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Masy Goulamaly : «Refonder notre diplomatie, c’est redonner sens et crédibilité à la parole d’État»

21 novembre 2025, 17:00

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Masy Goulamaly : «Refonder notre diplomatie, c’est redonner sens et crédibilité à la parole d’État»

Masy Goulamaly, ancienne députée et figure respectée de la scène politique malgache.

Ancienne députée et figure respectée de la scène politique malgache, Masy Goulamaly a longtemps siégé au sein du Forum parlementaire de la Southern African Development Community (SADC) et du réseau «Women in Parliaments» (WIP). Aujourd’hui engagée dans la refondation des relations régionales, elle revient sur la situation politique de Madagascar, les enjeux de coopération avec Maurice, et la nécessité d’une diplomatie plus cohérente et responsable. Elle est pressentie pour remplacer l’ancien ambassadeur Camille Vital, récemment limogé, dans un contexte où les relations diplomatiques entre Maurice et Antananarivo doivent être consolidées.

?Vous avez été la cible de répressions politiques durant les années précédentes. Quel regard portez-vous aujourd’hui sur cette période ?

Je crois profondément que dans chaque épreuve se trouve une leçon pour la Nation. Ces années de tension n’ont pas seulement touché quelques personnalités ; elles ont ébranlé la confiance du peuple malgache dans ses institutions et dans la justice. J’ai été la cible de certaines pressions, mais je ne me suis jamais considérée comme une victime. Je me suis plutôt attachée à observer la force du peuple malgache : un peuple debout, digne et résilient, refusant le découragement. Ces moments difficiles ont renforcé ma conviction que la politique doit redevenir un instrument de reconstruction nationale et non un champ de règlements de comptes.

?Comment évaluez-vous l’état actuel des relations entre Madagascar et Maurice ?

Nos relations demeurent globalement positives, mais plusieurs dossiers exigent aujourd’hui un travail de clarification, d’apaisement et de raffermissement. Nous avons l’opportunité d’aller vers une coopération plus solide, plus transparente et tournée vers des résultats concrets. L’essentiel est désormais de consolider la confiance mutuelle, de clarifier nos priorités communes et de transformer nos intentions en actions tangibles. Une diplomatie mature repose sur la constance et la sincérité.

?Depuis le 11 octobre, tous les regards se tournent vers Maurice. Quelle est votre lecture de ces événements ?

Je tiens à rendre hommage au peuple mauricien et à ses institutions. Leur sens du devoir, de l’État de droit et de la coopération régionale est exemplaire. Maurice a démontré qu’une solidarité équilibrée entre États voisins peut produire des décisions fortes, transparentes et respectueuses. C’est un tournant diplomatique majeur qui doit inspirer l’ensemble de la région.

?Quelle lecture faites-vous du dossier concernant Mamy Ravatomanga ?

C’est un dossier complexe, transfrontalier et sensible. Je ne commenterai pas les procédures en cours, mais je rappelle que la justice mauricienne jouit d’une réputation de rigueur et d’indépendance. Il faut laisser les institutions travailler dans la sérénité. La maturité démocratique commence lorsque l’on fait confiance à la justice plutôt qu’aux rumeurs.

?Le limogeage récent de l’ambassadeur a fait grand bruit. Votre analyse ?

C’est une décision courageuse et nécessaire. En diplomatie, chaque geste compte. Cette mesure traduit la volonté du gouvernement de rompre avec certaines pratiques du passé et de rétablir la crédibilité de notre parole d’État. C’est un signal fort envoyé à nos partenaires, notamment à Maurice : Madagascar s’engage sur la voie de la transparence, de la responsabilité et de la refondation institutionnelle.

?Vous avez une solide expérience au sein de la SADC. Comment percevez-vous la coopération régionale aujourd’hui ?

La coopération régionale est la clé de la stabilité et de la prospérité partagée. Au sein de la SADC, j’ai travaillé sur la gouvernance, la paix et la participation des femmes à la vie publique. Aujourd’hui, nous devons aller plus loin : mutualiser nos forces face aux défis de sécurité, de climat, d’économie et de migrations. La solidarité africaine ne doit pas être un slogan, mais un plan d’action collectif.

?Vous parlez souvent de «refondation diplomatique». Qu’est-ce que cela signifie pour vous ?

Refonder la diplomatie, c’est redonner sens, cohérence et crédibilité à la parole de l’État. C’est passer d’une diplomatie réactive à une diplomatie proactive, ambitieuse et influente. Madagascar doit être force de proposition, moteur d’initiatives et acteur de stabilité. La refondation implique la discipline institutionnelle, la constance dans le message et l’exemplarité dans les actes.

