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Diaspora mauricienne
Noël ailleurs, Maurice toujours présent
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Diaspora mauricienne
Noël ailleurs, Maurice toujours présent
Ils ont quitté Maurice par choix, par nécessité ou par le rêve d’un avenir différent. L’Angleterre, l’Australie, la France, l’Allemagne… Des terres lointaines, des climats opposés, mais un même fil invisible les relie : l’attachement profond à l’île natale. À Noël, ce lien se fait plus intense encore, nourri de souvenirs, de parfums familiers, de saveurs et d’émotions.
Dans le sud de Londres, la famille Mareemootoo s’est installée en décembre 2014. Voilà 11 ans qu’ils vivent en Angleterre. Là-bas Noël y est décrit comme une période «féerique», illuminée de décorations spectaculaires, de villages de Noël et de rues scintillantes. Derrière cette magie, le quotidien reste exigeant. «C’est la période où l’on travaille le plus, le temps passe trop vite», confie Kovila. Malgré tout, la tradition reste intacte : le réveillon de Noël, célébré comme à Maurice, en famille, autour d’une belle table.
La famille Mareemootoo, Maman Kovila, Papa Viken et leur trois enfants, Dicken, Yoshilen et Caellia dans leur demeure à Londres.
Chez eux, la bûche de Noël est préparée maison. Le poulet rôti, la salade et surtout les gajak sont incontournables. «Ma, pa blie gajak», rapellent les enfants avec enthousiasme. Ces plats deviennent des passerelles entre deux mondes, une manière simple mais puissante de recréer l’ambiance mauricienne sous le ciel gris londonien.
Pour rester connectés à Maurice, les réseaux sociaux jouent un rôle essentiel. Les lives, les reportages et les images des festivités permettent de garder un lien émotionnel fort avec le pays. «On se sent proche de notre pays natal», expliquent-ils, même si la famille est aujourd’hui dispersée aux quatre coins du monde.
Ce qui manque le plus ? L’ambiance unique de Noël à Maurice. Les foires folkloriques, la chaleur, les fruits de saison, les flamboyants le long des routes, les barbecues improvisés, la musique chez les voisins, les pétards et l’excitation des enfants. À Londres, avec le froid, tout se passe à l’intérieur. C’est un autre décor, une autre énergie.
À Canberra, en Australie, Priscilla Pillay vit depuis 11 ans avec ses deux filles, Nyaanam et Keshavi. Là-bas, Noël se célèbre sous le soleil, souvent à la plage, autour de pique-niques, de barbecues, de fruits de mer, de pavlova et de bière. Un Noël «à l’australienne», joyeux et lumineux, mais qui demande un ajustement émotionnel pour la Mauricienne. La bûche de Noël, héritage français transmis à Maurice, reste toutefois un rituel incontournable, préparé en famille.
Priscilla Pillay et ses filles, Nyaanam et Keshavi vivent à Canberra depuis 11 ans.
Les appels vidéo prennent alors toute leur importance : le réveillon partagé à distance, le déballage des cadeaux avec la grand-mère restée à Maurice. Mais ce qui manque le plus à Priscilla, ce sont les rues animées de Curepipe le 24 décembre, le late-night shopping et l’odeur des sapins naturels.
Installée en France depuis 22 ans, Sarah Sevathean, originaire de Mahébourg, vit Noël avec une certaine sérénité, même si l’éloignement de sa famille se fait davantage ressentir à cette période de l’année. «Noël se passe bien, malgré le manque de la famille», confie-t-elle, résumant une nostalgie partagée par de nombreux Mauriciens de la diaspora.
Sarah Sevathean raconte chaque année et sa fille, Shanna les récits de Noël sous le soleil mauricien.
En France, elle a adopté certaines traditions locales, notamment l’ouverture des cadeaux le 25 décembre, même si, autour d’elle, beaucoup privilégient la soirée du 24. Mais dans sa cuisine, Maurice reste omniprésente. Pour recréer l’ambiance des fêtes au pays, elle prépare des spécialités typiquement mauriciennes : gato lisou, samoussas, satini kotomili et gato pima. Ces saveurs familières sont autant de souvenirs qui la ramènent à l’enfance et aux Noëls passés en famille.
La technologie lui permet de rester proche de ses proches restés au pays. Les appels vidéo sont devenus un réflexe, un moyen de partager les moments importants malgré la distance. Ce qui lui manque le plus, c’est l’effervescence de fin d’année à Maurice, les rues animées, les préparatifs avec les parents et les grands-parents.
Sa fille, née en France, écoute avec étonnement ses récits de Noël à la plage et de barbecues sous le soleil, des traditions qui lui semblent presque irréelles. Pourtant, même après toutes ces années, Sarah en est convaincue : son île natale imprègne toujours sa manière de célébrer Noël.
Stephano Seechurn habite en France depuis une dix ans avec son épouse Scarlette et ses fils Enzo et Noé.
Même nostalgie chez Stephano Seechurn, également originaire de Mahébourg et installé en France depuis près de dix ans. Noël lui rappelle son enfance, lorsqu’on allait chercher le sapin à bicyclette. Aujourd’hui, il perpétue ces souvenirs en décorant la maison en famille, en racontant les histoires d’autrefois, en partageant «enn bon rom moris» et en restant connecté grâce aux appels vidéo.
En Allemagne, Pamela Miniandee vit depuis plus de 30 ans. Une vie entière loin de Maurice, mais un cœur resté profondément attaché à l’île. Pour elle, Noël est une période de grande préparation. Dès le début décembre, la maison se pare de décorations, le jardin et l’entrée sont embellis, conformément à la tradition allemande où Noël occupe une place centrale.
En Allemagne, Pamela Miniandee tient à transmettre à sa petite-fille Léonie l’importance des traditions.
Le 24 décembre reste un jour très spécial. La famille se réunit autour de plats préparés avec soin. Si Pamela s’adapte aux traditions culinaires allemandes, elle veille à préserver les saveurs mauriciennes apprises auprès de sa mère et de sa grand-mère. Poulet rôti, accompagnements généreux et douceurs faites maison… les repas deviennent un mélange de cultures, reflet de son parcours de vie.
Le 25 décembre est consacré aux enfants et à la famille élargie. Les cadeaux, les repas partagés, les rires autour de la table rythment la journée. Même loin de Maurice, Pamela tient à transmettre à ses enfants l’importance de la famille, du partage et des traditions. «Moris pa kit nou», pourrait-elle résumer. Malgré les années, malgré la distance, Noël reste un moment où les souvenirs refont surface, où l’on pense à ceux restés au pays, aux Noëls d’antan sous le soleil.
À travers ces témoignages, une évidence s’impose : Noël en diaspora est fait de contrastes. Le froid remplace la chaleur, les marchés de Noël remplacent les foires, les appels vidéo remplacent les embrassades. Mais l’essentiel demeure. Les Mauriciens emportent avec eux leur culture, leur langue, leur cuisine et surtout cette chaleur humaine qui fait l’âme de Maurice.
Et s’ils pouvaient ramener un seul élément de Noël mauricien là où ils vivent ? Beaucoup répondent sans hésiter : le soleil. Mais au-delà du climat, c’est surtout cette ambiance unique, populaire, vivante et profondément humaine qui manque. Celle qui fait de Noël à Maurice bien plus qu’une fête : un moment suspendu, gravé dans le cœur, où qu’on soit dans le monde.
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