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Cryptomonnaie
La face obscure du blanchiment
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Cryptomonnaie
La face obscure du blanchiment
Comme des poupées russes, le blanchiment d’argent se dévoile couche après couche : derrière les voitures de luxe et les transactions discrètes, un circuit de cryptomonnaie et de portefeuilles numériques aurait permis de déplacer jusqu’à Rs 430 millions. Et ce n’est qu’un glaçon sur le pic de l’iceberg... L’enquête menée par «l’express» nous a permis de comprendre comment l’argent sale circule, dans l’ombre des écrans, avant de réapparaître «propre» dans le circuit légal.
Derrière les voitures de collection, les motos ou même la drogue, se cachent des secrets qui se dévoilent couche après couche, comme des poupées russes. Mais la véritable face cachée ne se trouve pas dans les garages, valises ou coffres-forts : elle est derrière des écrans d’ordinateur, là où circule la cryptomonnaie.

L’enquête de blanchiment d’argent menée par la Financial Crimes Commission (FCC) dépasse largement la saisie de McLaren, Porsche ou Ford Ranger Raptor. L’express a ainsi mis au jour un volet jusque-là invisible : un axe lié aux cryptos, qui pourrait bien réécrire la carte du blanchiment à Maurice.
Parmi les personnes récemment interrogées par la FCC, un jeune homme d’affaires apparaît cette fois-ci à un autre niveau. Son adresse USDT (TRC20) – TGKydBdLuYexDmdn6uZwX1qBwMaND2MdhC – analysée via Tokenview, révèle 665 transactions totalisant 9,5 millions en USDT, soit plus de Rs 430 millions, d’octobre 2023 à octobre 2024. À noter que l’USDT (Tether) est une cryptomonnaie stable (stablecoin) dont la valeur est indexée sur le dollar américain. Elle permet de transférer rapidement de l’argent numérique entre portefeuilles et plateformes, tout en réduisant la volatilité typique des cryptos classiques comme le Bitcoin ou l’Ethereum.
9,5 millions en cryptomonnaie (USDT) ont transité sur ce compte
d’un jeune businessman.
Mais l’argent ne reste jamais longtemps dans ce portefeuille : après circulation et redistribution quasi immédiate, il ne reste que 100 USDT, la dernière transaction remontant au 9 octobre 2024, soit trois semaines avant les élections générales. Coïncidence ou corrélation ? Une analyse plus poussée du portefeuille révèle également un usage intensif et régulier. Le schéma observé suggère un rôle d’intermédiaire : l’argent entre, repart, circule entre adresses liées, comme pour se délayer avant de réapparaître blanchit et légal. Une analyse plus poussée pourrait révéler un cluster plus vaste de portefeuilles interconnectés.
Le mode opératoire
Le modus operandi est presque imperceptible. Première étape : l’achat de cryptomonnaie via le peer-to-peer, autrement dit des transactions directes entre particuliers. Monsieur X rencontre ceux qui revendent de la cryptomonnaie en personne, règle en liquide (en roupies) et reçoit les fonds sur son adresse numérique. De là, les USDT passent sur une plateforme internationale – comme Binance, Kraken et Bybit – pour être redirigés, moyennant quelques frais, vers la destination et la devise de son choix.
Le retour sur le marché local s’opère via un virement bancaire (IBAN), depuis des institutions financières crypto-friendly. La transaction apparaît alors comme légitime, justifiée par des revenus étrangers. Dans certaines juridictions, des retraits en devises étrangères sont également possibles, rendant l’opération quasi indétectable.
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