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Questions à… Rebecca D’Souza
«Immense et lumineuse, la Lune nous relie tous, où que nous soyons»
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Questions à… Rebecca D’Souza
«Immense et lumineuse, la Lune nous relie tous, où que nous soyons»
Écrivaine et poète, Rebecca D’Souza a fait de l’écriture son refuge et sa vocation. Inspirée par la nature, la Lune et les émotions humaines, elle partage aujourd’hui son univers avec la conviction que la poésie appartient à tous.
Quand et comment avez-vous découvert votre passion pour l’écriture ?
Cela remonte à 2019, lorsque je poursuivais ma licence en histoire de l’art à la Maharaja Sayajirao University of Baroda, au Gujarat, en Inde. Je me sentais très dépaysée et nostalgique de mon pays et, un jour, j’ai commencé à coucher mes émotions sur papier. Rapidement, ces écrits se sont transformés en personnages et en petites histoires. C’est ainsi que l’écriture est devenue mon refuge – elle l’est encore aujourd’hui et le restera toujours, tout près de mon cœur. J’ai découvert mon amour pour l’écriture à travers la difficulté, et c’est pour cela que je considère cette passion comme inestimable.
Quelles sont vos sources d’inspiration ?
La nature. Elle joue un rôle essentiel dans ma façon de voir, d’expérimenter et de traverser le monde. Le ciel bleu clair, les champs verdoyants et les montagnes de notre île sont à couper le souffle. Née et ayant grandi au Koweït, lorsque je suis revenue à Maurice à l’adolescence, j’ai été émerveillée. Difficile de ne pas l’être, ne serait-ce qu’une fois, dans nos vies exigeantes et souvent difficiles, par la beauté qui nous entoure ici. C’est extraordinaire, et je ne le prendrai jamais pour acquis : c’est un privilège d’être à moitié mauricienne et de pouvoir construire ma vie ici. Ensuite, il y a l’expérience humaine et les émotions. Je suis fascinée par le fait que nous partageons tous des circonstances et des sentiments communs – certes dans des contextes différents – mais qu’au fond, nous vivons les mêmes émotions : la douleur, l’amour, la joie, le deuil… Ce qui m’émerveille, c’est la force humaine, notre ténacité, notre persévérance et notre résilience. C’est aussi à couper le souffle.
Qu’est-ce qui vous a motivée à écrire «89 Questions to the Moon» et pourquoi ce titre ?
Encore une fois, ce sentiment d’être nostalgique, différente, hors de place, m’a poussée à chercher du réconfort auprès de la Lune. Immense et lumineuse, imparfaitement parfaite, marquée de cratères, mais connectée à la Terre, la Lune nous relie tous, où que nous soyons. Elle me rappelait ma mère et ma famille, qui me manquaient tant. Chaque soir, après mes cours et mes tâches quotidiennes, je levais les yeux et j’y trouvais une grande consolation.
Un jour, avant juin 2019, j’ai imaginé un jeune garçon assis sur une colline, contemplant la Lune. Cette image est restée gravée en moi, puis des questions ont commencé à émerger, se transformant en dialogues entre l’enfant et la Lune. Je partageais ensuite ces histoires, accompagnées d’illustrations, chaque semaine sur Facebook et Instagram. C’est ainsi que tout a commencé. Redemandez-le-moi dans dix ans, je pourrai peut-être vous donner une réponse. Lors du lancement officiel de mon livre, aux côtés d’autres bénéficiaires – toutes des femmes – d’une bourse du President’s Fund for Creative Writing, placé sous l’égide du ministère des Arts et du patrimoine culturel, qui s’est tenu à la municipalité de Port-Louis le 31 mai 2024, le ministre d’alors, Avinash Teeluck, m’a posé la même question. Je n’ai pas pu lui donner de réponse non plus.
Quel message ou quelle émotion souhaitez-vous transmettre à vos lecteurs ?
