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Groenland

Paris et Ottawa marquent leur soutien

8 février 2026, 03:00

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Paris et Ottawa marquent leur soutien

© AFP

La France et le Canada, opposés au projet de l’administration de Donald Trump visant à prendre le contrôle du Groenland, ont inauguré chacun, vendredi, un consulat général à Nuuk, capitale de ce territoire autonome danois. Une initiative perçue comme une reconnaissance du gouvernement local.

«C’est une journée très importante pour nous comme pays», a déclaré la ministre canadienne des affaires étrangères, Anita Anand, avant de hisser le drapeau de son pays devant le bâtiment de la mission, sous les applaudissements d’une délégation inuite de la région Nunangat, venue spécialement pour l’occasion.

«Un mandat clair d’écoute»

Arrivé le même jour à Nuuk, le consul général de France, Jean-NoëlPoirier, a immédiatement pris ses fonctions. Il a rencontré le premier ministre groenlandais, Jens-Frederik Nielsen. «La dimension politique de l’ouverture de ce poste est réelle. Elle est même assez évidente, vu l’actualité de ces derniers mois», a-t-il souligné lors d’un point presse.

Pour Jeppe Strandsbjerg, politologue à l’université du Groenland, «c’est une victoire pour les Groenlandais de voir deux pays alliés ouvrir des représentations diplomatiques à Nuuk». Selon lui, la population apprécie fortement le soutien international face aux déclarations de Donald Trump.

La récente crise a conduit à la mise en place d’un «cadre» entre le président américain et le secrétaire général de l’OTAN, Mark Rutte, en vue d’un accord sur l’avenir de l’île arctique. Les contours de ce dispositif restent flous. Ungroupe de travail réunit désormais Américains, Groenlandais et Danois, mais ni le contenu de l’accord ni la teneur des discussions n’ont été rendus publics.

Le Danemark et le Groenland, tout en partageant les préoccupations américaines concernant la sécurité en Arctique, rejettent tout transfert de souveraineté. Ils ont reçu le soutien des Européens, notamment de la France, qui se félicite d’être le premier pays de l’Union européenne à ouvrir un consulat au Groenland.

Jean-Noël Poirier a expliqué sur France Inter arriver «avec un mandat clair d’écoute de ce que les Groenlandais ont à dire sur l’avenir de leur pays». Il ne dispose pour l’instant d’aucun bureau dans cette ville qui compte seulement neuf compatriotes inscrits au registre des Français de l’étranger.

Le diplomate a précisé qu’il était «là pour soutenir les intérêts français et la coopération française, qui est assez ancienne», mais aussi pour mieux comprendre les évolutions du territoire. Il accompagnera les entreprises françaises du secteur touristique présentes sur l’île ainsi que les scientifiques français travaillant à l’université et dans les centres de recherche.

Esquisse de souveraineté

La décision française d’ouvrir un consulat est antérieure aux tensions récentes. Elle avait été annoncée en juin 2025 lors d’une visite du président Emmanuel Macron à Nuuk, où il avait exprimé la «solidarité européenne» envers l’île et critiqué les velléités d’annexion de Donald Trump. De son côté, le Canada avait annoncé fin 2024 son intention d’ouvrir un consulat général afin de renforcer sa coopération avec le Groenland.

Pour Ulrik Pram Gad, spécialiste de l’Arctique à l’Institut danois des études internationales, ces ouvertures diplomatiques envoient un message clair: «L’agressivité envers le Groenland et le Danemark n’est pas seulement leur affaire, mais aussi celle des alliés européens et du Canada.»

Du point de vue groenlandais, ces consulats – qui dépendent formellement des ambassades de France et du Canada à Copenhague – offrent «l’occasion de s’entraîner à l’indépendance en ayant des relations directes», observe Jeppe Strandsbjerg. Une évolution cohérente avec l’autonomie accrue définie par la loi-cadre de 2009.

Selon Christine Nissen, analyste au think tank Europa, ces nouveaux liens directs avec d’autres pays européens pourraient accompagner la quête de souveraineté du Groenland. En diversifiant ses relations économiques et commerciales, l’île réduit la centralité duDane- mark dans ses échanges extérieurs.

Le Groenland dispose déjà de représentations auprès de l’Union européenne depuis 1992, à Washington depuis 2014, et à Reykjavik depuis 2017. À Nuuk, l’Islande aouvert un consulat en 2013, et les États-Unis, en 2020 – ces derniers ayant déjà été présents de 1940 à 1953. La Commission européenne, elle, a ouvert un bureau en 2024.

Source : Le Monde

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