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Relations MMM-PTr
Jean-Claude de l’Estrac : «Bérenger risque de se retrouver bien seul»
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Relations MMM-PTr
Jean-Claude de l’Estrac : «Bérenger risque de se retrouver bien seul»
? Comment analysez-vous les tensions apparues cette semaine entre le PTr et le MMM ? S’agit-il, selon vous, d’un épisode conjoncturel ou signe d’un malaise plus profond au sein de l’Alliance ?
Ce sont plus que des tensions et c’est loin d’être conjoncturel. C’est un choc de cultures politiques. Des désaccords étaient inévitables. Mais ils ne devraient pas déboucher inéluctablement sur une rupture. Il faudrait, pour éviter le pire, qu’aucun Mauricien sensé ne souhaite, un changement du mode opératoire de l’Alliance et plus particulièrement des deux leaders. Ramgoolam ne peut pas mettre Bérenger et le MMM devant des faits accomplis sur des sujets hautement sensibles. Il est quasiment en cohabitation, cela exige une conversation permanente et des compromis avec ses alliés. Il n’est pas le seul maître à bord comme j’ai entendu dire. «La politique est l’art de rendre possible le nécessaire», disait Richelieu. Bérenger, de son côté, ne peut pas, sans cesse, étaler ses griefs sur la place publique, plaçant son partenaire, le Premier ministre, dans une position intenable vis-à-vis de ses troupes et de son électorat qui, chacun sait, ne tient pas Bérenger en odeur de sainteté. La balle est vraiment dans le camp de Bérenger, il devrait tout faire pour éviter au pays un nouveau 1983, un des moments les plus tristes de notre histoire politique. Je vous dis ce qui aurait été souhaitable pour prévenir d’autres secousses, mais je ne suis pas sûr que le pire soit durablement évité.
? À la lumière de ces tensions, jugez-vous plausible une cassure entre le PTr et le MMM avant la fin du mandat ?
Probable ! Pour deux raisons : les mêmes causes produisent les mêmes effets et l’histoire a tendance à se répéter. Quelles mêmes causes ? D’abord la collision entre deux cultures politiques différentes et peut-être même antagonistes. Ensuite, le faceà-face entre deux personnalités, je devrais dire deux ego clairement irréconciliables. Quand il en est ainsi, la solidarité et la cohésion deviennent des défis quotidiens. Il faudrait aux deux leaders une très haute idée de leur responsabilité d’hommes d’État devant les Mauriciens qui leur ont accordé une si grande confiance, pour espérer une suite de mandat plus apaisée et plus productive. Si une nouvelle rupture devait intervenir, ils porteraient tous les deux une lourde responsabilité devant l’histoire politique du pays et ils termineraient leur carrière dans l’indignité.
? Les ruptures d’alliance de 1983 et de 1997 restent des moments forts de l’histoire politique mauricienne. Voyez-vous dans la séquence actuelle des éléments qui laissent penser qu’un scénario similaire pourrait se répéter ?
Malheureusement oui. Et le point commun, c’est Bérenger. Malgré ses très grandes qualités de gestionnaire que personne ne conteste, même au Parti travailliste, malgré une contribution remarquée au sein du gouvernement, sa nature clivante, son impatience chronique, son manque d’intelligence émotionnelle, sont sources de conflits permanents avec beaucoup de gens autour de lui. Il risque de se retrouver bien seul.
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