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Interview de ...Julien Permal

«On sent un essoufflement de la population, mais ce n’est pas un rejet»

6 août 2025, 12:00

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«On sent un essoufflement de la population, mais ce n’est pas un rejet»

Julien Permal, Conseiller de Curepipe

Depuis son élection à la mairie de Curepipe, Julien Permal revendique une politique de terrain, axée sur l’écoute et les actions concrètes. Carnet de doléances, relance de projets bloqués, lutte contre l’insécurité autour des gares et gestion des marchands ambulants… Ce jeune conseiller municipal, issu des rangs des Nouveaux Démocrates, défend une approche pragmatique et humaine, loin des grands discours, mais proche des citoyens.

Vous voilà conseiller municipal depuis près de quatre mois à Curepipe. Quels changements concrets ont déjà été apportés depuis votre prise de fonction ?

Depuis mon élection, je n’ai pas voulu me limiter à un siège au conseil municipal. J’ai choisi d’être sur le terrain, à la rencontre des habitants, pour poser les bonnes questions et ne pas craindre de déranger. Ma première action a été de proposer un carnet de doléances officiel, un outil structuré pour recueillir et suivre les plaintes, requêtes et propositions des citoyens. Chaque voix mérite une réponse, pas un silence administratif.

J’ai également interpellé le maire sur un dossier sensible : l’investissement de la mairie dans la Silver Bank. Sur les montants engagés, les risques, les chances de recouvrement… L’argent public, c’est la sueur des citoyens et elle mérite des réponses claires.

Par ailleurs, j’ai relancé le projet du centre municipal de Malherbes A, déjà financé mais bloqué dans l’attente d’un aval ministériel. J’ai insisté pour qu’une crèche, prévue à l’origine, y soit réintégrée. L’administration m’a confirmé que ce sera le cas et je suivrai ce projet jusqu’à son aboutissement. L’hygiène publique fait aussi partie de mes priorités. J’ai signalé à la commission de la santé des manquements dans la collecte des ordures, notamment à Eau-Coulée, où deux incidents récents ont perturbé le service. J’ai demandé que les habitants soient informés en temps réel et qu’une équipe d’astreinte soit mobilisée pour intervenir rapidement.

Ces mesures peuvent sembler modestes à l’administration, mais pour les familles, les enfants et les commerçants, elles sont essentielles. Mon engagement est clair : rester à l’écoute, agir concrètement et continuer à porter la voix des Curepipiens.

Les gares de Curepipe sont devenues un repaire pour les toxicomanes, au grand désarroi des habitants. Allez-vous enfin agir concrètement pour enrayer ce fléau ?

Oui, la situation autour de certaines gares de Curepipe, notamment la gare du Sud, est préoccupante. On y retrouve des problèmes liés à l’insécurité, à la toxicomanie et à l’encombrement de l’espace public. Les ignorer serait irresponsable.

Je tiens à préciser que je ne suis pas opposé aux marchands ambulants. La plupart sont des travailleurs qui cherchent à gagner leur vie dignement. Toutefois, il faut reconnaître que, dans certains cas, leurs installations occupent des zones sensibles : passages piétons, zones de livraison ou accès de sécurité. Cela provoque des tensions, gêne la circulation et perturbe le quotidien des habitants.

Pour y remédier, des opérations de type crackdown sont menées conjointement par la mairie et la police. L’objectif n’est pas de pénaliser les plus faibles, mais de rétablir un équilibre dans l’utilisation de l’espace public. La solution doit rester concertée et humaine. Il ne s’agit pas de chasser les marchands mais de réorganiser intelligemment leur présence : identifier des zones adaptées, veiller au respect des normes de sécurité et offrir à chacun – commerçants, piétons, livreurs – un environnement fluide et sécurisé.

Le vivre-ensemble repose sur cet équilibre : permettre l’activité économique, tout en préservant la sécurité urbaine et le droit à la ville pour tous. C’est dans ce sens que nous agissons et que nous continuerons à travailler.

