Publicité
Décryptage
Le Dr Vasant Bunwaree propose trois mesures phares pour transformer le système de santé
Par
Partager cet article
Décryptage
Le Dr Vasant Bunwaree propose trois mesures phares pour transformer le système de santé
Cette semaine, le Dr Vasant Bunwaree était sur le plateau de Décryptage dans le contexte de la Journée mondiale du coeur. Il propose trois mesures phares pour améliorer le système public, notamment le médecin de famille.
Alors que le système de santé est au cœur des débats, vous avancez l’idée du médecin de famille comme modèle pour faire évoluer le système de santé. Est-ce un besoin en 2025 ?
C’est plus que nécessaire, car nous accusons déjà un certain retard. Cependant, la médecine à Maurice a beaucoup progressé. Dans le domaine cardiovasculaire – car il ne s’agit pas seulement du cœur, mais aussi des vaisseaux – nous réalisons aujourd’hui pratiquement les mêmes interventions que dans les grands pays. Le niveau de la cardiologie à Maurice est vraiment élevé. J’ai participé dès le départ à la mise en place de ce système et depuis, nous avons accompli de nombreux progrès, notamment en chirurgie à cœur ouvert.
Vous me parlez de médecin de famille, mais je proposais déjà cela en 1987, lors de mon Maiden speech au Parlement, axé sur la santé. Aujourd’hui, quand quelqu’un a un symptôme, il cherche une solution sans savoir exactement quel est le problème. Il se rend au dispensaire ou à l’hôpital, où le processus peut être long et compliqué : attente, diagnostic, examens, traitements… Dans le système de médecin de famille, tout change. Chaque individu a un médecin de proximité – un généraliste ou *family doctor *– qui connaît les familles de son quartier. Ce médecin peut examiner, diagnostiquer et traiter directement, gérer les urgences mineures et coordonner avec les spécialistes si nécessaire. À Maurice, nous avons déjà le nombre de médecins nécessaire pour mettre ce système en place. Il peut être financé par l’État et offrir des soins accessibles à tous, tout en permettant un accès aux spécialistes si besoin.
Si vous deviez proposer 2 autres mesures pour améliorer le système de santé public, ce seraient lesquelles ?
La seconde mesure serait l’informatisation des hôpitaux, l’e‑health. Sur ce point, nous accusons un certain retard. L’e‑health est particulièrement efficace dans la médecine de famille. Un médecin peut facilement centraliser les informations de ses patients – une centaine de familles, soit 500 à 1 000 personnes – et gérer leur suivi sans complication. Contrairement à l’hôpital, où le système est plus complexe, ici tout devient simple et direct. Ce dispositif permet au médecin de famille d’être en lien direct avec les patients et, si nécessaire, avec les spécialistes.
La troisième mesure concerne la prévention des maladies cardiovasculaires qui résultent de plusieurs facteurs, certains non modifiables comme l’âge, l’hérédité et le sexe, mais beaucoup dépendent de notre mode de vie. Il est donc crucial d’agir dès le plus jeune âge : une alimentation équilibrée pendant la grossesse, de bonnes habitudes alimentaires pour l’enfant et un suivi régulier dès le début de la vie contribuent à prévenir le cholestérol élevé, le diabète et d’autres facteurs de risque. Nous disposons aujourd’hui de techniques pour intervenir efficacement sur les artères obstruées sans chirurgie invasive.
L’une des critiques qui revient souvent concernant l’«e‑health» est qu’il augmente le temps de consultation. Ce qui prenait 5 à 10 minutes peut maintenant durer 15 à 20 minutes. Comment peuton optimiser ce système ?
En principe, ce ne devrait pas être le cas. Nous sommes encore dans une phase d’essais et certains problèmes viennent d’un travail préparatoire insuffisant et de la conception du système. À Maurice, même en consultation privée, je constate que les informations sur ce qui a été fait à l’hôpital sont souvent difficiles à obtenir. Les dossiers sont classés par numéro et non par ordre alphabétique, ce qui complique encore l’accès rapide. Pour que l’e‑health fonctionne correctement, il faut établir une méthode claire d’enregistrement et de gestion des patients, bien répartir le travail entre les personnels et former correctement les utilisateurs. Cela permettra de gagner du temps, de réduire la pression sur le personnel et d’améliorer la qualité des soins pour les patients.
La Journée mondiale du cœur, célébrée le 29 septembre, vise à sensibiliser le public aux maladies cardiovasculaires. Comment peut-on concrètement sensibiliser les Mauriciens sur ce sujet ?
Pour essayer de gagner la bataille contre les maladies cardiovasculaires, il faut d’abord donner le maximum d’informations. Mais l’information seule ne suffit pas : il faut aussi éduquer le patient et le sensibiliser. La sensibilisation permet aux gens de prendre conscience de leur santé avant qu’il ne soit trop tard. Par exemple, à 45 ans, c’est un âge auquel beaucoup pensent qu’il est «trop tard», alors qu’en réalité, des mesures préventives sont encore possibles.
En résumé, il faut transmettre des informations claires, éduquer la population sur les facteurs de risque et les gestes de prévention pour créer une réelle prise de conscience. C’est exactement ce que nous faisons à travers la Fondation de cardiologie de Maurice, dont je suis un membre fondateur.
La Fondation travaille à couvrir tout le territoire mauricien et au-delà, avec une équipe composée de médecins, d’infirmiers, de personnels hospitaliers et de nombreux volontaires non médecins. L’objectif est double : informer et éduquer la population ; et surtout pratiquer le dépistage précoce des maladies cardiovasculaires et des artères. Le dépistage précoce est crucial. Même lorsqu’un vaisseau sanguin est partiellement obstrué – parfois à 50 % – il n’y a pas encore de symptômes visibles. Mais si on attend que les symptômes apparaissent, l’obstruction peut atteindre 60-75 % ou plus, et le risque devient majeur. C’est pourquoi agir avant l’apparition des symptômes est essentiel.
La «Special Monitoring Team» suscite des réserves auprès de l’association des médecins et auprès de la «Nursing Staff Association», surtout en ce qui concerne la surveillance du personnel médical. Est-ce une bonne chose ou une meilleure formule aurait pu être privilégiée ?
Je pense que si vous posez la même question au ministre aujourd’hui, il serait très réticent et pourrait expliquer qu’il n’a pas voulu agir de cette manière. La démarche n’a pas été idéale et n’a pas favorisé le personnel, même si l’intention était bonne. Pour obtenir de bons résultats, il faut garder à l’esprit qu’il y a des comportements variés dans toute profession. Dans le domaine médical, qu’il s’agisse de médecins ou d’infirmiers, spécialisés ou non, la majorité fait un travail remarquable. Il reste néanmoins important de prévoir des règles et des sanctions uniquement pour les rares cas qui posent problème.
Comment envisagez-vous votre avenir politique ? Y a-t-il un retour possible au Parti travailliste si Navin Ramgoolam vous le demandait ?
Pour répondre à votre question sur mon avenir politique, je suis disposé, oui. Nous sommes tous patriotes et si l’on me sollicitait pour contribuer, par exemple, dans le domaine de la santé, je serais prêt. J’ai toujours eu de bonnes relations avec le Dr Navin Ramgoolam ; nous avons travaillé ensemble à plusieurs reprises et restons amis. J’ai même eu l’occasion de lui envoyer des propositions et de partager mes idées pour améliorer certains aspects du système.
Ministre desFinances (1996 – 2000), ministre du Travail (2005 – 2008), ministre de l’Éducationde (2008 – 2014), docteur en médecineet cardiologue
Publicité
Publicité
Les plus récents