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Critiquée pour ses prévisions approximatives
«On ne dira plus quel temps il fera mais ce qu’il provoquera»
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Critiquée pour ses prévisions approximatives
«On ne dira plus quel temps il fera mais ce qu’il provoquera»
■ Selon Prithiviraj Booneeady, «Acting Director» de la station météorologique de Vacoas (MMS), les critiques font progresser. Photo: Dev Ramkhelawon.
Hier, le temps a encore changé. La station météo de Vacoas a émis un avis de fortes pluies à 14h15. Résultat : les cours de l’après-midi et du soir dans les universités ont été annulés. Cela arrive dans la foulée de la Journée mondiale de la météorologie le 23 mars. Nous avons sollicité Prithiviraj Booneeady, Acting Director à la Mauritius Meteorological Services (MMS), par rapport aux critiques concernant les prévisions météorologiques pas toujours exactes, comme ce fut le cas lundi, avec une fermeture des écoles par… beau temps.
Il prend bien la chose et estime ces retours essentiels pour améliorer le système. Mais, souligne-t-il, les prévisions météorologiques comportent toujours des limites. «Lorsque les calculateurs utilisés pour les prévisions fonctionnent, ils font de nombreuses hypothèses car ils utilisent des équations.» Ces outils ne permettent pas de tout prévoir instantanément, et il n’est pas possible de produire un résultat complet en quelques heures seulement. «Quand nous obtenons une précision de 60 %, c’est déjà une réussite», avance-t-il.
La petite superficie de Maurice ajoute une difficulté supplémentaire. Un nuage qui devrait apporter de la pluie peut rapidement se déplacer et se délester de la pluie au-dessus de la mer, donnant parfois l’impression que la prévision était erronée. Or, dit-il, «la prévision était bonne au départ.»
Selon Prithiviraj Booneeady, qui compte 36 ans de service, «nous faisons de notre mieux pour donner des prévisions fiables et tous les prévisionnistes sont dévoués à leur travail.»
Toutefois, il fait valoir que des limites viennent du système d’observation actuel. Il cite l’exemple du moment où toutes les stations météorologiques effectuent leurs relevés en simultané. Toutes ces données ne sont pas toujours exploitées. Certaines observations ne respectent pas les normes internationales connues comme le Global Basic Observation Network et ne sont donc pas considérées par les grands calculateurs de prévisions. Des efforts sont en cours pour améliorer le système d’observation local. Des projets ont été élaborés et des financements sont déjà prévus afin de moderniser les équipements et ainsi permettre à toutes les données collectées d’être correctement intégrées. «Une meilleure qualité d’observation devrait permettre d’améliorer la précision des prévisions.»
Il évoque également le limited area modelling, un outil permettant de produire des prévisions ciblées sur une zone donnée. Certains prévisionnistes travaillent déjà sur ce projet, et lorsque le soutien sera disponible, la qualité des prévisions locales s’améliorera significativement.
Maurice dispose déjà de radars. Le projet Hydromet, qui est en cours d’application, permettra d’installer un radar à Rodrigues. Et de mieux détecter les nuages lorsqu’ils s’approchent de l’île. Pour l’instant, les prévisionnistes s’appuient sur des photos satellites réactualisées toutes les 15 à 30 minutes.
Nouveau système
Quant au Torrential Rain Warning il repose actuellement sur un seuil précis, correspondant à un cumul de 100 mm de pluie. Ils’agit avant tout d’un constat basé sur les données enregistrées mais des améliorations sont envisagées. Un nouveau système d’alerte pourrait voir le jour d’ici deux ans. Les services météorologiques comptent évoluer vers l’«impact based forecasting». Contrairement aux prévisions classiques, qui indiquent principalement les conditions attendues – beau temps ou pluie –, cette approche vise à anticiper les conséquences concrètes des phénomènes météorologiques. «On ne dira plus quel temps il fera mais ce qu’il provoquera.» Cela impliquera une collaboration avec d’autres institutions. Par exemple, dans le domaine agricole, les prévisions pourraient signaler des risques d’inondation et recommander des actions précises sur le terrain. Des financements internationaux sont également mobilisés pour développer progressivement des outils de prévision des crues. Ce projet en cours de mise en place devrait aboutir d’ici deux ans.
Autre projet en cours avec une équipe locale, le Systematic Observations Financing Facility de la World Meteorological Organisation. Ce projet prévoit le déploiement de nouveaux équipements tels que des radiosondages par lancement de ballons météorologiques et des stations météorologiques automatiques de pointe. Ces installations seront adaptées aux conditions propres à certaines régions comme les environnements salins de St-Brandon et d’Agaléga.
Les autorités veulent aussi renforcer les dispositifs de surveillance sismique. Après le tremblement de terre ressenti à Rodrigues en janvier dernier, une proposition d’amélioration des sismomètres et de marégraphes a été soumise. «Si l’ensemble de ces projets aboutit, les services météorologiques connaîtront une nette amélioration de la précision des prévisions à l’avenir.»
Un autre défi pour les services météorologiques: le changement climatique qui diminue le taux de fiabilité des prévisions. Anticiper l’intensification rapide des cyclones ou prévoir avec précision leurs impacts devient particulièrement complexe. «L’intelligence artificielle apparaît comme un outil prometteur mais son utilisation nécessite une maîtrise par les professionnels», estime Prithiviraj Booneeady. «L’IA doit être utilisée en complément des connaissances et de l’expérience acquises. Une prévision ne repose pas uniquement sur un modèle.» Elle nécessite une analyse, une interprétation et une validation humaine.
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