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Hommage
Maxime Shun-Shin : Un chirurgien qui a tranché dans le vif
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Maxime Shun-Shin : Un chirurgien qui a tranché dans le vif
Les proches du Dr Maxime Shun-Shin, dont ses enfants Adrien et Mary Lucy, ont dévoilé le buste réalisé par le sculpteur Lewis Dick. Le buste est installé dans la cour du Hua Lien Club à Trianon. (Photo: Jean-Noël Ah-Kee)
C’est un parcours à la fois méconnu et fascinant que celui du Dr Maxime Shun-Shin (novembre 1906-avril 2006). Un buste à son effigie, réalisé par le sculpteur Lewis Dick, a été dévoilé le lundi 22 septembre dans la cour du Hua Lien Club à Trianon. L’occasion pour proches et amis de raviver le souvenir du premier lauréat d’origine chinoise, qui, devenu médecin et chirurgien, a travaillé pendant 30 ans dans plusieurs hôpitaux de l’île, y compris à Rodrigues. Peu avant de prendre sa retraite, il avait refusé d’être élevé au rang d’«Officer of the Order of the British Empire» (OBE).
Un médecin qui ne cessait d’apprendre. Qui s’était joint au service public parce qu’il voulait être chirurgien. Une soif d’avancer pas découragée par des promotions qui ont tardé – selon lui – à venir. Le parcours du Dr Maxime ShunShin, décédé en 2006 quelques mois avant son centième anniversaire, est riche en enseignement.
C’est surtout sa persévérance qui a été mise à l’honneur le lundi 22 septembre dernier, avec le dévoilement d’un buste à son effigie, dans la cour du Hua Lien Club, à Trianon. La rue menant au club porte aussi son nom, mais la plaque avec le nom de la rue se serait égarée, à la faveur de certains travaux routiers.
Adrien et Mary Lucy, les enfants du Dr Shun Shin, ont souligné que c’est Bernard Li Kwong Ken, entrepreneur et personnalité sensible à l’histoire et au patrimoine, qui est à l’origine de cet hommage. Un signe de reconnaissance pour celui qui a été le premier lauréat d’origine chinoise. Maxime Shun-Shin était né le 28 novembre 1906. Son père venait du village de Moiyan, en Chine. Il avait un frère et trois sœurs. Quand il a cinq ans, sa famille part pour la Chine. La famille revient à Maurice quand Maxime Shun-Shin a huit ans. Il étudie à l’école Centrale, à la rue La Paix à Port-Louis.
À 14 ans, il est admis au Collège Royal de Curepipe. «Il a dû dormir dans un recoin d’une petite boutique à Curepipe. Je ne sais pas comment il étudiait la nuit. Les bougies étaient un luxe en ce temps-là», confie son fils Adrien.
Premier lauréat mauricien d’origine chinois
Cela n’empêche pas Maxime Shun-Shin de décrocher la bourse d’Angleterre en 1926, devenant ainsi le premier lauréat mauricien d’origine chinoise. L’année suivante, il embarque pour Londres pour étudier la médecine à l’University College Hospital. «Cela a été le délire. Mon père m’a raconté que les pétards ont sonné pendant une demi-heure. La Chinese Chamber of Commerce lui avait donné une plume en or avec son nom gravé dessus. Je l’ai toujours près de moi», raconte son fils Adrien.
À la fin de son cursus, Maxime Shun-Shin est diplômé en médecine tropicale. «Il se dit qu’il va aider son pays ancestral», explique son fils Adrien. Voilà Maxime Shun-Shin voyageant jusqu’à Pékin pour trouver du travail. «Mais en ce temps-là, les junior doctors ne touchaient pas de salaire. Ils n’avaient droit qu’au bed and breakfast». Maxime Shun-Shin rentre à Maurice et est embauché dans la santé publique en 1936. Il a travaillé à l’hôpital Civil (pas encore Jeetoo), à celui de Moka et celui de Candos. «Il était un chirurgien doué. Je l’ai vu opérer. Il était méticuleux, soigneux et rapide», témoigne son fils Adrien.
Dans ses mémoires, Maxime Shun-Shin restitue toute une époque d’après-guerre où les techniques étaient encore rudimentaires. En observateur de son temps, Maxime Shun-Shin cite surtout les nombreux noms des médecins qu’il a côtoyés et qui sont restés pour la postérité, comme Yves Cantin, «who won the English scholarship on the classical side in 1914». Mais aussi Régis Chaperon, Alex Vellin, France Bouloux, Emile Duvivier, «who won the English Scholarship on the modern side in 1903», ou encore le Dr Edgar Millien, qui entamera une carrière politique. Il égratigne au passage les «gratte-papier», qui ne pratiquent pas la médecine au quotidien.
Au cours de sa carrière, le Dr Shun-Shin a aussi été en poste auprès des juifs incarcérés à la prison de Beau-Bassin, qui avaient été déportés durant la Seconde Guerre Mondiale. «Il a appris un peu d’allemand à leur contact. Son nom est mentionné dans le mémorial juif de Saint-Martin», conclut son fils Adrien.
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Par «Dignité» : Le docteur qui a refusé une décoration de l’empire britannique
L’épisode se déroule alors que le Dr Shun-Shin est à Londres. Il est en passe de prendre sa retraite quand il reçoit une lettre du Colonial Office. Elle l’informe de l’intention des autorités de recommander son nom pour être élevé au rang d’Officer of the Most Distinguished Order of the British Empire (OBE). Mais le Dr Shun-Shin n’a pas oublié les promotions et avantages qu’il estime lui avoir été injustement refusés au fil de sa carrière. Il a passé 20 ans comme Junior Medical Officer et plusieurs suppléances, avant d’être promu Medical Superintendent à l’hôpital Civil en 1958.
Dans son autobiographie intitulée Memoirs of a government medical officer 1936-1966, il écrit : «Therefore acceptance of such a distinction would have made a mockery of it. I consequently declined. Subsequently events have proved that I was right in thinking that those authorities do not have a high opinion of nor any consideration for an old servant. At present I am denied the loan of surgical instruments, which private clinics do not possess (…) A worse example of the authorities lack of consideration is their refusal to allow my patients access to the radiological services (…) I must in the first instance refer them to a government specialist who decides whether the examination is justifiable or not. This implies that I am incompetent to do so.»
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Présence discrète : SSR parmi ses patients
Au cours de sa carrière, le Dr Shun-Shin a côtoyé à au moins deux reprises «Honourable Seewoosagur Ramgoolam». Dans ses mémoires, il revient sur l’épisode d’octobre 1957 (NdlR : l’honorable devient «sir» en 1965). Seewoosagur Ramgoolam étant tombé malade, «at his request I went to see him bringing Yves Cantin with me. We diagnosed acute appendicitis and operated on him at Moka Hospital». Mais sa requête auprès de l’honorable pour ne faire que de la chirurgie à l’hôpital de Moka et pratiquer l’urologie dans deux autres hôpitaux ne fut pas agréée. Le Dr Shun-Shin raconte également une intervention subie par SSR à la fin de novembre 1965. Comme l’opération devait avoir lieu en Angleterre, «at the special request of H.E the Governor, I had to accompany SSR». L’intervention fut pratiquée à la «private wing of University College Hospital (UCH)» par un «contemporary student of both of us at UCH».
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