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Sir Seewoosagur Ramgoolam
L’héritage d’un visionnaire pour Maurice
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Sir Seewoosagur Ramgoolam
L’héritage d’un visionnaire pour Maurice
@Photos d’archives.
Affectueusement surnommé Chacha, sir Seewoosagur Ramgoolam (SSR) demeure l’un des piliers de l’histoire mauricienne. Il a incarné la lutte pour l’indépendance, la modernisation et l’unité nationale. Né dans une famille de travailleurs engagés venus d’Inde, il a très tôt été confronté aux difficultés économiques et aux injustices sociales. Ces expériences ont façonné sa sensibilité envers les plus démunis et son engagement pour la justice sociale.
Après des études au Collège Royal de Curepipe, SSR s’envole pour l’Angleterre en 1921 pour des études de médecine. Là-bas, il découvre un univers intellectuel foisonnant : il fréquente le British Museum, se rapproche de la Fabian Society et s’implique dans l’Indian National Congress londonien. Ses rencontres avec des figures comme George Lansbury et Mahatma Gandhi l’ouvrent à de nouvelles perspectives politiques et sociales et nourrissent sa conviction que Maurice mérite de devenir une nation libre et prospère.
À son retour à Maurice en 1935, il constate un pays encore marqué par la pauvreté, les échecs agricoles et le mécontentement populaire. Cyclones, sécheresses et fluctuations du prix du sucre aggravent la situation. SSR utilise la presse pour faire entendre sa voix et défendre les travailleurs : il fonde le journal Advance en 1940 et sous le pseudonyme Thumb Mark II, plaide pour le droit de vote universel, la réforme sociale et économique ainsi que l’amélioration des conditions de vie des planteurs de canne à sucre.
Sa carrière politique débute officiellement en 1940 lorsqu’il intègre le Conseil législatif. Rapidement, il se distingue par son engagement pour la classe laborieuse et sa capacité à unir différentes forces politiques autour d’objectifs communs. En 1947, il rejoint le Parti travailliste et en devient le leader en 1958. À travers des alliances stratégiques et un dialogue constant, il construit les bases d’un État démocratique capable de résister aux pressions internes et externes.
En 1965, SSR est nommé Chief Minister et ministre des Finances. Trois ans plus tard, l’aboutissement de son combat se concrétise : Maurice accède à l’indépendance. Premier ministre dès 1968, il s’attaque immédiatement à trois priorités : stabilité politique, développement économique et ouverture internationale. Sa diplomatie avisée et son sens stratégique permettent au pays de naviguer dans un environnement régional complexe, marqué par la guerre froide et les tensions post-coloniales.
Sur le plan économique, SSR initie un plan ambitieux pour diversifier les revenus, créer des emplois et moderniser les infrastructures. Il encourage l’industrialisation avec l’Export Processing Zone, soutient le tourisme et renforce l’agriculture sucrière. Grâce à des négociations habiles, Maurice intègre la Banque africaine de développement et signe des accords commerciaux avec l’Europe et l’Afrique, garantissant des conditions favorables pour l’exportation de produits clés comme le sucre et les textiles.
Ses réformes sociales sont tout aussi marquantes. SSR instaure l’éducation gratuite, crée le National Pensions Scheme et élargit l’accès aux soins de santé. Il abaisse l’âge du vote à 18 ans et nomme à des postes ministériels des femmes, dont Radha Poonoosamy. Ces mesures témoignent de sa vision d’une société équitable, où le progrès économique s’accompagne de justice sociale.
La diplomatie de SSR est également exemplaire. Il tisse des liens avec l’Inde, la Chine, l’Union soviétique et l’Afrique, tout en positionnant Maurice au sein du Commonwealth et du mouvement des pays non-alignés. Son objectif est clair : assurer la souveraineté du pays et développer des partenariats stratégiques. Les bénéfices de cette approche se font sentir immédiatement, Maurice renforçant sa position internationale et bénéficiant de programmes de développement, de bourses d’études et de coopération économique durable.
Malgré ces succès, SSR fait face à de nombreux défis. Entre tensions politiques internes, manifestations étudiantes, cyclones et crises économiques, il fait preuve de pragmatisme et de diplomatie. La formation de coalitions, même avec des adversaires, et le maintien du dialogue sont essentiels pour préserver la paix sociale. Son approche prudente, parfois critiquée, contribue à consolider les institutions et à éviter des conflits majeurs.
SSR est aussi reconnu pour sa conception éthique de la politique. Pour lui, l’engagement politique n’est pas un moyen de s’enrichir mais une mission au service de la nation. Son souci constant de la justice sociale guide toutes ses décisions et renforce la confiance que lui portent les Mauriciens.
Après sa défaite électorale en 1982 face au Mouvement militant mauricien et au Parti socialiste mauricien, SSR accepte la transition avec dignité. Nommé gouverneur général en 1983, il continuera à servir son pays jusqu’à sa disparition en décembre 1985. Ses funérailles, suivies par des foules massives et des dignitaires internationaux, témoigneront de l’impact profond de son œuvre sur la nation.
