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Plumes engagées
La Galerie Indélébile
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Plumes engagées
La Galerie Indélébile
Sarah-Amélie Goder.
À l’heure du tout à l’image et du buzz sans suite, «l’express» souhaite faire découvrir la plume de poètes, de chanteurs, d’écrivains et de tous ceux qui jettent leur âme sur le papier, et qui mettent en mots des réflexions profondes.
Au commencement, nous étions vides. Pas de murs, pas de tableaux, juste un espace qui attend. Une salle blanche où l’écho n’existe pas encore, parce qu’il n’y a rien pour renvoyer le son. Puis quelqu’un entre. Peut-être une main qui nous prend, peut-être un regard qui s’attarde. Et soudain, la première toile apparaît… floue, imparfaite, mais là. On ne sait pas qui l’a accrochée. Mais elle reste.
Nous grandissons en salles. Chaque année ajoute un couloir, une alcôve cachée, une porte qu’on ne savait pas qu’on avait ouverte. Il y a des pièces lumineuses où l’on danse pieds nus, et d’autres où l’on se perd, où le plafond est trop bas, où l’air manque un peu. Certaines salles, on les visite tous les jours. D’autres, on les condamne, on y met un cadenas, on fait semblant qu’elles n’existent plus. Mais la nuit, on entend quand même leur silence à travers les murs. Les autres ne demandent jamais la permission.
Ils entrent avec leurs propres couleurs, leurs propres mains tremblantes. Parfois ils accrochent quelque chose de magnifique. Parfois ils renversent ce qu’on croyait solide. Et même quand ils partent, ils laissent une trace, une façon de rire qu’on imite sans s’en rendre compte, une phrase qu’on se répète dans le noir, un geste appris par cœur sans avoir voulu l’apprendre. Some people become rooms.
Pas des souvenirs. Des espaces. On y retourne quand on a mal, quand on cherche quelque chose qu’on a perdu. On s’y assoit. On y pleure. On y respire différemment. Et même des années plus tard, leur lumière est encore allumée. Il y a des portes qu’on franchit sans savoir. Un jour, on se réveille et on parle comme quelqu’un d’autre. On aime comme on nous a aimés. On a peur comme on nous a appris à avoir peur.Nos murs sont couverts de peintures qu’on n’a pas choisies, mais qu’on appelle quand même «nous».
Et parfois, au détour d’une salle, on se rencontre soi-même. Une version plus jeune, assise par terre, qui nous regarde avec des yeux qu’on a oubliés. Elle ne dit rien. Elle attend juste qu’on la reconnaisse. On voudrait lui dire : «Ça va être difficile. Mais tu vas tenir…» Mais peut-être qu’elle le sait déjà. Peut-être qu’elle est nous, et que nous sommes elle, et que cette galerie infinie est juste une façon de dire : nous avons survécu.
Alors on continue. On accroche de nouvelles toiles. On ouvre de nouvelles portes. On laisse entrer la lumière, même quand elle fait mal. Parce qu’il y a des salles qu’on n’a pas encore visitées. Des tableaux qu’on n’a pas encore vus. Des versions de nous-mêmes qu’on ne connaît pas encore. Et dans un coin, cachée derrière tout le reste, il y a une toile vide. Elle attend. Blanche. Silencieuse. Prête. On ne sait pas encore ce qu’on va y peindre. Peut-être du chaos. Peut-être de la douceur. Peut-être les deux en même. Mais elle est là. Et c’est suffisant. Because we are not museums meant to be preserved.
Nous sommes vivants. Nous sommes en construction permanente. Nous sommes l’œuvre et l’artiste à la fois. Et c’est ça, la beauté vertigineuse : nous ne serons jamais finis.

Bio
Sarah-Amélie Goder
Jeune poétesse et slameuse métisse, ses mots vibrent au rythme des silences qu’on tait. Sa plume, douce et lucide, explore les zones fragiles de l’être – celles qu’on cache derrière les sourires et les «ça va» de façade. À travers ses textes, elle cherche à redonner voix à la vulnérabilité, à dire que la force ne réside pas dans le mutisme, mais dans le courage d’avouer qu’on vacille. Engagée dans la tendresse et l’humain, elle prête sa voix à ceux qui n’osent plus demander de l’aide, à ceux qui apprennent, pas à pas, que la fragilité n’est pas une faiblesse mais une lumière.
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