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Terres pillées, récoltes volées

L’urgence d’agir face aux violences agricoles

5 août 2025, 10:00

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L’urgence d’agir face aux violences agricoles

(Photo d'illustration)

Un drame a secoué la petite communauté agricole de Riche-Mare durant le week-end, où Sébastien Saumou aurait été battu à mort après avoir été surpris en train de voler 35 kilos de piments dans un champ. Si cet épisode violent a suscité une vive émotion, il révèle surtout une réalité bien plus vaste et inquiétante pour les planteurs locaux : le vol dans les champs est devenu monnaie courante, alimenté par un contexte social difficile et souvent suivi d’actes de violence.

Pour les cultivateurs de la région, ce drame n’est malheureusement que la partie visible d’un iceberg bien plus profond. «On est régulièrement victimes de vols, parfois accompagnés de violences», témoigne Krit Beeharry, membre de la plateforme Planteur des îles. Selon lui, la société actuelle, qui ne respecterait plus les valeurs fondamentales, laisse la place à des voleurs et à des toxicomanes prêts à tout pour obtenir de quoi se procurer une dose quotidienne.

Face à ce constat, Krit Beeharry propose plusieurs pistes pour lutter contre ce fléau. «L’installation de caméras de surveillance dans les champs pourrait être une solution.» Il reconnaît cependant la difficulté pour un planteur isolé d’investir dans un tel dispositif. Il suggère donc que le gouvernement intervienne dans les zones où les plantations sont nombreuses en installant des caméras Safe City. «Même si le voleur cache son visage dans le champ, une fois dans son véhicule, il peut être repéré et suivi.» Pour faciliter le fonctionnement des caméras, Krit Beeharry demande aussi que de petites zones photovoltaïques soient mises à disposition des planteurs, afin d’assurer l’alimentation électrique dans les champs. Il insiste aussi sur la nécessité d’éclairer les champs et leurs accès, car «souvent on travaille dans l’obscurité totale, ce qui facilite les vols et les embuscades».

Parmi les produits les plus ciblés, ce sont souvent les légumes chers comme les piments, choux-fleurs et brocolis qui sont volés, affirme Krit Beeharry. «Moi-même, j’ai été agressé. On a essayé de me donner un coup de sabre. Heureusement que ma veste a amorti le choc.» Face à ce climat, la communauté des planteurs réclame davantage de soutien des autorités. Krit Beeharry suggère notamment un renforcement des contrôles via la Special Mobile Force avec la mise en place de road blocks aux heures critiques. «Quand un camion ou une moto transporte des légumes, les agents pourraient vérifier l’origine des produits et demander aux planteurs leur carte d’identité agricole, que tous possèdent. Cela permettrait de décourager les voleurs et d’encadrer la circulation des produits.»

Un autre obstacle majeur pour les planteurs victimes de vols est la complexité des procédures pour porter plainte. «Le planteur doit souvent se déplacer plusieurs fois, attendre qu’un officier se déplace pour constater les faits, puis, retourner au poste pour déposer une déposition. Il perd facilement une demi-journée.» Ce fardeau administratif pousse beaucoup à ne pas signaler les vols, ce qui encourage l’impunité. Krit Beeharry suggère : «Le planteur pourrait simplement envoyer des photos des dégâts, appeler la police qui connaît déjà son nom et faire enregistrer la plainte directement sur place.» Il lance aussi un appel aux consommateurs. «Il ne faut pas encourager les marchands ambulants qui achètent des légumes volés. Ces produits ne sont parfois pas nettoyés et peuvent être nocifs. Il faut sensibiliser le public et appliquer des sanctions plus sévères pour dissuader ce marché parallèle.»

De son côté, Kreepalloo Sunghoon, secrétaire de la Small Planters Association, apporte un regard complémentaire. «Les voleurs revendent leurs produits à des marchands qui, ensuite, les introduisent dans le circuit de distribution. Il faut que seuls des planteurs certifiés puissent participer aux encans, munis de leur carte d’identification. Un reçu devrait être délivré à chaque vente, ce qui permettra un meilleur contrôle.» Il insiste aussi sur la nécessité d’une présence policière plus régulière sur les routes où circulent ces marchandises. À plus long terme, Kreepalloo Sunghoon préconise la création de clusters, des espaces agricoles regroupant plusieurs planteurs sur une centaine d’arpents, entourés d’un mur d’enceinte sécurisé avec une seule entrée et sortie contrôlée. Il rappelle aussi : «Il faut aussi s’attaquer aux racines du vol, qui reflète souvent une détresse sociale.»

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