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Private Notice Question

Navin Ramgoolam : «Le pays a besoin d’un leadership ferme»

18 mars 2026, 05:00

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Navin Ramgoolam : «Le pays a besoin d’un leadership ferme»

■ Navin Ramgoolam et le leader de l’opposition, Joe Lesjongard, hier, à l’Assemblée.

La crise internationale s’est invitée avec force à l’Assemblée nationale, hier, lors de la Private Notice Question (PNQ) du leader de l’opposition, Joe Lesjongard, adressée au Premier ministre, Navin Ramgoolam. Au cœur des échanges : les répercussions du conflit au Moyen-Orient sur l’économie mauricienne, la sécurité énergétique, l’approvisionnement alimentaire et la stabilité sociale du pays.

Le Premier ministre a dressé un tableau préoccupant d’un conflit aux conséquences globales, évoquant les pertes humaines, les destructions d’infrastructures et les perturbations majeures du trafic aérien dans la région. Navin Ramgoolam a insisté sur le fait qu’il suit personnellement la situation depuis le début des hostilités. Selon lui, il était évident dès le départ que cette guerre provoquerait des turbulences économiques mondiales, avec des effets particulièrement sévères pour des économies vulnérables comme celle de Maurice.

Le chef du gouvernement a expliqué être en contact constant avec les ministres concernés ainsi qu’avec des dignitaires étrangers afin d’identifier des solutions pour atténuer les impacts économiques et sociaux. Il a affirmé que tous les ministères concernés ont activé des plans d’urgence, tout en travaillant sur des stratégies à moyen et long terme.

La priorité immédiate, a-t-il souligné, a été la sécurité des Mauriciens se trouvant dans les zones affectées. Des démarches ont été entreprises rapidement, notamment auprès d’Emirates, afin de faciliter leur rapatriement, auprès d’Air Mauritius entre autres.

Mobilisation diplomatique

Le Premier ministre a détaillé les actions menées pour venir en aide aux Mauriciens dans la région du Golfe et au Moyen-Orient. Une cellule de crise a été mise en place, accompagnée d’une hotline permettant aux ressortissants en difficulté de contacter les autorités. Au total, 228 Mauriciens ont sollicité l’assistance du ministère des Affaires étrangères. Parmi eux, 121 ont manifesté leur intention de rentrer au pays depuis plusieurs pays de la région, notamment l’Arabie Saoudite, le Qatar, Oman, Bahreïn et le Koweït.

Des opérations de rapatriement ont été organisées en coordination avec plusieurs compagnies aériennes. Des Mauriciens ont ainsi pu rentrer via Djeddah, Nairobi ou encore Dubaï. Le Premier ministre a également mentionné des cas individuels nécessitant une coordination internationale, notamment avec l’Inde pour évacuer un ressortissant depuis Israël.

Parallèlement, le gouvernement a multiplié les communications officielles pour déconseiller tout voyage non essentiel vers les zones à risque et a réaffirmé son attachement à une résolution pacifique du conflit, en ligne avec les appels de la communauté internationale.

Une économie sous pression

Sur le plan économique, Navin Ramgoolam n’a pas caché les inquiétudes. Maurice, en tant qu’économie ouverte dépendante des importations de carburant et de denrées alimentaires, est particulièrement exposée aux chocs externes.

Le Premier ministre a identifié plusieurs canaux de transmission de la crise : la hausse des prix du pétrole et des produits alimentaires, l’augmentation des coûts de transport et d’assurance, ainsi que les incertitudes pesant sur le tourisme et les investissements étrangers.

Le comité de coordination macroéconomique a élaboré plusieurs scénarios. Alors qu’une croissance de 3,4% était initialement prévue pour 2026, celle-ci pourrait être revue à la baisse à 3,2% en cas de conflit de courte durée, voire en dessous de 3% si la crise s’installe.

