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Nécrologie
Marcel Poinen: «Li pou kontinie sante»
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Marcel Poinen: «Li pou kontinie sante»
Artiste, mais pas figé dans une case. Artiste, les yeux grands ouverts. Pour reconnaître le talent des autres, pour critiquer les vaines promesses. Pour savoir s’en aller aussi. Marcel Poinen est parti, hier matin, à l’hôpital Jeetoo, où il était admis. Lui qui s’est vaillamment battu contre un cancer, depuis que le diagnostic était tombé en octobre 2024.
La lumière dans ses yeux au fond clair aura éclairé tant de sujets. En quelques refrains, il a montré qu’une chanson qui fait danser pouvait servir à parler de choses sérieuses. Auteur-compositeur-interprète, Marcel Poinen est la plume derrière Sarbon (1977), Gale gale (1979) popularisé par son ami Gaëtan Abel, mais aussi Kayambo, repris par Sandra Mayotte en 2012.
Au tournant des années de braise, Marcel Poinen est exact au rendez-vous de la chanson engagée. Il donne de la voix au Grup Kiltirel de l’Institut pour le développement et le progrès. Se fait entendre dans le Grup Rezin Ver, le Grup Folklorik Port- Louis, forgeant ses convictions artistiques et politiques à la flamme du vécu.
Marcel Poinen, qui a grandi dans le quartier des Salines à Port-Louis, était resté ultra-sensible au sort d’autres en- fants de la capitale. Avec le regretté José Thérèse, il était co- fondateur de l’Atelier Mo’zar, cette nouvelle chance donnée à des enfants en difficulté sociale et scolaire de voguer vers un autre destin, loin des dérives prédestinées. Son parcours musical l’avait fait grimper jusqu’à la présidence de la Mauritius Society of Authors. Mais en 2005, il avait été limogé.
Ce qui n’avait pas freiné son élan créatif. Il était monté sur les planches avec la Trup Sapsiway de Gaston Valayden. Avait porté des pièces comme Baraz et Madogs of Diego. Avant de s’essayer à la mise en scène, en 2013, en dirigeant un one-man show joué par Gaston Valayden, Letiket. Une pièce qui appelle à en finir avec le noubanism.
Marcel Poinen avait aussi la fibre reconnaissante. Respectueux des illustres prédécesseurs qui ont contribué à façonner la culture mauricienne. Il a participé à plusieurs initiatives rendant l’hommage à Ti Frer. Parmi, le livret-CD Ti Frer Nu Gran Frer, avec des inédits, édité par le Blue Penny Museum. Marcel Poinen tenait le griot Fanfan en haute affection. Avec Sarojini Seeneevassen, il avait transcrit et publié un recueil des plus belles histoires de Fanfan.
En 2020, le journaliste Jean Clément Cangy lui avait consacré une biographie, Ti payanke rakont mwa Marsel Poinen créateur culturel. À ce moment-là, Marcel Poinen avait déjà radicalement changé de vie. Il s’était transplanté à Rodrigues, s’y était recyclé en planteur, sans cesser d’observer avec acuité vie artistique, soubresauts politiques, vie tout court. À Rodrigues, il avait été sensible à la corvée de grenn may. Au point d’inventer une machine domestique pour faciliter le travail. Il s’était aussi intéressé à la beauté des spécificités, comme les traditions pour fêter le nouvel an. Traditions et authenticité que Latroup Ganding était venue partager sur la scène du Caudan Arts Centre en 2022, avec Bananin koste, mise en scène par Marcel Poinen.
Le nouvel an 2026 à peine entamé, Marcel Poinen s’en est allé. Non sans nous avoir partagés un dernier brin de sagesse à propos des élections générales de 2024, campagne qu’il a suivie à Maurice, où il était revenu se faire soigner. «En réalité, ce n’est pas 60-0 mais 64-0. C’est la République qui a décidé. C’est du jamais-vu. C’est une leçon des Rodriguais sur comment être républicain. Cela nous montre que le peuple peut faire des choses au-delà de ce que le politicien avait pensé.»
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