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Santé publique

Les soignants démoralisés par les propos du ministre

1 septembre 2025, 14:30

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Les soignants démoralisés par les propos du ministre

Les propos récents du ministre de la Santé, Anil Bachoo , publiés sur les réseaux sociaux, continuent de faire réagir. S’il a salué le dévouement d’une grande partie du personnel soignant, il a aussi pointé du doigt un «petit groupe» accusé de manquer de compassion et de ternir l’image du secteur. Cette déclaration, doublée de l’annonce d’une unité spéciale chargée de mener des visites surprises dans les hôpitaux, a provoqué une onde de choc dans le corps médical. Médecins, infirmiers et leurs représentants syndicaux dénoncent un climat de suspicion, de démoralisation et d’injustice.

Pour le Dr Vinesh Sewsurn, président de la Federation of Civil Service and Other Unions (FCSOU), ces propos sont vécus comme un coup de massue par les médecins. «Ils se sentent découragés. Depuis la pandémie de Covid-19, ils travaillent corps et âme, avec un rythme effréné. Après le Covid, plusieurs collègues ont quitté le service généraliste pour se spécialiser ou ont obtenu des promotions. Résultat : les effectifs ont fondu, et ceux qui restent doivent assumer encore plus de charges pour mainte- nir la continuité des soins. Malgré cela, on les accuse publiquement…»

Selon lui, le ministre a agi avec précipitation en publiant son message sans investigation préalable. «Sur le terrain, la réalité est complexe. À l’hôpital de Flacq, par exemple, l’introduction du projet E-health exige énormément de temps pour remplir les formulaires en ligne. Chaque patient prend plus de temps à être suivi et des retards s’accumulent. Ce n’est pas de la négligence, c’est une conséquence directe d’un système imposé sans moyens supplémentaires.»

Ce service, qui fonctionne de 8 heures à 22 heures, génère par ailleurs un flux constant de patients. À la fermeture, les cas non traités sont envoyés aux urgences, augmentant encore la pression sur le personnel. «Cette nuit-là, tous les médecins étaient présents, toutes les salles occupées. Il fallait comprendre la source du problème au lieu de pointer du doigt les soignants», insiste le Dr Sewsurn. La question des horaires revient avec insistance dans les témoignages. «Officiellement, nous sommes censés travailler 40 heures par semaine. En réalité, ce sont 60 à 65 heures. Ils acceptent de le faire pour ne pas interrompre le service, mais aujourd’hui, au lieu d’être remerciés, on leur parle de sanctions.»

Même constat du côté des infirmiers. Le secrétaire général de la Nurses Union, Bholanath Jeewuth, rappelle que le resting time – ces périodes de repos nocturnes indispensables pour récupérer – est une réalité incontournable. «On ne peut pas demander à un soignant de commencer à 9 heures du matin, de travailler jusqu’au soir, puis d’enchaîner un service de nuit sans pause. Le manque d’effectifs est criant et cette fatigue chronique fragilise tout le monde.»

Pour lui, la solution passe par un plan de recrutement massif. «Le ministre lui-même a reconnu qu’il manque environ 1 500 personnes pour les cinq hôpitaux centraux. Il faut donc ouvrir plus largement les portes de l’école de nursing et assurer des recrutements réguliers. Certes, le travail de nuit peut rebuter les jeunes, mais avec un encadrement adapté, ils peuvent s’intégrer.»

Au-delà des chiffres et des procédures, c’est le moral des troupes qui inquiète. Les syndicats redoutent que le public, influencé par les propos ministériels, se retourne désormais contre les soignants. «Nous sommes tous conscients qu’il y a parfois des manquements, qu’il existe des brebis galeuses. Mais il faut éviter les généralisations et privilégier le dialogue. Le ministère aurait dû consulter les directions hospitalières et les syndicats avant de s’exprimer publiquement», plaide le Dr Sewsurn.

En filigrane, les professionnels disent leur frustration face à une impression d’isolement et de manque de reconnaissance. Derrière les chiffres d’heures supplémentaires, les rotations nocturnes et les nouvelles procédures, ce sont des femmes et des hommes qui tiennent à bout de bras le système public de santé. Les visites surprises annoncées risquent de les mettre davantage sous pression au lieu de renforcer leur motivation.

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