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Travail

La rue comme arme : Les syndicats maintiennent la pression pour les pensions

7 septembre 2025, 11:00

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La rue comme arme : Les syndicats maintiennent la pression pour les pensions

■ La «Platform Komun Syndikal» sera à nouveau dans les rues de Rose-Hill le 20 septembre prochain pour militer pour que le paiement de la pension de vieillesse reste à 60 ans.

La contestation contre la réforme de la pension de vieillesse continue de gronder. Après plusieurs mobilisations citoyennes, dont la marche organisée par la plateforme Pa Touss Nou Pension, c’est désormais la Platform Komun Syndikal qui reprend le flambeau. Le samedi 20 septembre, une nouvelle marche nationale aura lieu à Rose-Hill, avec un mot d’ordre clair : maintenir la pression pour que le gouvernement revienne sur sa décision de repousser l’âge de versement de la pension universelle de 60 à 65 ans.

Pour la Platform Komun Syndikal, ce n’est pas tant le nombre de participants qui compte que la persistance du message. «La loi a été votée, mais la guerre peut être longue et lente», rappelle Ashvin Gudday, négociateur de la General Workers Federation (GWF). Selon lui, les mobilisations populaires, même si elles ne déplacent pas des foules à chaque fois, finissent par obtenir des résultats.

Il cite en exemple les récentes vagues d’indignation exprimées sur les réseaux sociaux face à certaines nominations du Conseil des ministres. Sous la pression, trois personnes ont fini par refuser les postes qui leur avaient été proposés. «Cela montre que les contestations marchent», souligne le syndicaliste, convaincu que la lutte contre le ciblage et la réforme des pensions peut, elle aussi, aboutir.

Le 30 août dernier, la plateforme citoyenne Pa Touss Nou Pension avait déjà organisé une marche pacifique à Rose-Hill. Moins fournie que celle de juin à Port-Louis, elle n’en demeure pas moins significative. Pour Ashvin Gudday, chaque action compte. «Les gens peuvent être fatigués, ils ont leur travail, leurs responsabilités. Mais nous, syndicalistes, considérons qu’il est de notre devoir de maintenir la lutte.»

Depuis le 1er septembre, les Mauriciens atteignant 60 ans ne touchent plus la pension universelle. Un manque à gagner considérable, que le syndicaliste chiffre à environ un million de roupies par personne jusqu’à l’âge de 65 ans. «C’est énorme. Et nous ne faisons que répondre au cri du peuple. Dans la rue, sur les lieux de travail, on nous demande de continuer la mobilisation.»

D’ici le 20 septembre, des tracts seront distribués à travers l’île pour informer et inciter à la participation. «L’histoire retiendra que lorsque le gouvernement a démantelé l’État providence et retiré un droit acquis, la Platform Komun Syndikal a été là, en première ligne. Nous résistons à l’injustice et au ciblage», insiste Ashvin Gudday.

Soutiens multiples et actions diversifiées

La Platform Komun Syndikal se dit encouragée par les divers soutiens reçus. «Des avocats ont ouvert des cas juridiques, la plateforme citoyenne continue son travail de terrain, et d’autres associations se joignent à nous», se félicite le syndicaliste de la GWF. Pour lui, le bilan est déjà positif : une manifestation réussie à Port-Louis, une pétition lancée à Plaza, un forum-débat organisé et d’autres formes de pressions mises en place.

De son côté, Reeaz Chuttoo, président de la Confédération des travailleurs du secteur privé (CTSP), met en avant la nécessité de maintenir la pression populaire. «Nous allons distribuer des affiches pour que les gens comprennent réellement ce qui se passe avec la pension à 65 ans.» Pour rappeler que la lutte paie, Reeaz Chuttoo revient sur un précédent marquant. En 2008, une loi avait permis aux employeurs de licencier du personnel sans justification et sans compensation. «Nous étions le premier pays au monde à vivre cela», affirme-t-il.

À l’époque, deux grandes marches avaient rassemblé chacune 10 000 personnes à Rose Hill et Port-Louis. La CTSP avait maintenu la pression pendant une décennie, allant jusqu’à dénoncer la situation sur la scène internationale. «J’ai moi-même porté le dossier à Genève en 2011. Nous avons fait la grève de la faim. Et au final, les travailleurs ont obtenu gain de cause», raconte Reeaz Chuttoo.

Pour lui, la bataille actuelle autour des pensions s’inscrit dans la même logique : celle d’un combat de longue haleine, où persévérance et solidarité finissent par triompher. Toutefois, le leader syndical constate une atmosphère particulière dans le pays. «Il y a aujourd’hui une peur qui s’installe», affirme-t-il. Il cite des cas de transferts massifs dans la fonction publique, la création d’une nouvelle unité au sein du ministère de la Santé pour surveiller ce qui se passe dans les hôpitaux régionaux ou encore l’absence d’allocation pour le PRB dans le dernier Budget.

Les 1 700 employés licenciés des collectivités locales illustrent selon lui cette peur généralisée. «Ces personnes ont passé par la suite des entretiens pour retrouver un emploi, toujours dans les collectivités locales, mais elles vivent dans l’angoisse. Beaucoup n’osent pas venir manifester, par crainte de représailles contre elles ou leur famille.»

Malgré tout, il y a du positif. «Avant, seuls les syndicats portaient ce débat. Aujourd’hui, il est repris partout, jusque devant la justice. Le Bureau international du travail a même envoyé un émissaire pour nous rencontrer, suite à notre plainte», se réjouit le président de la CTSP.

Au sein de la Platform Komun Syndikal, l’heure est donc à la détermination. «Qu’importe l’assistance du 20 septembre, nous continuerons», affirment les leaders. Ils reconnaissent que certains syndicats se sont faits discrets, «chacun ayant son agenda», mais soulignent que la société civile est bien présente à leurs côtés.

Pour les organisateurs, la marche de Rose-Hill sera un nouvel épisode d’une lutte qui pourrait durer encore longtemps. «La loi a été votée, mais nous ne sommes pas découragés. Nous restons motivés. L’histoire retiendra que nous avons résisté», conclut Ashvin Gudday.

Rendez-vous est donc donné le 20 septembre à Rose-Hill, où la rue, une fois de plus, servira de tribune aux revendications populaires.

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