L’héritage de SSR dépasse largement le cadre politique. Il a transformé Maurice, autrefois dépendante et sous-développée, en un État moderne, prospère et reconnu sur la scène internationale. Ses initiatives en matière d’éducation, de santé, de sécurité sociale et de politique étrangère continuent d’influencer la vie des Mauriciens. Les avancées économiques et diplomatiques de l’île sont un témoignage concret de sa vision et de son action.
Aujourd’hui, SSR reste un symbole de liberté, de progrès et d’unité nationale. Son parcours illustre qu’une vision claire, conjuguée à l’intégrité et à l’engagement, peut changer le destin d’un pays. Ses réformes et sa diplomatie ont permis à Maurice de se positionner comme un acteur crédible et respecté dans le monde.
SSR incarne l’exemple d’un leader qui, issu de conditions modestes, a su bâtir une nation moderne et indépendante. Visionnaire, pragmatique et humain, il démontre que le leadership politique guidé par des principes solides et un sens du devoir peut transformer une société. L’île Maurice d’aujourd’hui, stable, prospère et respectée internationalement, est le reflet concret de son engagement.

** La sentinelle publie un livre commémoratif pour les 125 ans de SSR**
À l’occasion du 125e anniversaire de naissance de SSR, La Sentinelle Ltée dévoilera un livre commémoratif demain, 18 septembre, en présence du Premier ministre Navin Ramgoolam, son fils. Cet ouvrage, présenté comme un beau livre, propose un voyage à travers la vie et l’œuvre du père de la nation. Présentant une riche iconographie, il révèle des moments marquants et parfois inattendus de son parcours, depuis sa victoire électorale de 1967 jusqu’à ses dernières années au château du Réduit en 1985. Les lecteurs découvriront SSR sous de multiples facettes : au travail dans son bureau, haranguant les foules, ou encore échangeant avec des figures internationales, comme le général de Gaulle. L’ouvrage capture aussi ses moments plus intimes, le montrant riant avec sir Harilal Vaghjee, dansant lors de réceptions, rencontrant des travailleurs d’usine, ou même bêchant la terre dans un jardin. Une vie à redécouvrir et à apprécier.
** Dans l’intimité, vu par sa fille Soonita Ramgoolam-Joypaul**
À l’occasion du 125e anniversaire de naissance de sir Seewoosagur Ramgoolam (SSR), figure fondatrice de l’indépendance mauricienne, sa fille évoque un père loin de la statue officielle : un homme simple, attentionné et passionné. Derrière l’image publique du Premier ministre, celle d’un homme politique constamment sollicité, subsistait celle d’un père attentif. «Même s’il était très occupé, papa trouvait toujours du temps pour nous», insiste Soonita Ramgoolam-Joypaul.

Loin de l’agitation des débats et des discours, c’est autour de la famille, des livres et des animaux que SSR a transmis à ses enfants ses valeurs. Dans la bibliothèque familiale se côtoyaient auteurs français, anglais et indiens, parmi lesquels des premières éditions de T.S. Eliot, poète de renom et ami personnel de SSR. Cette atmosphère intellectuelle a façonné le goût de lecture de sa fille. «C’est lui qui m’a donné cet amour des livres.»
SSR nourrissait aussi une profonde affection pour les animaux. À la maison, les dindes offertes en cadeau devenaient des compagnons plutôt que des mets de fête. Il n’hésitait pas non plus à recueillir et soigner des bêtes blessées, comme ce chien accidenté par son chauffeur, adopté par la famille après avoir été soigné.
Mais comment cet homme aux responsabilités écrasantes vivait-il sa paternité ? Sans protocole, répond notre interlocutrice. Il n’imposait pas de trajectoires toutes tracées à ses enfants. «Il nous laissait choisir nos études. Il nous accompagnait même à l’étranger pour nous montrer comment prendre le bus ou le métro», se souvient-elle. Ce geste simple illustre une philosophie éducative faite d’autonomie et de confiance.
Si la politique occupait l’essentiel de sa vie, SSR n’en faisait pas un sujet de conversation quotidienne. Les discussions survenaient surtout lorsque des figures comme Guy Rozemont ou Renganaden Seeneevassen venaient à la maison. «Papa regrettait profondément leur disparition prématurée», raconte Soonita Ramgoolam-Joypaul. Elle se rappelle aussi le respect qu’il vouait à ses adversaires, en particulier sir Gaëtan Duval, avec qui il entretenait une relation cordiale malgré leurs divergences d’opinions.
La demeure familiale à la rue Desforges, transformée en SSR Memorial Centre for Culture, reste pour Soonita Ramgoolam-Joypaul, le théâtre d’une vie familiale foisonnante. À travers le récit de sa fille, le Père de la Nation se dessine différemment : non seulement le visionnaire qui a conduit Maurice à l’indépendance, mais aussi l’homme profondément humain et attaché à sa famille, aux livres et aux animaux.
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