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Le retour avorté de Bérenger (ou l’impasse de l’entre-deux)

8 avril 2026, 03:59

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Paul Bérenger devait revenir au Parlement ce mardi. Il l’avait annoncé samedi. Mais il ne reviendra pas. Pas encore ! Après trois séances parlementaires boudées, le leader du MMM – dont le parti est solidement arrimé au gouvernement de Navin Ramgoolam – préparait son «grand retour». Le scénario était écrit : une entrée calculée, une mise en scène de l’entre-deux, cette posture devenue sa signature – ni au gouvernement, ni dans l’opposition. Mais à la veille du lever de rideau, tout s’effondre. Bérenger réalise – tardivement – une évidence constitutionnelle : on ne siège pas sur les bancs de l’opposition en restant à la tête d’un parti au pouvoir.

Après les critiques de la presse et de l’opinion, il s’en est rendu compte. Mais il ne sait plus quoi faire. Rester ? Partir ? MMM ? Nouveau parti ? La vérité est plus crue : il est bloqué. Et il ne contrôle plus rien.

Ce revirement n’est pas anodin. Il intervient aussi après la lettre ferme envoyée, hier, par le whip de l’opposition, Adrien Duval, à la speaker, Shirin Aumeeruddy-Cziffra, rappelant une règle élémentaire : une démocratie parlementaire repose sur une ligne claire entre ceux qui gouvernent et ceux qui s’y opposent. Pas de zone grise. Pas de demi-posture. Pas de fiction politique.

Bérenger pensait pouvoir inventer une troisième voie institutionnelle. Une sorte de «backbenching stratégique», juridiquement fragile, politiquement intenable. Mais la tradition de Westminster a mis à nu la contradiction. Désavoué à 49 voix contre deux au sein de son propre parti, Bérenger apparaît désormais en décalage – avec les institutions, mais aussi avec sa base.

Le coût est aussi démocratique. Pendant que le pays débat de textes lourds, comme l’Anti-Money Laundering Bill, certains élus choisissent encore de bouder l’hémicycle. Or, un mandat parlementaire n’est pas une option. C’est une responsabilité. Les électeurs n’ont pas voté pour des stratégies d’appareil. Ils ont voté pour une présence, une voix, un contrôle.

En repoussant son retour après l’Assemblée des délégués du 11 avril, Bérenger ne gagne pas du temps. Il en perd. Son entre-deux n’est plus une stratégie. C’est une impasse.

À force de vouloir être partout, l’ancien Premier ministre adjoint finit par n’être nulle part. Et pendant ce temps, la politique continue sans lui.

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En politique, les places ne sont jamais neutres. Elles racontent les ruptures, les fidélités, les trahisons. Le retour annoncé puis avorté de Bérenger n’est pas un simple contretemps. C’est un symptôme.

On se souvient d’une autre époque, fin 2024. Celle du 60-0. Celle des illusions collectives, des victoires trop vite sacralisées. Mais l’Histoire a la mémoire longue. Et les électeurs aussi. Ce qui se joue aujourd’hui dépasse les querelles d’ego : c’est une crise de crédibilité.

L’Alliance du changement avait promis la rupture. La fin du népotisme, des arrangements, des promotions de convenance. Et pourtant.

Les mêmes réflexes ressurgissent. Parfois aggravés. Parfois caricaturaux. Plusieurs histoires viennent ridiculiser un discours de méritocratie vidé de sa substance, sans Appointment’s Committee, sans comité des sages. Ce n’est plus une dérive. C’est un retour du refoulé. L’opinion observe. Elle enregistre. Et elle commence à juger.

Pendant ce temps, au sommet de l’État, une autre dynamique s’installe. Navin Ramgoolam avance. Lentement. Froidement. Fort de sa majorité, il impose son tempo. Gouverner sans entraves. Tenir la durée. Face à lui, des alliés fragilisés. Des partenaires devenus variables d’ajustement. L’histoire retiendra-t-elle ce divorce latent ?

Le MMM, lui, traverse une autre crise existentielle. Être militant ou être bérengiste ? La question éclate désormais au grand jour. Un parti ne peut pas être à la fois une institution et le prolongement d’un homme. À ce jeu-là, ce n’est pas seulement l’appareil qui vacille. C’est la crédibilité même du projet.

Et derrière cette crise, une autre hypocrisie persiste : celle de la réforme électorale. Encore promise. Encore repoussée. Le Best Loser System demeure, vestige d’un autre âge, assignant chaque Mauricien à des catégories figées depuis 1972.

Mais qui veut vraiment changer ? Le statu quo arrange tout le monde. Le vrai courage serait ailleurs : transparence du financement politique, renouvellement des pratiques, fin des privilèges. Mais cela suppose de renoncer. Et c’est là que tout bloque.

Alors le Parlement continue. Comme un théâtre d’ombres. Mais dehors, quelque chose s’impatiente. En cherchant à punir autrui, l’on s’impose des limites tout aussi rigides et justes. L’avertissement est limpide. Ceux qui dénonçaient hier devront répondre aujourd’hui. Car il ne s’agit plus de partis. Il s’agit de principes.

Et en démocratie, la confiance n’est jamais acquise. C’est une dette. Une dette que, tôt ou tard, on devra tous payer.

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