les premiers habitants de ce continent avaient façonné les montagnes pour nous laisser des messages», détaille Sarasvati Mallac.
Parmi les autres titres : Muriyapahal, le nom du Pieter Both en bhojpuri, qui signifie montagne à tête humaine. Patyatann reprend le conte de Siantaka, le marchand de lait qui finit par révéler son secret. Le titre reprend la légende, mais de la perspective d’une fée. C’est un morceau sur lequel Patyatann a collaboré avec trois geetharines, gardiennes des chants et danses du folklore bhojpuri, un héritage oral reconnu comme patrimoine immatériel par l’Unesco.
Shenaz Patel signe la postface. «Elle se pose la question de l’importance des mythes dans nos vies. Nous sommes persuadés que les mythes et légendes nous reconnectent avec la terre. C’est ce qui donne envie de la protéger», conclut Sarasvati Mallac.
Publicité
Publicité
Les plus récents