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Au sommet de l’Afrique
Nairobi, entre bidonvilles et gratte-ciel
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Au sommet de l’Afrique
Nairobi, entre bidonvilles et gratte-ciel
Le sommet «Africa Forward» veut redéfinir les relations entre la France et l’Afrique autour de l’investissement, de l’innovation et de la souveraineté économique. Maurice y voit une occasion stratégique de renforcer son ancrage africain grâce à une forte délégation public-privé.
Hier matin, dès l’aube, les grandes baies vitrées de l’aéroport international Jomo Kenyatta reflétaient une étrange procession du monde. Des hommes en costume sombre, oreillettes vissées aux tempes, ouvraient des corridors invisibles parmi les voyageurs fatigués. Des délégations venues d’Abidjan, de Kigali, de Lagos, d’Addis-Abeba ou de Johannesbourg glissaient vers les sorties sous les gyrophares bleus des escortes kényanes. Dans l’air encore frais des hautes terres, Nairobi retenait son souffle.
La ville se préparait au sommet Africa Forward comme une vieille terre africaine qui aurait décidé, enfin, de parler au futur. Sur Mombasa Road, les convois officiels traversaient la capitale à vive allure. Les policiers bloquaient les échangeurs. Les matatus bariolés, habituellement insolents et anarchiques, cédaient le passage aux cortèges des présidents. Les klaxons, les sirènes et trois hélicoptères composaient une musique nerveuse au-dessus d’une métropole de cinq millions d’âmes qui ne dort presque jamais.
Nairobi possède quelque chose de brutal et de prophétique. Vue du ciel, elle apparaît comme une immense marée urbaine déversée sur les hautes terres du Kenya. À l’ouest, les collines verdoyantes de Karen et de Muthaiga rappellent encore les rêves coloniaux des fermiers britanniques et les nostalgies d’Out of Africa. Plus loin s’étendent les campagnes kikuyu, ces terres rouges et fertiles où poussent le café, les avocats et les roses destinées aux marchés européens. Puis soudain, au détour d’une route ou d’un viaduc chinois flambant neuf, surgissent les tôles infinies de Kibera ou de Mathare Valley – océans de pauvreté où vivent des centaines de milliers d’oubliés.
Nairobi juxtapose des mondes qui ne se regardent presque pas. Ici, les tours vitrées des fintechs dominent des quartiers sans égouts. Les start-ups de l’intelligence artificielle côtoient des enfants marchant pieds nus le long des rails. Les Nations unies organisent des conférences climatiques pendant que les vendeurs de rue survivent grâce au charbon de bois. La ville semble avancer à deux vitesses, parfois à deux siècles de distance.
Et pourtant, c’est précisément cette contradiction qui fait aujourd’hui sa puissance. Car Nairobi est devenue l’un des laboratoires de la modernité africaine.
La Chine y a construit des autoroutes suspendues, des échangeurs gigantesques et une ligne ferroviaire reliant l’intérieur du continent au port de Mombasa. Les grues redessinent chaque mois l’horizon. Tatu City pousse à l’extérieur de la capitale comme une cité sortie d’un roman de science-fiction tropicale. Les paiements numériques de M-Pesa ont transformé les habitudes économiques du continent. Dans les incubateurs technologiques, une jeunesse africaine polyglotte parle désormais le langage du code informatique aussi naturellement que celui du commerce informel.
C’est cette Afrique-là qu’Emmanuel Macron et William Ruto veulent montrer au monde. Le sommet Africa Forward n’a pas été pensé comme une conférence diplomatique de plus. Les organisateurs parlent d’investissements, de capitaux privés, d’intelligence artificielle, de souveraineté énergétique et de partenariats industriels. Le vieux vocabulaire de l’aide internationale semble ici remplacé par celui des marchés, de l’innovation et de la puissance.
Dans les couloirs du Kenyatta International Convention Centre, les chefs d’État africains croiseront dès aujourd’hui des investisseurs, des patrons de fonds souverains et des entrepreneurs numériques. On y parle davantage de corridors logistiques, de dette verte et de centres de données que de coopération traditionnelle. Comme si l’Afrique voulait désormais négocier debout.
Mais Nairobi rappelle aussi, silencieusement, le prix de cette accélération. Au pied des échangeurs flambant neufs, des familles continuent de vivre sous des bâches de plastique. Les bidonvilles grandissent aussi vite que les tours. La pression démographique dévore les campagnes voisines. Les embouteillages paralysent déjà une ville pensée autrefois pour quelques centaines de milliers d’habitants. La mondialisation enrichit certains quartiers pendant que d’autres survivent dans une économie de débrouille permanente.
Alors, sous les lumières du sommet Africa Forward, Nairobi apparaît comme le miroir exact de l’Afrique contemporaine : jeune, désordonnée, ambitieuse, inégalitaire, nerveuse, mais résolument tournée vers demain.
Et lorsque les cortèges présidentiels disparaissent dans la nuit froide des hautes terres, quelque chose demeure dans cette ville immense : l’impression que l’Afrique est peut-être en train de quitter définitivement le siècle des dépendances pour entrer, enfin, dans celui des puissances.
Le sommet «Africa Forward» veut redéfinir les relations entre la France et l’Afrique autour de l’investissement, de l’innovation et de la souveraineté économique. Maurice y voit une occasion stratégique de renforcer son ancrage africain grâce à une forte délégation public-privé.
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