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«Kreol Morisien» et «Kreol Rodrige» : Une histoire de deux langues sœurs
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«Kreol Morisien» et «Kreol Rodrige» : Une histoire de deux langues sœurs
Alors que la première édition du «Diksioner Morisien Version Pos» a été officiellement lancée le mardi 25 août et que la deuxième édition du «Diksioner Kreol Rodrige» sortira en octobre, l’Assemblée nationale étudie actuellement les modalités pour l’introduction du «Kreol Morisien» (KM) dans les débats. Autrefois écarté, le KM est peu à peu intégré dans les institutions et les pratiques démocratiques, ce qui ouvre la voie à une plus grande inclusion linguistique.
Différences entre le KM et le KR
Le premier Diksioner Kreol Rodrige, lancé en décembre 2021, compte 1 479 pages, et comprend quelque 17 000 mots, plus de 35 000 définitions et exemples, ainsi que 1 000 illustrations. Mais quelles sont les différences entre le KM et le Kreol Rodrige (KR), tant au niveau de l’orthographe et de la prononciation que par rapport aux propres spécificités de Rodrigues ?
Le KM et le KR sont deux langues sœurs de la République de Maurice, nées d’une base française. Si un Mauricien et un Rodriguais se comprennent très facilement au quotidien, leurs langues possèdent de petites différences magiques de prononciation, de vocabulaire et d’écriture. Le KM a reçu l’influence de vagues d’immigration venues d’Asie (comme des mots issus du bhojpuri), ce qui est beaucoup moins le cas à Rodrigues, où la population est restée très homogène.
L’accent et la musique des mots
La première différence saute tout de suite aux oreilles ! Le KR est connu pour être très chantant. Les Rodriguais utilisent une accentuation et une nasalisation beaucoup plus fortes. Quant au KM, ses sons sont un peu plus coupés et la mélodie de la phrase est différente.

Yani Maury (photo), secrétaire de la Creole Speaking Union et co-auteure du Diksioner Kreol Rodrige, nous explique les différences entre les deux langues : «En ce qui concerne le KR et le KM, nous nous comprenons lorsque nous parlons. L’intercompréhension dépasse les 90 %, cela ne fait aucun doute. Certes, Maurice et Rodrigues partagent une histoire commune. Toutefois, Maurice a été exposé à d’autres influences – notamment asiatiques – que Rodrigues n’a pas connues.»
Par conséquent, les linguistes décrivent souvent le KR comme une forme plus ancienne du KM, car ce dernier a continué d’évoluer sous l’effet d’autres influences, tandis que le KR a conservé un caractère plus «authentique».
Il existe également des termes relatifs à l’élevage : à Maurice, certains d’entre eux peuvent être perçus comme du jargon technique – propre au secteur de l’élevage, par exemple –, alors qu’à Rodrigues, la société est étroitement liée à l’agriculture et à la pêche. Ainsi, certains de ces termes font partie du vocabulaire courant, et s’appliquent à divers domaines tels que l’artisanat et la culture, entre autres.
Le niveau phonétique
Parmi les différences entre le KR et le KM, il y a le niveau phonétique. Il y a des variations dans la façon de prononcer certains mots. Par exemple, le mot «mama» est prononcé différemment : en KM, on dit «mama», tandis qu’en KR, il y a une tendance à nasaliser les mots. De plus, des mots prononcés différemment incluent «done». Mais dans les deux cas, il garde sa forme.
D’un point de vue accentuel, il peut y avoir des différences notables dans la prononciation d’expressions comme «par la» à Maurice et «paar la» à Rodrigues, avec un prolongement dans la prononciation.
Différentes significations
Il y a aussi des mots qui existent à la fois à Maurice et à Rodrigues mais qui ont des significations différentes. Par exemple, le mot «fier» a une signification positive à Maurice, tandis qu’à Rodrigues, il peut signifier dégoût. D’autres exemples incluent : à Rodrigues, pour dire «je rentre chez moi», on dit «mo pe al dan lakour» alors qu’à Maurice, on dit «mo pe al lakaz».
