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Professionnalisation artistique

Manu Desroches et Jean-Christophe Jeannine : «Full time partners»

29 septembre 2025, 15:00

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Manu Desroches et Jean-Christophe Jeannine : «Full time partners»

■ Manu Desroches (à dr.) et son manager, Jean-Christophe Jeannine, regardent dans la même direction. Photo: Tony Fine

Vendredi soir, rue du Vieux Conseil. Le 27 septembre, Manu Desroches a assuré la première partie de l’ultime concert de Crossbreed Supersoul. En coulisses et sur le pavé, le manager de l’artiste, Jean-Christophe Jeannine, veille aux détails. Chronique de la professionnalisation d’un chanteur et multi-instrumentiste avec Derock Lab.

Ne rien faire au petit bonheur la chance. Quand l’artiste se propose de procurer de grandes joies au public. C’est avec énergie que Manu Desroches, chanteur et multiinstrumentiste, a assuré la première partie de l’ultime concert de Crossbreed Supersoul. C’était le 27 septembre, sur la scène plantée rue du Vieux Conseil, à Port-Louis..

Derrière l’artiste, une silhouette omniprésente. Celle de Jean-Christophe Jeannine, son manager. L’autre moitié de Derock Lab, la structure montée en solo par Manu Desroches en 2023. Pourquoi l’artiste a-til trouvé important de s’entourer ? «Plus qu’important, c’est essentiel», précise le créatif. «Dans le monde musical professionnel, il y a des tourneurs, des organisateurs de festivals qui ne travailleront jamais avec un artiste directement. Ils n’engagent pas un artiste qui n’a pas de manager.» Certes, il y a chanteurs qui se gèrent eux-mêmes, «je ne dirais pas que c’est impossible, mais c’est très difficile», affirme Manu Desroches.

À quel moment a-t-il décidé de s’entourer ? Il y a environ deux ans, il se rend à l’évidence. «Il y a plein de choses que je ne fais pas bien ou que je n’aime pas faire.» Exemple ? «Répondre à tous les mèls. J’ai un blocage quand je les regarde. Monter et envoyer des dossiers, démarcher des concerts et en même temps, répéter, donner le concert, gérer les musiciens, la présence sur les réseaux sociaux, c’est compliqué.»

Enter Jean-Christophe Jeannine. Ils se rencontrent lors d’un concert (what else?) du groupe de maloya réunionnais, Lindigo, lors du festival One Live, au Café du Vieux Conseil. Cela remonte à une décennie. À l’époque, Jean-Christophe Jeannine a terminé ses études en hôtellerie chez Vatel, en France. Avant de partir pour les études, il jouait de la guitare et chantait dans un groupe. «J’étais le moins talentueux des musiciens du groupe», avoue-t-il. «J’ai compris que mon talent est ailleurs.»

Au fil du temps, ils deviennent «super amis» au point où Manu Desroches lui confie qu’après les concerts, «il ne se fait pas souvent payer. Ce n’était pas la faute des organisateurs. C’était parce qu’il avait des difficultés pour envoyer et gérer les factures». Jean-Christophe Jeannine accompagne alors l’artiste tout en continuant à travailler dans l’hôtellerie jusqu’à devenir Resident Manager de Mythic Suites and Villas, à Grand-Gaube. En parallèle, il «donne un coup de main» au groupe Lespri Ravann.

Surviennent des ennuis de santé. Un temps d’arrêt qui pousse Jean-Christophe Jeannine à revoir son orientation professionnelle. Février 2024, arrive le moment décisif. Le directeur d’hôtel se tourne vers Manu Desroches. Pour lui annoncer son envie de quitter l’hôtellerie et être à temps plein chez Derock Lab. «La première chose qu’il m’a dit, c’est: Ne fais pas ça.» Car les enjeux sont conséquents: quitter un salaire de directeur à cinq chiffres et les avantages qui vont avec. «Pour moi, ce n’était pas une question d’argent. Je voyais bien que Manu est plus costaud dans ce qu’il fait que moi en tant que directeur.»

