Publicité
Dans le monde
La faim comme arme : Un crime du XXIe siècle
Par
Partager cet article
Dans le monde
La faim comme arme : Un crime du XXIe siècle
■ L’ONU a déclaré l’état de famine à Gaza.
À Addis-Abeba, António Guterres a trouvé les mots justes : «La faim ne doit jamais être utilisée comme une arme de guerre.» Cette phrase, prononcée au Sommet des Nations unies sur les systèmes alimentaires, résonne comme un cri d’alarme à la fois moral et politique. Car si les chiffres globaux semblent en légère amélioration – 673 millions de personnes sous-alimentées en 2024 contre davantage les années précédentes –, la réalité est ailleurs : l’Afrique et Gaza paient le prix le plus lourd.
Plus de 280 millions d’Africains sont aujourd’hui malnutris, soit 20 % du continent. Les sécheresses à répétition, aggravées par le dérèglement climatique, ont décimé les récoltes du Zimbabwe à la Somalie. En Méditerranée, l’Espagne et le Maroc voient leurs oliveraies et leurs troupeaux disparaître. En Amérique latine, l’Amazone s’assèche et le canal de Panama ralentit le commerce mondial. Partout, la sécheresse n’est plus une calamité lointaine : elle est devenue une «catastrophe lente», ce krach silencieux qui ronge les terres, les économies et les sociétés.
Mais à Gaza, la famine porte un autre visage : celui de la main de l’homme. Le blocus israélien, partiellement assoupli trop tard, a plongé 2,4 millions de Palestiniens dans une insécurité alimentaire extrême. L’Organisation des Nations unies (ONU) estime qu’au nord du territoire, les conditions de famine sont déjà réunies : privation extrême, malnutrition aiguë, morts par centaines. Selon l’Organisation mondiale de la santé, des enfants meurent de faim, des bébés naissent prématurés, des familles entières survivent sans nourriture alors que les camions humanitaires restent bloqués aux portes de Gaza. Il ne s’agit pas d’une conséquence indirecte du climat ou des marchés, mais d’un choix politique.
Le haut-commissaire aux droits de l’homme l’a rappelé : recourir à la famine comme méthode de guerre constitue un crime de guerre. Un crime du XXIe siècle, perpétré sous l’œil des drones et des satellites, dans un monde où la nourriture existe mais où l’accès à cette nourriture est délibérément entravé. L’Afrique, elle, subit le désengagement progressif des bailleurs internationaux. Les coupes drastiques dans l’aide – notamment après le démantèlement de l’United States Agency for International Development sous Donald Trump – mettent en péril des millions de vies. Le président de la Commission de l’Union africaine l’a dit sans détour : «Nous ne pouvons pas nous en sortir seuls.»
Alors, que reste-t-il ? La vérité est brutale : la faim est redevenue une arme, qu’elle soit forgée par les bombes ou par l’indifférence. Et c’est l’Afrique, Gaza et les plus vulnérables de la planète qui en sont les cibles. À l’heure où l’ONU admet que l’Objectif «Faim Zéro» pour 2030 sera manqué, il nous faut cesser les incantations. Car le drame n’est pas seulement statistique. Il est moral. Et il nous condamne tous.
Publicité
Publicité
Les plus récents