Des mots du KR qui n’existent pas en KM
De plus, il existe des mots propres au KR qui ne sont pas connus des Mauriciens. Par exemple, le mot «piknay» signifie «chaussures à talons», qui n’est pas une expression courante à Maurice. De telles spécificités lexicales enrichissent le KR.
Yani Maury souligne : «Le Diksioner Kreol Rodrige met en évidence les différences de signification entre les mots, illustrant des spécificités de Rodrigues. Il compare les termes employés à Rodrigues et ceux de Maurice, mettant en lumière des usages distincts. Le Diksioner Kreol Rodrige se veut encyclopédique, intégrant des images et des descriptions détaillées, contrairement au dictionnaire du KM, qui se concentre principalement sur les mots sans offrir d’éléments visuels. Ainsi, le Diksioner Kreol Rodrige témoigne d’une richesse linguistique et culturelle propre à Rodrigues, tout en soulignant les particularités qui le différencient de Maurice.»
Le KM, un tremplin vers la réussite et l’identité à l’école primaire

De par sa proximité avec le quotidien des élèves, l’enseignement du KM à l’école primaire de Grand-Baie s’impose comme une matière vivante et plébiscitée. Sharma Reedoye (photo) est un enseignant passionné qui utilise la culture locale pour stimuler ses élèves, malgré un manque criant de ressources institutionnelles.
Une pédagogie ancrée dans le quotidien mauricien
À l’école primaire de Grand-Baie, Sharma Reedoye s’appuie sur une méthode simple mais efficace pour les cours de KM de Grade 4 au Grade 6 : la proximité. En basant l’apprentissage de la grammaire et de l’orthographe sur le contexte local, l’instituteur capte instantanément l’attention des enfants. «Les thèmes abordés sont issus de notre réalité. Nous parlons des fêtes culturelles et des spécificités de notre pays», explique-t-il. Pour libérer la parole, il mise sur une approche conviviale, incitant les élèves à s’exprimer sans crainte.
Le succès d’une langue maîtrisée
Les résultats de cette méthode parlent d’eux-mêmes. Contrairement aux langues étrangères, le KM offre un espace de confort absolu aux écoliers. Puisqu’ils le pratiquent tous les jours à la maison, leur participation en classe est maximale. «Dès qu’ils maîtrisent les syllabes et les sons, ils deviennent autonomes et écrivent leurs propres textes», se réjouit Sharma Reedoye. Cette aisance naturelle se traduit chaque année dans les bulletins scolaires : le taux de réussite en KM dépasse régulièrement celui des autres matières linguistiques, attirant un nombre d’inscrits en constante augmentation.
Un pont vers l’histoire et la culture
Bien plus qu’un simple outil de communication, la langue devient un vecteur d’identité nationale. Le programme scolaire est conçu comme un voyage à travers le patrimoine mauricien.
En Grade 4 : Découverte de la diversité religieuse à travers l’étude des grandes célébrations de l’île (Divali, Eid, Noël, Ganesh Chaturthi, Père Laval).
En Grade 5 : Plongée historique, de la colonisation néerlandaise jusqu’à l’accession de l’île à l’Indépendance.
En Grade 6 : Ouverture vers des sujets scientifiques et universels, comme le système solaire.
Manque de moyens
Pourtant, malgré cet engouement général et l’introduction d’évaluations trimestrielles strictes – incluant désormais des épreuves de communication orale –, le corps enseignant fait face à des obstacles majeurs. Sharma Reedoye déplore un isolement institutionnel et un manque sévère de matériel pédagogique. Les écoles souffrent d’une absence de livres d’histoires, de supports de lecture et de ressources audiovisuelles ou encore de dessins animés en KM.
De plus, l’instituteur appelle à la création d’un département dédié au KM au sein du ministère de l’Éducation afin que les enseignants puissent enfin faire remonter leurs difficultés et obtenir le soutien nécessaire pour améliorer l’environnement d’apprentissage des futurs citoyens de Maurice.
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