Côté vie privée, les horaires de travail de directeur ont un impact sur le jeune couple de Jean-Christophe Jeannine. Son épouse vit au jour le jour ses changements d’humeur, voit le visage qui s’éclaire dès qu’il est question de «Manu». «Elle m’a dit que l’on avait ce qu’il fallait pour vivre, qu’on n’avait plus de loyer à payer et qu’on n’avait pas besoin de devenir millionnaire. Qu’elle garderait son job», qu’elle l’épaulerait le temps que sa situation financière dans sa nouvelle carrière se stabilise. Rasséréné, Jean-Christophe Jeannine remet tout à plat avec Manu Desroches.

Mars 2024, il soumet sa démission. Mai 2024, après trois mois de préavis, il commence chez Derock Lab. «Et là, c’est le grand vide. Ce n’est qu’une fois dedans que je me suis demandé ce que je faisais là. Peut-être que si la remise en question s’était déroulée avant le grand saut, les chiffres de ce que l’on perçoit pour vivre, à Derock Lab, m’auraient fait peur.»

Le décideur en lui reprend le dessus. «Manu Desroches, ce n’est pas uniquement l’artiste. Il est géré par Derock Lab, dont il est le fondateur et le co-directeur.» Le board consti- tué de deux personnes voit d’abord Derock Lab comme un label. Mais une bouffée d’humilité les pousse à devenir «une société de production de sons dans un premier temps».

Plusieurs axes de l’entreprise Derock Lab sont définis. Une stratégie de commercialisation qui va de l’imprimé au numérique est établie. «Ce n’est pas juste prendre quelqu’un de talentueux et le faire jouer dans tel ou tel endroit.» Des objectifs à court, moyen et long termes sont fixés. «Sortir un single, puis un album, puis un clip, puis un spectacle, puis un second spectacle. Tout ça, c’est déjà fait», souligne avec fierté Manu Desroches (NdlR, le single La Terre a été lancé en janvier 2024 suivi de Viv Vre. L’EP Chapter of Sound est sorti le 14 mai. Le second concert a eu lieu le 23 août au Caudan Arts Centre. Entre les deux, le 20 juillet, Manu Desroches a fait la première partie du concert de UB 40 au SVICC à Pailles).

Jean-Christophe Jeannine plonge en immersion dans l’univers de l’événementiel. Jongle avec des règles de certains lieux de concerts, «qui exigent que trois semaines avant une prestation, l’artiste ne se produise pas. Parce que si le public vient de voir l’artiste sur scène, pourquoi va-t-il se déplacer à nouveau ?». Ils font des sauts à l’Indian Ocean Music Market pour étoffer le carnet d’adresses, «comprendre comment ça fonctionne».

Il y a aussi eu Ritmik Akademi : l’accompagnement de dix talents émergents pendant trois mois lors d’ateliers de présence scénique, de chant, de composition, avec une série d’intervenants. «C’est le volet transmission que Manu a à cœur. Il m’a raconté comment il avait galéré et qu’il souhaite aider les plus jeunes (NdlR, Manu Desroches aura 30 ans le 25 octobre).»

Prochaine étape : un concert en plein air. Continuer la promotion de l’EP Chapter of Sound à Maurice et en France. «Push» pour s’exporter. Ne serait-ce que pour des showcases qui augmentent la visibilité à l’artiste. «Si La Réunion veut nous accueillir, c’est avec plaisir. Si le monde veut nous accueillir, c’est avec plaisir. Même s’il ne veut pas nous accueillir, nous finirons par y arriver, petit à petit». Manu Desroches en est convaincu.


Naviguer entre l’artistique et l’administratif

Les décisions artistiques sont-elles hors limite pour le manager qu’est Jean-Christophe Jeannine? «Manu Desroches n’est pas un produit», défend-il. Il précise que chez Derock Lab, il est employé en tant que gérant. La société lui verse un salaire de manager. Et la société verse un salaire à l’artiste Manu Desroches. Et au «board», ils sont à 50-50. La société veut aussi s’associer à d’autres artistes. Elle a commencé avec le concert de Jhonny Joseph. Elle travaille aussi avec Fabrice Thomas, trompettiste.

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