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Rapport sur le «MV Wakashio»

L’équipage cherchait du réseau, Maurice paie la facture

3 octobre 2025, 08:30

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L’équipage cherchait du réseau, Maurice paie la facture

Le rapport tant attendu de la cour d’investigation sur l’échouement du MV Wakashio, rendu public hier, livre un constat accablant : un enchaînement d’erreurs humaines, de négligences institutionnelles et une absence criante de préparation ont conduit à l’une des plus grandes catastrophes environnementales de l’histoire de Maurice.

Le 25 juillet 2020, le vraquier japonais long de 300 mètres s’échoue sur les récifs au large de Pointe-d’Esny. Quelques jours plus tard, la coque se brise, libérant près de 1 000 tonnes de fioul lourd dans un lagon d’une richesse écologique exceptionnelle. Selon le rapport, ce drame aurait pu être évité.

Les enquêteurs décrivent une scène surréaliste : dans les minutes précédant l’échouement, le capitaine et ses officiers n’étaient pas concentrés sur la navigation. Le chef de quart cherchait du réseau téléphonique pour joindre sa famille, le cadet de veille avait quitté son poste et le capitaine, sous l’emprise de l’alcool, discutait davantage de connexions internet que de sécurité maritime. Résultat : personne n’avait réalisé que le Wakashio filait droit vers les récifs à pleine vitesse. La cour parle d’un «manquement total aux règles élémentaires de navigation».

Mais la responsabilité ne s’arrête pas à l’équipage. Le rapport souligne aussi les défaillances du système de surveillance mauricien. Le navire, en violation de la règle du passage inoffensif, est resté sans contact avec la National Coast Guard, alors qu’il approchait dangereusement des côtes. Quinze minutes avant l’impact, aucune alerte n’avait encore été déclenchée. L’en- quête évoque une «omission coupable» des autorités, qui n’ont pas su réagir à temps. À ces manquements s’ajoute la lenteur de la réponse après l’accident.

Il aura fallu près de deux semaines pour décréter l’état d’urgence environnementale, retardant d’autant les opérations de pompage et de confinement. Les institutions ont travaillé en silos, parfois dans une confusion totale. Des organisations non gouvernementales comme Eco-Sud, mobilisées sur le terrain, ont dénoncé le manque de transparence et de concertation.

Les chiffres avancés par la cour donnent la mesure du drame : environ 96 km2 de récifs coralliens et d’habitats marins ont été détruits, pour un coût estimé à près de USD 2,5 milliards. Au-delà des pertes immédiates, le rapport alerte sur les risques sanitaires à long terme liés à la contamination par les hydrocarbures et les métaux lourds. L’écosystème côtier, essentiel à la biodiversité mais aussi à la pêche et au tourisme, restera marqué pour des décennies.

Face à ce constat, la cour d’investigation appelle à des réformes profondes. Parmi ses recommandations phares figurent la révision du National Oil Spill Contingency Plan, une meilleure coordination entre institutions, des investissements dans la formation et l’équipement, ainsi que la mise en place de zones maritimes interdites aux grands navires. Elle insiste aussi sur la nécessité d’intégrer davantage les communautés locales à la gestion des zones côtières et de renforcer la coopération régionale, notamment au sein de la Commission de l’océan Indien.

Au-delà de la recherche des responsabilités, le rapport met en lumière la vulnérabilité du pays face aux risques maritimes. Situé au cœur de routes stratégiques de navigation, Maurice doit impérativement tirer les leçons de cette tragédie et se préparer à d’autres catastrophes potentielles. «Nous ne pouvons pas nous permettre un deuxième Wakashio», conclut le document.

Le ministre de l’Économie bleue, Arvin Boolell, a commenté la publication du rapport: «Le gouvernement a tenu sa promesse en le rendant public. Le travail de la cour présidée par le juge Abdurafeek Hamuth et ses assesseurs a été remarquable et complet. J’avais moi-même déposé et plusieurs Private Notice Questions ont été posées au Parlement. Le rapport met en évidence que l’ancien gouvernement a été censuré. Ni le Premier ministre ni les ministres de la Pêche et de l’Environnement de l’époque n’ont déposé devant la cour. Avec raison, le rapport est public aujourd’hui.»

La publication de ce rapport ne tourne pas la page, mais ouvre une nouvelle ère : celle des comptes à rendre et des décisions à prendre. Pour Maurice, c’est un avertissement sévère mais aussi une opportunité d’agir pour renforcer sa résilience et protéger un patrimoine marin unique.

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