Vous incarnez une nouvelle génération politique. Après plus de huit mois de mandat de ce gouvernement, quel constat sans filtre faites-vous de la situation du pays ?

Je fais partie d’une génération qui ne croit plus aux grands discours mais aux gestes concrets qui améliorent la vie des gens. Et je crois que le peuple partage ce sentiment. Après huit mois de mandat, soyons clairs : tout n’a pas changé. Les attentes sont fortes, la pression réelle. Mais sur le terrain, je constate une volonté sincère de faire différemment. Plus lentement, peut-être, mais plus proprement et cela compte.

Nous héritons d’un passé lourd, avec des pratiques que l’on cherche à dépasser. C’est un travail de fond, pas spectaculaire mais indispensable. À Curepipe, je fais ma part, avec rigueur et humilité. Je préfère avancer lentement dans la bonne direction plutôt que de courir vers des illusions. Je vois aussi émerger une génération, qui entre en politique non pas pour occuper un fauteuil mais pour donner du sens à son engagement. Avec les Nouveaux Démocrates, nous voulons incarner une voix différente : parler vrai, rester proches du peuple et refuser le cynisme comme le sensationnalisme.

Le pays n’est pas parfait mais il avance. Et j’ai choisi d’être parmi ceux qui construisent, pas ceux qui se contentent de critiquer depuis le trottoir.

On dit que le «feel good factor» s’effrite et que la population perd peu à peu confiance. Que faudrait-il, selon vous, pour inverser cette tendance et redonner espoir ?

Oui, on sent un essoufflement. Le fameux feel good factor s’effrite mais ce n’est pas un rejet : c’est une attente forte de résultats. Les Mauriciens en ont assez des promesses creuses. Ils veulent du concret, du vrai, du tangible. Ils souhaitent qu’on leur parle non comme à de simples électeurs mais comme à des citoyens à part entière. Et je les comprends parfaitement.

Pour redonner espoir, il ne sert à rien de multiplier les grands discours. Ce qu’il faut, ce sont des gestes simples : une rue réparée, un service qui fonctionne, une aide qui arrive à temps ou encore une promesse tenue, même modeste. La confiance ne naît pas de la perfection mais de la cohérence. C’est sur cette base que peut se reconstruire le lien entre le peuple et ses institutions. Je crois toujours en la politique, mais pas celle du spectacle. La vraie politique se bâtit avec patience, éthique et présence sur le terrain. Et je crois que ce gouvernement, malgré les défis, reste fidèle à cette ligne. Nous avançons, peut-être moins vite que certains le souhaiteraient, mais nous avançons proprement. Dans le contexte actuel, c’est déjà une forme de courage.

La réforme du versement de la pension de vieillesse, désormais fixé à 65 ans, continue de susciter la controverse. Quelle est votre position sur ce sujet sensible ?

C’est un sujet sensible, qui ne peut être abordé avec indifférence. Derrière les chiffres et les débats budgétaires, il y a des vies concrètes : un vieil homme, qui compte chaque roupie pour ses médicaments, une grand-mère, qui utilise sa pension pour nourrir ses petits-enfants, tout en les gardant. Ce sont des réalités humaines, qui méritent respect et attention. Je comprends la peur et la colère ressenties face à cette réforme. Elles se lisent dans les regards et s’entendent dans les voix. Mais notre système doit aussi rester viable, aujourd’hui et demain. Trouver cet équilibre est un défi colossal.

Ma position est claire : il faut réformer mais avec humanité, progressivité et transparence. Cette transition ne doit pas être brutale ni imposée sans explications. Les Mauriciens demandent juste de la clarté, de la considération et des engagements respectés – ce que le gouvernement de l’Alliance du changement s’efforce de faire avec responsabilité.

Je ne suis pas en politique pour promettre l’impossible, mais pour défendre ce qui est juste. Avec mon leader, Khushal Lobine, et les Nouveaux Démocrates, je choisis d’écouter, d’expliquer et d’agir dans le respect du peuple car sa voix est la voix de Dieu.

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