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Plumes engagées
Le petit maître
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Plumes engagées
Le petit maître
D Blackwell Wizard.
À l’heure du tout à l’image et du buzz sans suite, «l’express» souhaite faire découvrir la plume de poètes, de chanteurs, d’écrivains et de tous ceux qui jettent leur âme sur le papier, et qui mettent en mots des réflexions profondes.
Laissez-moi vous conter une histoire tirée de ma mémoire. Voyez-vous, je suis né dans l’esclavage à travailler dans les champs dès mon plus jeune âge, enchaîné, maltraité à perdre le sang et le sens de vivre.
J’étais tout de même curieux des allées et venues de nos maîtres et de leur fils que j’appelais le petit maître. Sa vie semblait si paisible et être à sa place m’aurait fait si plaisir.
Un soir, je m’endormis dans ma case, le corps mutilé, rêvant d’une multitude de choses mais jamais de mutinerie. Le lendemain, à mon réveil, je sentais que ce n’était pas pareil. La paille sous mon corps était d’une douceur sans pareil.
Cela me prit quelques secondes pour me rendre compte que ce n’était pas ma case.
L’instant après, une jeune esclave de maison apparut. Elle s’approcha et me dit : «Jeune maître, vous vous êtes réveillé fort tard aujourd’hui.»
Je bondis alors du lit. Lorsque mon regard se posa sur le miroir et je compris tout. J’étais le petit maître, je n’arrivais pas à y croire. Après un bain, un bon repas, des traitements de roi, l’esclave en moi ne comprenait toujours pas.
Quelques heures plus tard, le maître était de retour. Il était rouge de rage et tout retourné. L’esclave rebelle avait été retrouvé et il voulait me montrer le sort qu’il lui réservait.
Nous nous retrouvâmes au milieu d’un champ de canne. Sur une poutre, un esclave y était attaché. On le fouettait jusqu’à rendre l’âme dans la souffrance. Après ces actes sanglants, nous allâmes à l’église pour demander repentance.
Sur la route, je croisais des femmes esclaves et leur enfant. Et c’est là que je le vis. L’autre moi. Il me lança un regard d’effroi mais aussi de haine. Je me disais que je connaissais ce regard. Hier, j’avais le même.
Le soir venu, les maîtres faisaient la fête, célébrant le fait d’avoir un grand nombre de bêtes humaines. Ce soir-là, moi je m’endormis la peur au ventre. Et mes peurs étaient fondées car le lendemain, j’étais de nouveau esclave. Mon corps était toujours en feu.
Le cours de ma vie de servitude avait repris et le petit maître, je ne le revis jamais. Après encore dix années passées sous les chaînes, le maître tomba malade et mourut. Et le petit maître apparut de nouveau.
Il déclara que tous les esclaves de son père étaient libres de partir. Il vint me voir dans ma case et me dit : «Une journée dans ta peau m’a changé la vie. À mon tour de changer la tienne. Tu es libre Thomas, tu es libre.»

Bio
Louis Blackwell est un jeune poète et slameur. Lauréat de plusieurs tournois de slam, champion de slam national l’an dernier, il a représenté notre île à la Coupe d’Afrique de slam en 2023. Il a su se démarquer grâce à des textes qui traitent de divers sujets, avec une note particulière pour les textes engagés sur l’environnement et les droits humains.
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