Publicité
Vient de paraître
Nitish Monebhurrun: confessions d’un Mauricien «décommunautarisé»
Par
Partager cet article
Vient de paraître
Nitish Monebhurrun: confessions d’un Mauricien «décommunautarisé»
Extirper la religion de soi. Blasphème pour les uns. Folie pour d’autres. Âme en perdition, objet d’anathème pour ceux-là. C’est la chronique fidèle d’une odyssée intérieure, un voyage à la rencontre de soi que livre Nitish Monebhurrun.
Son troisième ouvrage, L’archipel en moi, vient de paraître aux Éditions Vizavi. Son créneau, c’est l’autofiction. Depuis son premier ouvrage, Face au tableau noir (2022), cet esprit cartésien – formé à la rigueur et à la complexité du droit – analyse avec recul et une dose d’auto-ironie son propre vécu. Fouillant inlassablement le matériau intime des souvenirs enfouis au plus profond d’une mémoire réputée traîtresse. Un exercice jamais gratuit. Qui ne sert pas qu’à s’écouter parler mais à prendre la parole sur des sujets de société. Quand ils ne sont pas de brûlante actualité. Comme les travers du système éducatif ou la perception de Kaya avant et après sa mort en cellule policière.
L’épisode personnel choisi cette fois est douloureux, mais formateur, pour ne pas dire fondateur. Ce qui commence par un non deviendra un oui. Le non de ses parents à la participation de leur fils de dix ans à une nuit de pèlerinage vers Grand-Bassin. Le oui du fils, devenu adulte, à s’ouvrir à tous les courants, toutes les croyances, toutes les philosophies. Le goût de l’étude et du voyage devenant remparts contre l’enfermement.
Si les interdits ont souvent pour effet de nous pousser encore davantage vers ce qui nous est refusé, chez le narrateur, la conséquence du non de ses parents est inverse. C’est au contraire vers le détachement de la «chose» refusée qu’il tend. «J’avais dix ans quand je découvris que je n’étais plus hindou», démarre le récit. Au fil des courts chapitres, le lecteur passe par les différentes phases de ce qui commence par une colère d’enfant : provocation, contestation, une «façon d’exister et de m’affirmer. Une sorte de droit à l’autodétermination, le droit d’exister hors des cases établies à Maurice, le droit d’exister dans une case inexistante». Même si l’auteur n’y fait pas mention explicitement, les débats autour de l’abolition ou pas du Best Loser System nous reviennent à l’esprit. Ce qui renvoie plus fondamentalement aux quatre définitions des citoyens mauriciens, qui sont inscrites dans la Constitution. Définition religieuse pour les uns, géographique pour les autres et le fourre-tout pour les citoyens restants. Créant un malaise persistant.
Le malaise, l’auteur le recense jusque dans le couple. «À Maurice, l’amour se négocie plus qu’il ne se choisit (…) Même l’amour porte les couleurs de la communauté», écrit-il. Nous renvoyant durement à nos contradictions. En pèlerin sur la voie qu’il a consciemment décidé de creuser, le narrateur reconnaît : «Une fois qu’on a commencé à douter, il devient impossible de revenir en arrière.» Il continue sa route, disséquant notre société jusqu’à lui faire craquer les os. Car rédemption il n’y a pas. «En m’éloignant très tôt de l’hindouisme, puis en cessant d’appartenir à la communauté hindoue ou indo-mauricienne, j’aurais pu devenir, disons, plus Mauricien.» Là encore : fausse route, se navre le narrateur. «En devenant moins hindou, je ne suis pas devenu plus Mauricien.» Confession lourde de sens.
Publicité
Publicité
Les plus récents