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Trafic international de stupéfiants
«La Vida Loca», le cerveau derrière ce réseau
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Trafic international de stupéfiants
«La Vida Loca», le cerveau derrière ce réseau
Photo d'illustration.
L’affaire des 60 kilos de cocaïne partis de Toamasina et dont seulement 17 kilos ont été retrouvés à Antananarivo prend désormais une tournure inattendue. L’enquête menée par les autorités malgaches, avec le soutien des services mauriciens, notamment de la Financial Crimes Commission, a mis en lumière l’existence d’un axe de trafic plus vaste s’étendant jusqu’à la Thaïlande et au Pakistan, dirigé par un individu connu sous le pseudonyme de La Vida Loca. Ce dernier, décrit comme un cerveau discret mais redoutablement organisé, serait à l’origine de plusieurs importations de stupéfiants vers Madagascar et Maurice.
Tout débute le 1ᵉʳ février 2025, lorsque la police malgache reçoit des informations précises sur un groupe opérant dans l’est et le sud-est de la Grande Île. Ces trafiquants, dont un Mauricien nommé Jean Albert, étaient soupçonnés de faire transiter de la cocaïne par voie maritime. L’arrestation de Merlin Raoelison à Antananarivo a permis de dévoiler l’ampleur du réseau. Selon les enquêteurs, Jean Albert et ses trois complices malgaches avaient chargé 60 kilos de cocaïne à bord d’un hors-bord parti du port de Toamasina à destination de Maurice. Mais leur traversée a tourné court : le moteur est tombé en panne au large de Mananjary et le groupe a dérivé en mer pendant 25 jours avant d’être secouru et remorqué jusqu’à Fort-Dauphin.
Les trafiquants ont ensuite poursuivi leur route par voie terrestre avec la cargaison à bord d’un 4x4, qu’ils ont abandonnée à Ambositra avant de gagner la capitale en taxi-brousse. Les arrestations se sont enchaînées : le 27 janvier, le Mauricien Jean Noël Ferry a été arrêté à l’hôtel Jinhai, à Analakely ; le 8 février, Jean Benjamin Albert et sa compagne, Solomonesitina Emmanuella, ont été appréhendés à Alasora avec 26 paquets de cocaïne ; et le 10 février, Jean Marc Édouard et deux Malgaches, Georges Clément Tsimaniry et Arnauld Christiano, ont été interceptés à Toamasina.
Les aveux d’un des Mauriciens ont apporté un nouvel éclairage : 30 paquets de cocaïne auraient déjà été récupérés à l’hôtel Novotel d’Antananarivo par un Mauricien surnommé Lino, en compagnie d’un complice malgache. Pourtant, seuls 27 paquets, soit 16,45 kilos, ont été saisis lors des perquisitions. Les enquêteurs s’interrogent : où sont passés les plus de 40 kilos manquants ? Selon certaines sources, ils auraient été expédiés discrètement vers Maurice via des circuits financés depuis la Thaïlande, où résiderait La Vida Loca.
Les investigations du Pôle anticorruption à Madagascar ont révélé que La Vida Loca était le véritable chef d’orchestre du réseau. Selon nos renseignements, il aurait vécu plusieurs années à Flic-en-Flac, sur la côte ouest du pays. Il y partageait une demeure avec une vieille mauricienne qui était la cuisinière et de qui il était proche, avant de quitter précipitamment le pays suivant l’arrestation de cette dernière à l’aéroport SSR en avril 2019. Depuis, il aurait établi ses bases en Thaïlande.
Selon les renseignements disponibles, La Vida Loca utiliserait un itinéraire bien rodé : Thaïlande → Pakistan → Madagascar → Maurice. Il financerait l’acheminement de cocaïne et d’héroïne via des intermédiaires asiatiques et africains, exploitant les routes maritimes régionales.
Cette connexion trouve un écho troublant dans l’affaire de cette cuisinière, âgée aujourd’hui de 76 ans, arrêtée le 11 avril 2019 pour tentative d’importation de 875,18 grammes d’héroïne à l’aéroport de Plaisance. Lors de son interrogatoire, elle avait reconnu travailler comme cuisinière pour un étranger habitant à Flic-en-Flac – possiblement La Vida Loca lui-même. Le jour des faits, la police photographiait également les passagers d’origine africaine à leur arrivée, dont Alhaji Kamara, un ressortissant de Sierra Leone interpellé avec 50 capsules d’héroïne dans le corps.
Les autorités mauriciennes et malgaches soupçonnent aujourd’hui que ces affaires ne sont pas isolées, mais appartiennent à un même réseau transnational. Le lien entre les arrestations d’Antananarivo et les circuits asiatiques évoque une structure organisée à grande échelle. Les enquêteurs évoquent un système où la drogue partirait d’Asie, transiterait par Madagascar et finirait sur les côtes mauriciennes – un axe désormais baptisé «l’axe océan Indien–Asie».
Les neuf suspects du réseau malgache sont toujours incarcérés. Les autorités des deux îles restent déterminées à remonter la filière, convaincues qu’elles n’ont encore découvert que la partie émergée d’un vaste empire de la cocaïne et de l’héroïne.
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