Le secteur touristique, pilier de l’économie, est particulièrement vulnérable. Les prévisions de 1,45 million d’arrivées pourraient ne pas être atteintes. L’inflation, estimée initialement à 4%, pourrait grimper jusqu’à 6%, sous l’effet de la hausse des prix internationaux.

Le déficit du compte courant pourrait également se creuser, passant de 4,8% à environ 6% du PIB. À cela s’ajoute un manque à gagner de Rs 10 milliards lié au retard dans la ratification du traité des Chagos, aggravant la pression sur les finances publiques.

Face à ces défis, le gouvernement a mis en place un comité de haut niveau sous l’égide du ministère des Finances, réunissant notamment Business Mauritius et plusieurs institutions clés. Ce comité est chargé d’évaluer en continu la situation et de proposer des mesures adaptées.

Des réunions régulières sont organisées pour travailler sur des axes prioritaires tels que le soutien aux PME, la sécurité énergétique, la résilience des chaînes d’approvisionnement et la protection des ménages vulnérables. Parmi les premières mesures annoncées, Air Mauritius opérera des vols supplémentaires vers Paris afin de soutenir le secteur touristique, tandis que la Banque de Maurice intervient sur le marché des changes pour stabiliser la roupie.

L’œil sur les stocks

Le Premier ministre a longuement détaillé la situation des stocks de carburants, assurant que le pays dispose actuellement de réserves suffisantes pour couvrir plusieurs semaines de consommation. Il a précisé les niveaux de stocks pour l’essence, le diesel, le carburant d’aviation et le gaz ménager, tout en annonçant l’arrivée imminente de nouvelles cargaisons à Port-Louis.

Le gouvernement a également anticipé d’éventuelles perturbations en diversifiant ses sources d’approvisionnement et en explorant des solutions alternatives, notamment via l’Inde. Navin Ramgoolam a indiqué que des discussions sont en cours pour un accord de gouvernement à gouvernement avec Indian Oil Corporation. Fait notable, il a révélé que les paiements seraient effectués en roupies mauriciennes, afin de réduire l’exposition aux fluctuations du dollar.

Au-delà de l’énergie, la sécurité alimentaire constitue une autre préoccupation majeure. Le Premier ministre a indiqué que les prix internationaux ont déjà commencé à augmenter, entraînant une pression sur les coûts d’importation. Pour protéger les consommateurs, le gouvernement maintient un système de contrôle des prix sur plusieurs produits essentiels, tout en mobilisant un fonds de stabilisation de Rs 10 milliards pour subventionner certains produits de base.

Le ministère de la Santé dispose, quant à lui, de stocks de médicaments couvrant au moins six mois, et un comité spécifique a été mis en place pour surveiller la situation à l’échelle nationale, y compris à Rodrigues.

Interrogé sur la nécessité d’un ministre des Finances à plein temps, Navin Ramgoolam a répondu : «Le pays a besoin d’un leadership ferme, capable de prendre des décisions difficiles». Sur la question du rôle de Diego Garcia dans le conflit, il a affirmé que la base ne joue actuellement aucun rôle, précisant que le Royaume-Uni n’en a pas autorisé l’utilisation dans ce contexte, tout en n’excluant pas une évolution de la situation.

Concernant les discussions avec l’Inde sur l’approvisionnement en carburant, le Premier ministre a reconnu que les accords ne sont pas encore finalisés, tout en garantissant une sécurité d’approvisionnement à terme. Joe Lesjongard a toutefois contesté certaines affirmations, notamment sur le contrat avec la raffinerie de Mangalore, affirmant qu’il n’aurait jamais été annulé.

Tout au long de son intervention, Navin Ramgoolam a insisté sur la nécessité d’une vigilance constante face à une situation internationale instable. Il a souligné que le gouvernement continuera d’adapter ses politiques en fonction de l’évolution du conflit, avec pour objectif de préserver la stabilité macroéconomique, soutenir la croissance et protéger le pouvoir d’achat des Mauriciens.

Le Parlement a été ajourné au mardi 24 mars.

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