?Quelle place accordez-vous à Maurice dans cette refondation ?

Maurice est un partenaire stratégique naturel. Nos deux pays partagent une histoire, une proximité géographique et des ambitions communes : sécurité maritime, commerce, innovation, jeunesse, circulation des talents. Une coopération renforcée peut devenir un modèle régional de stabilité, d’équilibre et de prospérité. Ensemble, nous pouvons bâtir un pôle d’influence dans l’océan Indien.

?Dans quels secteurs économiques voyez-vous les meilleures opportunités de coopération ?

Je considère que plusieurs secteurs offrent aujourd’hui des opportunités stratégiques pour approfondir notre coopération. Mon intention serait d’impulser ces dynamiques et d’agir comme un pont pour faciliter leur développement. La sécurité maritime constitue un premier domaine de convergence majeur, indispensable à la stabilité économique et à la protection de nos espaces souverains. De même, le secteur aérien présente un potentiel considérable, notamment à travers l’échange de bonnes pratiques, la modernisation des standards et l’amélioration de l’attractivité de l’investissement.

J’estime également qu’un rapprochement culturel fondé sur la diplomatie des peuples représente un levier puissant pour renforcer nos relations. Cela inclurait une collaboration accrue dans les domaines de l’éducation tertiaire, de la recherche scientifique, de l’égalité de genre, de la culture, du sport et des initiatives citoyennes liées à la protection de l’environnement. À cela s’ajoute la nécessité d’améliorer les conditions de la migration du travail entre Maurice et Madagascar, afin d’assurer une mobilité professionnelle plus encadrée, plus fluide et davantage protectrice.

Sur le plan économique, il serait pertinent de consolider les traités commerciaux bilatéraux tout en soutenant les organisations régionales telles que la Commission de l’océan Indien, l’Indian Ocean Rim Association, le Common Market for Eastern and Southern Africa, la SADC et l’Union africaine pour garantir une mise en œuvre plus harmonisée des cadres de coopération multilatérale. Enfin, une coopération sincère et opérationnelle dans la lutte contre la criminalité transnationale, la fraude et le blanchiment apparaît essentielle pour maintenir un environnement stable et sécurisé dans notre région.

En avançant simultanément sur ces différents axes, nous serons en mesure de renforcer durablement nos liens politiques et diplomatiques tout en créant les conditions d’un partenariat exemplaire, moderne et bénéfique pour nos deux pays.

?Quel rôle régional attribuez-vous à Maurice dans votre stratégie diplomatique ?

Maurice occupe un rôle majeur dans l’océan Indien : plateforme économique, acteur de stabilité, hub financier et technologique, médiateur régional. Son expertise et sa crédibilité en font un allié naturel. En parallèle, Maurice a besoin de partenaires solides comme Madagascar pour défendre ensemble la voix des petits États insulaires sur la scène multilatérale.

?Comment comptez-vous soutenir la communauté malgache à Maurice ?

Je renforcerai l’accompagnement des travailleurs et étudiants malagasy, notamment lors de leur installation et de leur intégration. Les services consulaires doivent devenir plus accessibles, plus réactifs et plus humains. Chaque compatriote doit trouver auprès de l’ambassade un soutien concret et fiable.

?Comment contribuerez-vous à la lutte contre la criminalité transnationale, la fraude et le blanchiment ?

La refondation diplomatique implique aussi une responsabilisation accrue. Je renforcerai la collaboration judiciaire, sécuritaire et économique avec les autorités mauriciennes. La prévention, la détection et la réponse aux activités criminelles devront être coordonnées et transparentes.

?Comment garantirez-vous une diplomatie transparente et respectueuse des lois mauriciennes ?

La diplomatie impose le respect strict des lois et des institutions du pays hôte. Les immunités diplomatiques seront exercées dans leur cadre strict, jamais comme un privilège. Je m’engage à instaurer une pratique exemplaire, transparente et disciplinée, en maintenant un dialogue constant avec les autorités mauriciennes.

?Quel message souhaitez-vous adresser à vos compatriotes ?

Le temps du renouveau est arrivé. Madagascar a souffert, mais Madagascar se relève. Nous devons croire en nos forces, restaurer la dignité nationale et redonner confiance à notre jeunesse. L’avenir se construit dans l’unité, la responsabilité et la foi en notre Nation. Notre pays a tout pour réussir si chacun accepte de prendre sa part dans la refondation collective.

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