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2025

L’année où l’économie a cessé de mentir

20 décembre 2025, 05:50

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L’année où l’économie a cessé de mentir

S’il fallait résumer l’année économique 2025 en une seule phrase, ce serait celle-ci : le réel budgétaire a repris ses droits sur la rhétorique politique. Tout au long de l’année, nos éditoriaux n’ont cessé de rappeler une évidence impopulaire mais incontournable : une économie ne se redresse ni par incantation ni par promesse électorale, mais par des arbitrages souvent douloureux.

Dès janvier, le ton était donné. Dans L’addition arrive toujours (6 janvier 2025), nous écrivions : «Les déséquilibres accumulés finissent toujours par produire une facture. La seule inconnue, c’est qui la paiera, quand et à quel prix social.»

Cette intuition a traversé toute l’année. À l’approche du Budget, nous avons insisté sur l’étroitesse des marges de manœuvre. Dans Deux stratégies, un seul cap (9 avril 2025), l’économie mauricienne était décrite comme prise dans une tension structurelle : «Le Budget devra incarner un pacte de rigueur et d’anticipation, sous peine de perdre à la fois la confiance des ménages et celle des marchés.»

Ce Budget ne pouvait pas être expansif sans être dangereux, ni austéritaire sans être socialement explosif. Toute l’année, cette contradiction a structuré l’action publique – et ses limites.

Aucun dossier n’a cristallisé autant de tensions que celui du Pay Research Bureau. Dans Le PRB ou l’épreuve de sincérité (3 décembre 2025), nous posions le diagnostic sans détour : «Le PRB n’est plus un exercice technique. Il est devenu un test de crédibilité budgétaire et de maturité politique.»

Avec un coût estimé à Rs 8,5 milliards la première année, face à un Budget provisionnant à peine Rs 5 milliards, le décalage était abyssal. Céder à la tentation de l’application intégrale et rapide reviendrait à jouer avec le feu : inflation relancée, dette aggravée, signal négatif envoyé à Moody’s.

La question n’était pas de savoir si les fonctionnaires méritaient une revalorisation – mais si le pays pouvait se permettre de la financer sans hypothéquer sa stabilité macroéconomique.

Tout au long de l’année, un spectre a plané sur l’économie mauricienne : Moody’s. Dans Baa3, la ligne de crête (18 juillet 2025), nous écrivions : «À ce niveau de notation, chaque décision budgétaire devient un message envoyé aux marchés. L’erreur ne serait pas pardonnée.»

Avec une dette publique frôlant les 90 % du PIB, toute dérive populiste aurait un coût immédiat : hausse du coût de la dette, pression sur la roupie, ralentissement de l’investissement. L’économie mauricienne avançait ainsi sur une ligne de crête, sans filet.

Investissement : l’autre urgence

Mais l’économie ne se résume pas à la gestion du risque. Elle repose aussi sur la capacité à créer de la croissance. Dans L’économie à l’arrêt administratif (22 août 2025), nous alertions sur un mal plus insidieux : «Un pays qui laisse dormir des projets d’investissement par frilosité bureaucratique finit par se condamner lui-même à la stagnation.»

Les Rs 4 milliards de projets en attente à l’EDB symbolisaient cette paralysie. À force de tergiverser, Maurice donnait l’image d’un pays hésitant, lent, peu lisible pour les investisseurs – un poison lent pour une économie ouverte.

Nous avons également mis en garde contre un autre danger : le cercle inflationniste. Dans Quand le remède alimente le mal (10 octobre 2025), l’avertissement était clair : «Injecter massivement des milliards dans la masse salariale publique sans gains de productivité, c’est prendre le risque d’annuler en quelques mois les efforts de stabilisation monétaire.»

L’État, premier employeur du pays, ne pouvait agir sans provoquer un effet domino sur le secteur privé, les prix et les attentes salariales.

Au final, 2025 aura été une année de désillusion économique salutaire. Elle a rappelé que la justice sociale sans soutenabilité financière est une promesse creuse et que la rigueur sans pédagogie est politiquement suicidaire. Comme nous l’écrivions dans L’économie n’est pas une promesse (28 décembre 2025) : «Gouverner l’économie, c’est dire non quand il le faut, expliquer pourquoi, et assumer le coût politique de la vérité.»

L’économie mauricienne n’a plus le luxe de l’ambiguïté. Le PRB 2025, comme le Budget, restera dans l’histoire comme un premier test de gouvernance économique. Et cette fois, le réel ne s’est pas laissé enjoliver.

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