J’aimerais qu’ils resentent de l’émerveillement et une connexion profonde avec la nature, quel que soit leur âge. En grandissant, avec le poids des responsabilités, beaucoup d’entre nous perdent des perspectives essentielles à l’humanité : la curiosité, l’imagination, la capacité à rester inspiré, à s’émerveiller devant les choses simples, comme la beauté d’une petite feuille que l’on tient dans sa main. C’est précieux, et malgré les difficultés de la vie, je souhaiterais dire : ne perdez pas cela.
Comment procédez-vous pour enregistrer votre série de vidéos et les publier régulièrement sur Facebook ?
Quelle question ! Vous êtes le premier à me la poser, et cela me fait sourire d’y répondre. Tout d’abord, j’écris et mémorise mon texte. Ensuite, je pose mon téléphone, j’appuie sur «enregistrement», et c’est parti ! Les bureaux de Regus Operating Companies à Maurice m’offrent un espace calme et professionnel pour filmer mes vidéos. Sinon, je le fais chez moi. Récemment, j’ai découvert que je pouvais tourner en plusieurs prises, ce qui facilite la mémorisation, surtout quand j’ai d’autres priorités. En général, il me faut trois prises au minimum, ce qui me laisse un joli stock de bloopers… que j’efface bien sûr ! C’est une méthode simple, adaptée à mon emploi du temps.
Comment choisissez-vous les thèmes ou sujets que vous abordez ?
Poetry Minute est née d’une idée que j’avais depuis plus d’un an : créer de courtes vidéos pour initier, ou réinitier, les gens à l’écriture poétique, surtout au vers libre que je pratique. Cela peut sembler inaccessible, mais ça ne l’est pas. Il suffit d’essayer, comme pour beaucoup de choses. L’idée vient de ma volonté de montrer que la poésie est un art accessible, qui ne demande qu’un stylo et du papier, ou même un téléphone. J’ai commencé par une brève introduction à l’histoire du vers libre, puis j’ai expliqué ses principes, très différents des formes traditionnelles. Ce que j’aime dans le vers libre, c’est cette liberté d’esprit, ce flux naturel de pensées et d’émotions. Pour aider mes auditeurs, j’ai préféré d’abord détailler les bases avant de plonger dans la création. Et bien sûr, je rappellerai régulièrement ces principes, car ils sont fondamentaux pour écrire du vers libre de manière fluide et naturelle.
Quels rêves ou ambitions professionnelles ou artistiques aimeriezvous réaliser ?
Mon ambition est de publier les livres qui attendent en moi depuis la période du Covid-19. Ce fut une époque difficile, mais aussi la plus créative de ma vie. J’aimerais aussi améliorer la qualité et la régularité de mes vidéos grâce à des outils plus professionnels. Mon objectif à long terme est de devenir une artiste accomplie, aux multiples facettes, avec un style, une vision et une mission de vie bien définis.
Quels sont vos projets futurs ?
En toute simplicité : continuer à apprendre. J’ai eu la chance d’avoir des parents qui m’ont transmis l’importance de l’éducation, du travail acharné et de la discipline. Mon objectif de vie est d’honorer ces valeurs et de les partager à travers mon art, mon écriture et mon travail.
Quelques mots sur vos ateliers de poésie (déroulement, particularité, durée, public cible, calendrier, autres…).
En raison de circonstances indépendantes de ma volonté, je n’ai pas pu animer mes ateliers au Caudan Arts Centre, initialement prévus le 16 août. Ils sont reportés. Le premier atelier, destiné aux enfants et aux parents, explore comment chacun façonne la vie de l’autre, à travers la métaphore de «la pierre et la rivière» : la pierre représente l’adulte et la rivière l’enfant, qui, en s’écoulant, déplace la pierre, tandis que la pierre influence le courant. Le second atelier, destiné aux adolescents, s’appuie sur la métaphore de «la feuille dans le vent» : la feuille, c’est l’adolescent ; le vent, ce sont les circonstances, les personnes ou les moments qui modèlent leur vie et leur trajectoire. J’ai hâte de pouvoir les organiser d’ici la fin de l’année.
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