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Pesticides
Le laisser-aller n’est plus permis
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Pesticides
Le laisser-aller n’est plus permis
Il y a des combats qui s’imposent par leur évidence, leur gravité silencieuse, leur portée intime. Celui des résidus de pesticides dans nos légumes en fait partie. À l’express, ce n’est ni une mode ni un emballement récent. C’est une ligne éditoriale assumée depuis plus d’une décennie. Parce qu’il touche à l’essentiel : ce que nous mettons dans nos assiettes. Et ce que nous laissons, sans le dire, dans le corps de nos enfants.
Les chiffres récemment publiés par le Pesticides Regulatory Office n’ont rien d’anodin. Un échantillon sur cinq non conforme, ce n’est pas une «dérive marginale», c’est un signal d’alerte. Et derrière les pourcentages, il y a des pratiques agricoles, des chaînes de responsabilité défaillantes, des contrôles insuffisants et, parfois, une complaisance collective que l’on préfère envelopper dans des discours rassurants.
Certes, 65 % des échantillons ne contiennent aucun résidu détectable. Certes, une majorité de planteurs respecte les règles. Mais le rôle d’un journal n’est pas de s’arrêter à la moyenne rassurante. Il est d’interroger la zone grise. Celle où les limites maximales de résidus sont dépassées. Celle où des pesticides non recommandés, parfois interdits, continuent de circuler. Celle où l’on sait… mais où l’on tolère.
Depuis plus de dix ans, l’express documente cette réalité. À travers des enquêtes, des analyses indépendantes, des confrontations avec les autorités, les importateurs, les planteurs, les vendeurs de pesticides. Nous l’avons fait quand le sujet était considéré comme technique, voire ingrat. Nous l’avons fait quand les outils de contrôle étaient embryonnaires. Nous l’avons fait quand certains préféraient dénoncer le «sensationnalisme» plutôt que de répondre sur le fond.
Pourquoi ? Parce que la santé publique ne se négocie pas. Parce qu’un pesticide reste un poison, même quand il est légal. Parce que le débat ne se limite pas au respect formel des normes, mais interroge leur application réelle, leur contrôle effectif et leur compréhension par ceux qui travaillent la terre.
Les médecins que nous avons consultés le disent avec prudence, mais sans ambiguïté : les liens entre exposition aux pesticides et troubles neurologiques, endocriniens ou reproductifs sont documentés ailleurs. À Maurice, faute d’études épidémiologiques locales, le doute persiste. Mais ce doute, en matière de santé publique, n’est pas une excuse pour l’inaction. C’est une obligation de précaution.
Le planteur n’est pas l’ennemi. Il est souvent la première victime d’un système qui exige rendement, résistance aux ravageurs, compétitivité des prix, sans toujours fournir l’encadrement suffisant. Mais la responsabilité commence sur le terrain. Respecter les doses. Respecter les délais avant récolte. Utiliser uniquement les produits autorisés pour chaque culture. Ce ne sont pas des recommandations abstraites. Ce sont des règles vitales.
Le rôle de l’État, lui, ne peut se limiter à la pédagogie. Quand un taux de non-conformité dépasse durablement les 20%, la question de la dissuasion se pose. La future réglementation sur les limites maximales de résidus, attendue cette année, va dans le bon sens. Mais une loi n’a de valeur que par son application. Et par le courage politique de sanctionner les récidives, y compris quand elles dérangent.
Ce combat est aussi celui de la transparence. Les consommateurs ont le droit de savoir. De comprendre. De ne pas choisir leurs légumes à l’aveugle. L’origine – locale ou importée – ne suffit pas. La confiance ne se décrète pas. Elle se construit par des contrôles rigoureux, des données publiques, une traçabilité crédible.
Si l’express persiste, c’est parce que ce combat dépasse l’actualité. Il engage l’avenir. Celui de nos enfants, exposés dès le plus jeune âge à des substances dont on ne mesure pas encore tous les effets cumulés. Celui d’une agriculture qui doit évoluer vers plus de science, moins d’improvisation, plus de responsabilité partagée.
Informer, déranger, insister : c’est cela, le service public d’un journal libre. Et sur ce terrain-là, nous ne reculerons pas. Parce que manger ne devrait jamais être un acte à risque. Et parce qu’un pays qui protège ce qu’il met dans l’assiette, et donc dans le corps, de ses enfants protège, au fond, sa propre dignité.
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