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Crise au Moyen-Orient
Maurice retient encore son souffle
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Crise au Moyen-Orient
Maurice retient encore son souffle
Hier matin, les traders du monde entier ont soufflé. Le baril de Brent, qui frôlait les 110 dollars la veille, a dévissé de plus de 15 % après l’annonce du cessez-le-feu de deux semaines entre Washington et Téhéran, repassant sous la barre symbolique des 100 dollars. À Maurice, l’annonce est suivie de près. Pour cause : l’île importe 100 % de ses hydrocarbures, et depuis le déclenchement du conflit fin février, la facture énergétique du pays a explosé.
Pour comprendre ce qui s’est passé dans la nuit de mardi à mercredi, il faut revenir au détroit d’Ormuz. Ce passage de 33 kilomètres, situé entre l’Iran et Oman, voit normalement transiter environ 20 % du brut mondial. Depuis les frappes israélo-américaines sur l’Iran le 28 février, l’Iran en avait quasiment verrouillé le trafic. Le passage des pétroliers était tombé de 24 à seulement quatre navires par jour, laissant quelque 200 tankers immobilisés. L’Agence internationale de l’énergie n’a pas mâché ses mots : elle qualifie cette crise de «plus grande perturbation de l’offre dans l’histoire du marché pétrolier mondial».
Washington et Téhéran ont finalement conclu leur cessez-le-feu en échange d’une réouverture du détroit pour deux semaines, négociée in extremis, moins de deux heures avant l’expiration de l’ultimatum de Donald Trump. Des pourparlers entre les deux parties démarreront vendredi à Islamabad, au Pakistan, médiateur clé dans ce conflit. Les deux capitales revendiquent la victoire. Le Liban, lui, reste exclu de la trêve, selon Israël, la guerre n’est donc pas finie. Le mot clé est là : temporaire. Le baril était proche de 110 dollars mardi, il était à 92 dollars hier, mais reste bien au-dessus des 65 dollars en moyenne qu’il était en 2025, et des 72,48 dollars enregistrés au 28 février, la veille des premières frappes. Les négociations à venir comportent plusieurs points de blocage : programme nucléaire iranien, sanctions, statut du Liban. Et l’OPEP+ maintient sa stratégie de restriction de l’offre.Tout le monde aura l’oeil sur ce qui se passera à Islamabad vendredi.
Pour Maurice, la baisse du baril d’hier ne se traduira pas aujourd’hui à la pompe. La State Trading Corporation importe le carburant pour l’ensemble de l’île sur les marchés internationaux, couvrant généralement l’approvisionnement pour les trois prochains mois. Les hausses internationales ne se répercutent donc pas immédiatement à la pompe mais elles ne sont pas évitées pour autant. La détente actuelle offre néanmoins un répit budgétaire réel : chaque baisse de quelques dollars du baril représente des millions de roupies économisées pour des finances publiques déjà fragilisées. Et l’impact ne se limite pas au carburant. Le pétrole est un facteur déterminant dans le coût des produits alimentaires, du fret maritime, des engrais, de la logistique.
?Une vulnérabilité mise à nu
Mardi au Parlement, lors d’une Private Notice Question portée par le leader de l’opposition, Joe Lesjongard, le Premier ministre, Navin Ramgoolam, a dressé un tableau sans concession de la situation. Le Brent est passé de 72,48 dollars à 111 dollars en l’espace d’un mois, soit une hausse de 53 %. Cette augmentation s’est directement répercutée sur la facture d’importation de la STC, qui a bondi de 82 % en mars, avec une nouvelle hausse de 21 % déjà anticipée pour avril. La roupie subit des tensions sur le marché des changes, et les prix des denrées alimentaires et des intrants agricoles viennent accentuer les pressions inflationnistes.
Un rapport du Laboratoire économique du Programme des Nations unies pour le développement, publié en mars 2026, chiffrait le risque avec précision : dans un scénario sévère prévoyant une hausse de 50 % du prix du baril, l’inflation locale pourrait bondir de 3,6 points de pourcentage supplémentaires. Et l’impact est régressif : les ménages les plus modestes consacrent 40,4 % de leur budget à l’alimentation, contre 22,8 % pour les plus aisés. Une hausse des prix frappe donc deux fois plus fort pour ceux au bas de l’échelle.
Pour l’économiste Manisha Dookhony, la trêve envoie un signal positif mais limité. «Maurice est très dépendante du prix du pétrole. Le fait que le prix ait baissé [à partir d’hier] donne un signe positif, parce que le pétrole a un effet sur tous les autres secteurs. Si on peut avoir de l’essence, de l’huile lourde, du jet fuel à un meilleur prix, ça va absolument aider l’économie.» Elle souligne cependant que la garantie d’approvisionnement est tout aussi cruciale que le prix et que si cette assurance tient sur deux semaines, certaines mesures restrictives envisagées pourraient ne pas s’avérer nécessaires. Le comité de crise, selon elle, devrait intégrer cette nouvelle donne dans ses prochaines discussions.
Mais la même économiste pointe une faille structurelle que la trêve ne résout pas : «La situation internationale pèse lourdement sur nous en raison de notre manque d’infrastructure de stockage. Il est urgent d’augmenter notre capacité, qui est actuellement insuffisante pour faire face aux futures crises. L’objectif devrait être de disposer de stocks pouvant durer trois à quatre mois plutôt que le mois et demi actuel.» Et d’ajouter : «Puisque le Moyen-Orient est un foyer potentiel de conflits, anticiper ces crises en constituant des réserves est crucial. Il est vital de diversifier nos sources d’approvisionnement pour diminuer notre dépendance à une région spécifique.»
? Ce que le gouvernement fait et ce qu’il refuse
Face à l’urgence, plusieurs mesures ont déjà été enclenchées : optimisation des stocks de fuel par le CEB, campagnes d’économie d’énergie, accélération de la transition vers les énergies renouvelables avec un objectif de 405 MW. Le gouvernement affirme avoir sécurisé l’approvisionnement en produits pétroliers jusqu’en juillet, et en fuel lourd jusqu’à l’année prochaine. Surtout, un accord gouvernement à gouvernement avec l’Inde pour l’approvisionnement en produits pétroliers doit être signé aujourd’hui. Ce que le gouvernement refuse, en revanche, est tout aussi clair. Interrogé sur une éventuelle réduction temporaire de la TVA et des droits d’accise sur les carburants, Navin Ramgoolam a été catégorique : «La réponse est non.» Les recettes attendues s’élèvent à Rs 3,9 milliards pour la TVA et à Rs 4 milliards pour les droits d’accise sur les carburants, des montants jugés indispensables dans le contexte actuel. L’opposition, elle, continue de réclamer des mesures sociales concrètes pour protéger le pouvoir d’achat, évoquant notamment un coût supplémentaire de 30 millions de dollars par cargaison de pétrole dans les mois à venir.
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