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Édito
Insécurité en roue libre
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Édito
Insécurité en roue libre
La barre des 100 morts a été franchie lundi. Cent vies fauchées en dix mois – entre janvier et octobre 2025. Cent drames familiaux, cent futurs effacés. Année après année, régime après régime, la sécurité routière demeure notre honte collective. Nos routes, dans le bruissement des cannes et les morcellements qui poussent, continuent de saigner : artères vitales transformées en couloirs de mort.
La moitié des victimes sont des motocyclistes. Des jeunes, souvent. Des travailleurs qui n’ont que leur deux-roues pour exister dans un trafic indiscipliné. On meurt ici d’un dépassement hasardeux, d’une seconde d’ivresse, d’un SMS envoyé au mauvais moment. Et chaque fois, les mêmes images : des casques au sol, des familles en pleurs, des promesses d’action vite oubliées.
La Road Safety Unit renforce ses patrouilles, surtout la nuit. C’est bien. Mais la peur du gilet fluorescent ne remplacera jamais la conscience du danger. Le permis à points, annoncé pour janvier 2026, changera-t-il vraiment les comportements ? Ou ne fera-t-il que durcir le loisir d’une minorité déjà habituée à contourner la loi, transformant nos routes en circuits de rallye ?
Ailleurs, les chiffres donnent la mesure du drame mondial. Selon l’Organisation mondiale de la santé, près de 1,19 million de personnes meurent chaque année sur les routes – soit 3 000 par jour. En Afrique, le taux de mortalité routière atteint 26 décès pour 100 000 habitants, contre neuf en Europe. Dans des pays comparables à Maurice, comme les Seychelles ou le Botswana, les autorités ont réduit de moitié les décès en dix ans grâce à des radars intelligents, des retraits automatiques de points et des campagnes d’éducation menées dès l’école.
Les experts le rappellent : le drame africain n’est pas une addition d’«accidents individuels», mais un problème systémique – infrastructures défaillantes, application laxiste des lois, véhicules vétustes, sensibilisation insuffisante, secours tardifs. Les pays à revenu faible ou intermédiaire, qui représentent plus de 90 % des décès routiers, paient le prix fort.
Et ce fléau ne touche pas que les jeunes. Le taux de mortalité le plus élevé chez les plus de 75 ans rappelle que la route devient un piège pour les plus fragiles : réflexes ralentis, visibilité réduite, mobilité risquée.
La vitesse reste la première cause. Selon le BoM Road Safety Observatory, réduire la vitesse moyenne de 5 km/h suffirait à sauver une vingtaine de vies par an. Pourtant, les excès persistent, les motos trafiquées pullulent, et les réseaux sociaux glorifient encore les cascades de rue.
Il faut cibler ce qui tue : la vitesse, l’ego, l’impunité. Le Code de la route n’est pas un texte administratif ; c’est un contrat moral entre citoyens. Tant que cette idée ne s’ancrera pas, les chiffres continueront de grimper, les routes de rougir, et la société de détourner le regard.
La route n’est pas un espace de liberté.
C’est un champ de bataille silencieux – où l’arme la plus redoutable reste l’indifférence.
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