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Joakim, bientôt trois ans

Le combat d’une grande tante pour lui donner une identité

23 octobre 2026, 12:00

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Le combat d’une grande tante pour lui donner une identité

■ Le petit Joakim (en T-shirt vert) en compagnie de son frère «Coca» et de Nathalie Telcide.

À quelques mois de son troisième anniversaire, Joakim n’a toujours pas d’acte de naissance. Recueilli alors qu’il n’avait qu’un mois, après avoir été retrouvé avec sa mère dans une maison abandonnée à Goodlands, le garçonnet grandit aujourd’hui auprès de Nathalie Telcide, la tante de sa mère biologique, à Cottage. Malgré les nombreuses démarches entreprises, l’enfant n’a toujours pas été déclaré à l’état civil. Selon Nathalie, ses parents biologiques ne souhaitent pas le reconnaître, bien que leurs noms figurent sur le certificat délivré par l’hôpital après sa naissance. Pour Nathalie, un seul objectif compte désormais : permettre à Joakim d’obtenir une existence légale et de pouvoir être scolarisé.

À peine franchit-on le seuil de leur modeste demeure de Cottage que les rires des enfants résonnent. Ce sont ceux de Joakim et de l’un de ses frères, qu’il appelle affectueusement «Coca». Les deux garçons jouent, insouciants des difficultés auxquelles leur famille est confrontée. Dans quelques mois, Joakim soufflera sa troisième bougie. Comme les autres enfants de son âge, il devrait bientôt découvrir l’école maternelle. Mais cette étape demeure incertaine. Le petit garçon n’a jamais été déclaré à l’état civil. Malgré l’amour dont il est entouré, il ne possède toujours pas d’acte de naissance.

Son histoire commence dans des circonstances difficiles. Alors qu’il n’a qu’un mois, il est retrouvé par des officiers de la Child Development Unit (CDU) auprès de sa mère, âgée de 19 ans à l’époque, dans une maison abandonnée à Goodlands. Selon les informations rapportées, la jeune femme, déjà mère de deux autres enfants, se trouvait alors dans un état second. Le nourrisson est conduit à l’hôpital, où il est admis pendant un mois, avant que les officiers ne décident de le transférer dans un centre d’accueil. Parallèlement, les autorités sollicitent les proches de la famille afin de trouver une personne disposée à prendre soin de lui.

C’est alors que Nathalie Telcide, tante de la mère biologique, et son époux décident de l’accueillir. Elle a 48 ans, lui 69. Déjà parents de trois enfants adultes, ils acceptent de prendre en charge le nourrisson. Depuis, Joakim grandit sous leur toit. Pour lui, Nathalie est celle qu’il appelle tendrement «Ma». C’est d’ailleurs elle qui lui a choisi son prénom. «Sa nom Joakim-la, mwa kinn donn li sa», raconte-t-elle avec un sourire. Le frère cadet de Joakim est, lui, pris en charge depuis qu’il est bébé par la fille de Nathalie.

«Mo pe marse pou li gagn so lidantite»

Mais derrière les sourires de Joakim se cache un combat administratif que Nathalie mène depuis près de trois ans. Elle affirme que, malgré la présence des noms des deux parents biologiques sur le certificat remis par l’hôpital après l’accouchement, ceux-ci ne souhaitent pas reconnaître l’enfant. Malgré ses nombreuses démarches auprès des autorités, elle n’est toujours pas parvenue à faire enregistrer sa naissance.

«Mo aksepte deklar li. Mo pe get li kouma mo zanfan. Monn al tap boukou laport. Enn fwa, mo ti al stasion Grand-Baie. Laba bann-la inn donn mwa enn papie, inn dir mwa al leta sivil al deklar li. Kan monn ale, bann ofisie-la inn dir mwa pa pou kapav. Mo bizin enn papie avwe. Mo pena mwayin pou pran ni enn avoka ni enn avwe. Komie mwa monn fer ale-vini leta sivil pou kapav deklar li», confie-t-elle.

Ce qui préoccupe particulièrement Nathalie, c’est la scolarité du garçonnet. Joakim observe son frère se préparer pour l’école, prendre son sac et quitter la maison. Lui aussi voudrait l’accompagner, sans comprendre pourquoi il doit rester derrière. «Mo pe marse pou sa zanfan-la gagn so lidantite pou ki li kapav al lekol pou li aprann. Kan li trouv so frer pe pran so sak lor so zepol pe ale ek li pa pe kapav, li pa konpran. Li plore.»

Un couple qui travaille dur

Élever Joakim représente également un défi financier. Nathalie explique devoir trouver au minimum Rs 300 quotidiennement pour répondre à ses besoins. «Bizin aste so manze, so gato, so kous, so dile. Tant bien que mal, nou pa les li mank nanye.» Malgré leur âge, son époux et elle continuent de travailler. Lorsque les moyens manquent, leur fille leur vient en aide. «Mo travay. Mo misie ki ena 71-z-an aksepte travay pou ki nou resi get sa zanfan-la. Kan mo pena, mo tifi donn mwa», explique-t-elle.

Les autres frères de Joakim vivent également auprès de proches. Jahnael, cinq ans, a été pris en charge depuis son plus jeune âge par Evrina Turenne, la fille de Nathalie, tandis que l’aîné, âgé de six ans, vit chez un membre de la famille à GrandBaie. Selon Nathalie, leur mère, actuellement incarcérée, a donné naissance à une petite fille il y a trois mois. Elle affirme que tous les autres enfants ont été déclarés à l’état civil. Joakim serait le seul à ne pas l’avoir été.

Une procédure engagée

Nathalie affirme que la CDU connaît la situation du garçonnet. Selon elle, des officiers de cette unité leur auraient rendu visite à deux reprises, tandis qu’un travailleur social se serait déplacé une fois. Interrogé sur le dossier, le ministère de l’Égalité des genres et du bien-être de la famille indique que des démarches ont été entreprises auprès de la Tardy Declaration Division. Selon les informations communiquées, Nathalie devrait recevoir une date de comparution devant la cour afin que la procédure puisse se poursuivre.

En attendant, Joakim continue de jouer auprès de ceux qui l’élèvent. Il ignore encore tout des démarches entreprises pour lui donner une identité. À Cottage, Nathalie garde un espoir : celui de voir un jour ce petit garçon, à qui elle a donné un prénom et qu’elle considère comme son fils, franchir le portail d’une école, son sac sur les épaules, comme les autres enfants.

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